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La puissance du Kérygme

La puissance du Kérygme

Éditorial de Mgr Marc Aillet paru dans la revue diocésaine "Notre Église" du mois de mai 2021

Le Temps pascal nous donne l’occasion d’approfondir le Mystère pascal de Jésus. Malgré les restrictions sanitaires en vigueur, nous avons pu célébrer dignement le Triduum pascal. Beaucoup auront anticipé la Vigile en fin d’après-midi du samedi, d’autres auront fait la belle expérience d’une Vigile à l’aube du matin de Pâques. Tous, nous avons annoncé et célébré le cœur de notre foi : le Seigneur est ressuscité, Alléluia, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

Durant tous les jours de l’octave de Pâques, nous avons chanté : « Voici ce jour que fit le Seigneur, jour de fête et de joie ». La liturgie insiste sur « ce jour », pour nous rejoindre précisément dans l’aujourd’hui de notre existence. Sans doute, nous pourrions penser que c’est chaque année la même chose, sauf pour les catéchumènes, initiés précisément en la Vigile pascale et émerveillés de leur découverte. Et pourtant, chaque année, l’annonce pascale est appelée à résonner d’une manière toujours nouvelle dans notre vie. La grande question que nous pouvons nous poser tout au long de la cinquantaine pascale reste celle-ci : la proclamation par l’Eglise, dans sa liturgie, du Kérygme, c’est-à-dire de la mort et de la résurrection du Christ, nous a-t-elle transpercé le cœur et mis en mouvement pour nous convertir ? Lorsque le jour de la Pentecôte, Pierre annonçait le Kérygme – « Que toute la maison d’Israël le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié » (Ac 2, 23-24. 36) –, il est écrit : « Les auditeurs furent touchés au cœur ; ils dirent à Pierre et aux autres apôtres : ‘’Frères, que devons-nous faire ?’’ Pierre leur répondit : ‘’Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit’’ » (Ac 2, 37).

Ce qui est vrai pour les baptisés de Pâques, l’est aussi pour nous qui avons été invités à rénover les promesses de notre baptême et à en célébrer toute l’actualité pour aujourd’hui. Il est fondamental de faire toujours plus l’expérience du Kérygme, de sa force de transformation existentielle, pour pouvoir à notre tour accomplir le mandat missionnaire que Jésus nous a confié : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. Celui qui ne croira pas – entendez : refusera de croire – sera condamné » (Mc 16, 15-16). En effet, comme l’affirme l’apôtre Paul : « Puisque le monde, par le moyen de la sagesse, n’a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c’est par la folie du message – entendez : le Kérygme – qu’il a plu à Dieu de sauver les croyants » (1 Co 1, 21).

La proclamation du Christ crucifié et ressuscité a le pouvoir de toucher les cœurs, même les plus endurcis, pourvu qu’ils soient disposés à écouter ! Et pourvu que la proclamation du message soit accompagnée de signes qui ne trompent pas et qui disposent les hommes à ouvrir leur cœur au don de la foi. Jésus a accompagné sa prédication de signes : ce furent les miracles sans doute, mais ce fut plus encore le témoignage suprême de son amour, lorsqu’il donnait sa vie pour ses ennemis : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). C’est même ce qui arracha au centurion romain sa si belle profession de foi : « Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : ‘’Vraiment, cet homme était Fils de Dieu’’ » (Mc 15, 39).

Pour être crédible et pour toucher les cœurs, notre proclamation, comme pour les disciples de la première heure, doit passer par notre charité fraternelle, jusque dans l’amour des ennemis – les plus difficiles à aimer sont nos amis, quand ils se comportent comme nos ennemis – : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). Elle passe aussi par notre unité, par le témoignage de notre communion, où les Apôtres et leurs successeurs ont un rôle si particulier. Lorsque les Actes des Apôtres décrivent la première communauté chrétienne, ils insistent non seulement sur la charité entre les membres, mais aussi sur leur assiduité à l’enseignement des apôtres (Ac 2, 42) et à leur obéissance à leurs actes de gouvernement : « ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des apôtres » (Ac 4, 35).

Le Kérygme a en lui-même le pouvoir de convertir les cœurs, pourvu qu’il soit proclamé par des témoins qui ont été « envoyés », et nous sommes tous des envoyés en vertu de notre baptême et de notre confirmation. Mais il sera plus fructueux, si nous manifestons que sommes ressuscités avec le Christ par le témoignage de notre unité et de l’amour de nos ennemis.

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