Vendredi 11 février: fête de Notre Dame de Lourdes

Vendredi 11 février: fête de Notre Dame de Lourdes

Le 11 février est non seulement le jour anniversaire de la première apparition de Notre Dame de Lourdes à la grotte de Massabielle, mais aussi, depuis 1992, la Journée mondiale du malade. Nous publions à cette occasion un article de M l'abbé Philippe Beitia paru dans la revue diocésaine "Notre Eglise" de février 2022 et qui s'intitule "La source de Massabielle".

Ce qui est de première importance à Lourdes, c’est la manifestation de l’Immaculée Conception. Marie y apparaît dans une déconcertante jeunesse. Bernadette dira qu’elle était de sa taille, voire plus petite qu’elle. Ce qui a, bien sûr, déconcerté. Le secret de cette apparence sera dévoilé le 25 mars 1858, par la dernière parole de la Vierge : Je suis l’Immaculée Conception. Marie apparaît comme la Vierge plus jeune que le péché, évoquée par Bernanos.

Ce mystère de l’Immaculée, il est symbolisé par la source qui coule, abondante et pure dans la grotte. De même qu’une eau vive et rapide empêche les détritus de se déposer ou les saletés d’atteindre ceux qui se baignent, de même la grâce de Dieu a-t-elle empêché le péché originel d’atteindre Marie. De même que l’eau répand la vie là où elle jaillit, de même Dieu a-t-il donné à la Vierge de vivre pleinement de sa vie.

Cette source de Massabielle, c’est donc le signe de la plénitude de grâce, de foi, de lumière, de don à Dieu, d’amour et de force offerte à Marie et à laquelle la Vierge a consenti. Pas un acte de sa vie morale ou spirituelle dont elle ait à rougir. Pas de péché auquel elle ait consenti. A travers son cheminement dans la foi, la Mère de Dieu a accepté tout ce que le Seigneur lui demandait dans les circonstances banales ou importantes de sa vie. Cet accueil de la grâce atteint son sommet au pied de la Croix où la foi de Marie en son Fils dont le règne ne doit pas avoir de fin brille d’une splendeur éclatante dans les ténèbres du Vendredi Saint, où elle consent, le cœur transpercé toutefois selon la prophétie de Siméon, à la mort cruelle mais salvifique de son Fils, où elle s’unit à son offrande pascale au Père, où elle accepte, elle, la Mère du seul Saint, à le devenir pour tous les hommes pécheurs.

Sa grâce reçue de Dieu, l’Immaculée est appelée à nous la partager : Ô femme remplie et plus que remplie de grâce, dont la surabondante plénitude se répand sur toute la création pour la rétablir ! s’écriera saint Anselme - Ô Vierge bénie et plus que bénie, dont la bénédiction est source de bénédictions pour toute la nature, non seulement pour la nature créée, de la part de son Créateur, mais aussi pour le Créateur, de la part de sa création !

C’est à travers cet élément de l’eau que l’Ecriture nous fait comprendre le don abondant de la grâce. On se souvient des promesses de Jésus à la Samaritaine, près du puits de Jacob : Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle.  Et l’Eglise verra dans cette eau à laquelle la femme de Samarie aspire, le don de la foi et de l’amour qui lui est fait par le Christ : Quand il demandait à la Samaritaine de lui donner à boire, il lui faisait déjà le don de la foi ; de cette foi, il manifesta une telle soif qu’il fit naître en elle le feu de l’amour de Dieu.

Et cette grâce de la foi et de l’amour de Dieu, l’Immaculée la partage à Lourdes. Que de personnes se sont tournées vers le Christ. Que de personnes y ont retrouvé la foi. Que d’hommes et de femmes ont reçu un plus grand amour pour Dieu.

À Massabielle, la source jaillissante rappelle la purification que Dieu apporte. Elle évoque cette promesse que le Seigneur fait aux hommes par le ministère du prophète Ezéchiel : Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles.

À Lourdes, la Vierge offre la grâce de la conversion. Que de retours à Dieu ! Que d’expériences de sa miséricorde ! Que de retournements de vie vers le Seigneur ! Que de décision d’abandonner ses idoles, de quitter le péché, de mieux vivre selon la Parole de Dieu, dans la cohérence avec la foi ! Le sacrement de pénitence et de réconciliation offert généreusement dans les sanctuaires donne cette grâce d’expérimenter la lumière et l’amour de Dieu, d’avoir en quelque sorte le cœur transpercé, d’avoir une vie et un cœur nouveaux, animés par l’Esprit-Saint.

Le second Livre des Rois nous relate que général lépreux Naaman descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole de l’homme de Dieu – le prophète Elisée - ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié !  La source qui coule à Massabielle rappelle la grâce de renouvellement total que certains obtiennent lors de leur pèlerinage : les guérisons qui s’y produisent, si elles restaurent pleinement la santé du corps, ne sont pas sans guérir et donner une vie nouvelle au cœur, à l’âme et à l’esprit du miraculé, sans renouveler sa vie de fils ou de fille de Dieu, obtenue au baptême. Ou du moins, si l’on n’est pas guéri, peut-on obtenir force et courage pour assumer maladie ou handicap. De vivre cette situation avec un esprit plus évangélique et fraternel.

La source de la grotte n’est pas sans rappeler le périple des Hébreux de l’esclavage de l’Egypte à la liberté et à la richesse de la Terre promise. Périple qui n’aurait pu s’accomplir sans que le Peuple ne s’abreuve aux sources trouvées dans le désert. L’eau de Lourdes symbolise cette grâce offerte par la Vierge pour que « nous fassions nos pâques » : pour que nous passions du péché à la conversion, pour que nous passions d’une vie chrétienne qui est bonne à une vie chrétienne encore plus sainte, d’un service des hommes à un engagement, plus généreux et donné, pour que nous passions enfin de ce monde à la plénitude de vie avec Dieu. Le psalmiste ne nous y fait-il pas aspirer : qu'il est précieux ton amour, ô mon Dieu ! A l'ombre de tes ailes, tu abrites les hommes : ils savourent les festins de ta maison ; aux torrents du paradis, tu les abreuves. En toi est la source de vie ; par ta lumière nous voyons la lumière.