Jeudi 26 mai 2022, fête de l'Ascension

Jeudi 26 mai 2022, fête de l'Ascension

L’Ascension est l’une des plus grandes fêtes liturgiques de l’Église, indissociable de la célébration pascale qu’elle suit et de la Pentecôte qu’elle précède. Il est bon de nous demander ce qu’elle représente réellement pour notre foi et dans notre vie spirituelle quotidienne.

Étant supposées les dimensions théologique et anthropologique de l’Ascension, je retiens ici sa dimension spirituelle et pastorale pour nous-mêmes et pour nos communautés chrétiennes. L’élévation de Jésus, bien loin d’être une disparition, est au contraire l’occasion d’un don infini qu’il ne cessera de déployer par nous, les baptisés, dans la vie de l’Église et pour le bien du monde.

 LA SOLENNITÉ DE L'ASCENSION

La célébration de l’Ascension semble s’être développée tardivement. La première mention connue d’une célébration quarante jours après Pâques date de 370 (Constitutions apostoliques 8,33). Jusqu'au IVème siècle, et dès les temps apostoliques, on la commémorait l’après-midi du jour de la Pentecôte, sur le mont des Oliviers. Au Vème siècle, l’évêque de Constantinople Jean Chrysostome (344-407) en Orient, et celui d'Hippone Augustin (354-430) en Occident, en parlent comme d’une fête universelle. Le Concile d'Agde (506) en souligne la solennité. Dans la liturgie catholique, on éteint en ce jour le cierge pascal, qui symbolise la présence sensible du Ressuscité afin de rappeler au chrétien que cette présence doit lui devenir intérieure par le don de l’Esprit Saint Les chrétiens demeurent donc unis par la foi et les sacrements à leur Seigneur glorifié. Dès maintenant ressuscités, et même unis à lui dans les cieux (Ep 2,6), ils recherchent les choses d’en haut car leur vraie vie est cachée avec le Christ
en Dieu (Col 3,1s). Leur cité se trouve dans les cieux (Ph3,20). La maison céleste qui les attend et qu’ils aspirent à revêtir (2Co5,1) n'est autre que le Christ glorieux lui-même (Ph 3,21), « l'être spirituel qui donne la vie » (I Co 15,45).

 SPIRITUALITÉ DE L'ASCENSION

De là jaillit toute une spiritualité de l'Ascension qui est à base d’espérance car elle fait vivre dès maintenant le chrétien dans la réalité du monde nouveau où règne le Christ. Il n'est pas pour autant arraché au monde ancien qui le retient encore. Mais au contraire il a mission et pouvoir d'y vivre d’une façon nouvelle, qui soulève ce monde vers la transformation de gloire à laquelle Dieu l’appelle.

 ANNONCER LA BONNE NOUVELLE

 Dans le final de l’évangile de Matthieu (28,16-20), où l’Ascension n’est pas rapportée comme telle, Jésus a ordonné aux onze disciples de se rendre sur une montagne non précisée et qui pourrait être le mont de la transfiguration et, d’après certains exégètes, celui de l’Ascension. Mais cette fois il n’est plus question ni de garder les yeux levés vers le ciel ni de se taire mais de partir, de parler et de partager même le pouvoir qui a été donné au Ressuscité en étant envoyé, par lui : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. ». Et c’est bien ici que je fais la lecture pastorale de l’Ascension, car les disciples sont envoyés pour annoncer la Bonne Nouvelle au Monde. Ne pas rester à regarder le Ciel mais entrer à la suite du Christ et unis à lui dans tous les champs de la mission. Le Concile Vatican II insistera sur ce point dans son Décret sur l’Apostolat des laïcs (3). « Les laïcs tiennent de leur union même avec le Christ Chef le devoir et le droit d’être apôtres. Insérés qu’ils sont par le baptême dans le Corps mystique du Christ, fortifiés grâce à la confirmation par la puissance du Saint-Esprit, c’est le Seigneur lui-même qui les députe à l’apostolat. S’ils sont consacrés sacerdoce royal et nation sainte (cf. 1 P 2, 4-10), c’est pour faire de toutes leurs actions des offrandes spirituelles, et pour rendre témoignage au Christ sur toute la terre. Les sacrements et surtout la sainte Eucharistie leur communiquent et nourrissent en eux cette charité qui est comme l’âme de tout apostolat ». La fête et la célébration de l’Ascension peuvent renouveler et déployer notre foi. Car cette foi nous relie en permanence au Ressuscité qui nous fait monter avec lui, que cette croissance soit intérieure ou qu’elle transformer notre existence et tous les aspects de notre vie. Tout ce qui nous élève et nous construit, nous garde paradoxalement et grâce à Dieu pleinement présent dans tous les champs de notre société. J’aime citer ces paroles de Jésus, dans saint Jean, à la fin de l’entretien avec la Samaritaine : « Levez les yeux et regardez, déjà les champs sont blancs pour la moisson... » (Jn 4,35). Ici, se rejoignent l’espoir maintenu en l’avenir du monde et l’espérance nourrie en nos cœurs par la présence du Christ. Présence, source inaltérable de joie. Le Père Teilhard de Chardin, qui accordait une place essentielle à l’Ascension, indissociable de la Résurrection, disait : « J’ai toujours vécu, en haut et en avant... » Nous aussi, comme lui, nous vivons en haut et en avant. L’Évangile qui est la boussole et l’eau vive des croyants est un puissant ferment de bonheur et de progrès, de confiance et de responsabilité. Le Christianisme est d’abord une religion de l’Amour, un gigantesque acte de foi en Dieu, en l’humanité et dans le monde présent et à venir.

Nous ne sommes pas des empêcheurs de vivre ou d’aimer, des nostalgiques ou des compassés. Que de procès d’intention nous ont été faits dénotant bien souvent une ignorance aveugle de la réalité chrétienne et des grands mouvements de l’Histoire. « Levez les yeux et regardez ... »

Tout est à vivre, à poursuivre, à créer. Tout est, à tout moment, à enfanter. Nous nous battrons de toutes nos forces contre l’adversité, les fatalités, les vents contraires. L’ancre est jetée mais nous hissons la voile en permanence. Mystère et paradoxe de l’enracinement et du grand large. Dieu vient de l’avenir, l’Esprit nous conduit vers des terres constamment nouvelles. Tout ce qui nous élève et nous construit, nous garde paradoxalement et grâce à Dieu pleinement présent dans tous les champs de notre société. Les champs sont aujourd’hui sociaux, éthiques, politiques, spirituels, scientifiques et artistiques. Ils ont les visages de toutes les races, de tous les peuples, de toutes les conditions humaines. Moissonnés ou détruits, ils blanchissent ou ils flambent. Mais nous sommes dedans. « Levez les yeux et regardez ... » Exorcisez la peur. Christ est là qui appelle et proclame la Parole de vie. « Christ hier, aujourd’hui, demain, pour tous et toujours. »

 

Mgr André Dupleix, article paru dans la revue Notre Eglise n°136