Un coup de jeune pour la mission

Editorial de Mgr Marc Aillet - Notre Église n°40 - Septembre 2013

Si le Bienheureux Jean-Paul II a redonné à l’Église sa visibilité et Benoît XVI son intériorité, comme on l’a dit avec pertinence, le pape François s’attache à lui rendre toujours plus d’authenticité. C’est ce qui ressort en particulier des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) de Rio. On voit ainsi se déployer le dialogue instauré par Jean-Paul II avec les jeunes et continué par ses successeurs, selon une pédagogie toute divine. Les JMJ semblaient taillées sur mesure pour le bienheureux Jean-Paul II, dont c’était l’intuition géniale et inspirée. Benoît XVI, le théologien lumineux, que rien ne disposait à cet exercice, recueillit l’héritage et y apporta sa touche personnelle, faite de réflexion et d’intériorité. Ayant participé aux JMJ, pour la deuxième fois comme évêque catéchiste, j’atteste qu’il y a bien une « génération Benoît XVI », avide d’approfondir sa connaissance de la foi et assoiffée de vie intérieure. Le Youcath fut en ce sens une réponse adéquate aux attentes des jeunes catholiques d’aujourd’hui. Le pape François reprend à son compte l’héritage de ses deux prédécesseurs et y appose, en pédagogue d’exception tout pétri de spiritualité ignatienne, son empreinte propre, celle d’inviter les jeunes à la cohérence entre la vie et la foi pour donner au christianisme toute son authenticité.

Comme ses prédécesseurs, il n’a pas peur de proposer aux jeunes un christianisme exigeant, « ce haut degré de la vie chrétienne ordinaire » (bienheureux Jean-Paul II) qu’est la sainteté, en les appelant à aller à contre-courant : « Je vous demande d’être révolutionnaires, je vous demande d’aller à contre-courant ; oui, en cela, je vous demande de vous révolter contre cette culture du provisoire, qui au fond, croit que vous n’êtes pas en mesure d’assumer vos responsabilités, qui croit que vous n’êtes pas capables d’aimer vraiment » (rencontre avec les volontaires – 28 juillet 2013). C’est dire la confiance qu’il fait aux jeunes, en répétant à l’envi : « Chers jeunes, Jésus-Christ compte sur vous, l’Église compte sur vous, le pape compte sur vous ! » (homélie du 28 juillet 2013).

C’est un christianisme de combat – « jouez toujours en attaque » - qu’il préconise, en en soulignant les incidences sociales et politiques. En saluant les jeunes qui descendent dans la rue pour exprimer leur désir d’une civilisation plus juste et fraternelle, il leur dit : « Continuez à vaincre l’apathie, en donnant une réponse chrétienne aux inquiétudes sociales et politiques, présentes en diverses parties du monde » (homélie du dimanche 28 juillet 2013). Mais il s’agit d’abord d’un combat spirituel. En les invitant à être « les protagonistes du changement », il les interroge : « Et par où commencerons-nous ? » ; avec la bienheureuse Mère Teresa, il répond : « Par vous et par moi ». En bon fils de saint Ignace, il appelle les jeunes à la conversion. C’est une spiritualité pratique du discernement, de l’élection et de la décision qui caractérise tout son message aux jeunes pour cette JMJ de Rio. On reste frappé par cette pédagogie de l’interpellation, appelant les jeunes à répondre dans leur coeur à des questions très concrètes, pour ne pas laisser cette grande expérience ecclésiale de la foi sans lendemain. Conscient en particulier de l’impact vocationnel des JMJ, il les exhorte à faire des choix définitifs, en demandant au Seigneur de les éclairer sur le projet qu’il a sur chacun.
Selon le thème donné par Benoît XVI à cette JMJ 2013, « Allez, de toutes les nations faites des disciples  », c’est un christianisme résolument missionnaire que le pape François propose aux jeunes, en les invitant à recevoir à frais nouveaux le mandat missionnaire du Christ, et très spécialement pour leur génération. Aussi les envoie-t-il en tout milieu, jusqu’aux « périphéries existentielles », selon l’expression qui lui est si familière, pour porter le Christ à tous, « et pas seulement ceux qui semblent plus proches, plus réceptifs, plus accueillants ». Affirmant devant les volontaires que « le plus beau service que nous puissions accomplir, comme disciples missionnaires, c’est de préparer le chemin, afin que tous puissent connaître, rencontrer et aimer le Seigneur ».

Plus généralement, il a plaidé devant les évêques du Brésil comme devant les représentants du CELAM, pour une « conversion pastorale » qui consiste proprement à se décentrer de nos problèmes internes de fonctionnement et d’organisation, pour envisager nos programmes pastoraux moins à partir de ceux qui sont dedans qu’à partir de ceux qui sont dehors. C’est l’annonce de l’Évangile du Salut à tous, à commencer par les plus éloignés, voire les plus indifférents, qui doit être notre préoccupation première. En cela les missions menées cet été par les jeunes d’Agur Maria pendant les fêtes de Bayonne, par la communauté Aïn Karem autour de la solennité de l’Assomption et par le festival d’évangélisation Anuncio ont, pour reprendre une expression du pape François, une dimension « programmatique et paradigmatique » : « La mission programmatique consiste dans la réalisation d’actes de nature missionnaire. La mission paradigmatique, par contre, implique sous l’angle missionnaire les activités habituelles des Églises particulières  » (Rencontre avec le CELAM, 28 juillet 2013). Autrement dit : mettre nos Églises en « état de mission permanente ». Tout cela devrait donner un coup de jeune à nos communautés en cette rentrée 2013.

+ Mgr Marc AILLET,
Évêque de Bayonne, Lescar et Oloron.