Franck Amri: Marcher pour aller vers l’autre

Après 20 ans passés dans l’aéronavale, Franck Amri, jeune retraité de l’armée habitant à Lescar, a trouvé son rythme : celui de la marche. Sur les Chemins de Saint-Jacques, il a conforté sa foi de jeune baptisé.

Le 7 avril dernier, à peine rentré d’une marche d’une semaine entre Aire-sur-l’Adour et Saint-Jean-Pied-de-Port, il est parti à pied pour Rome. Franck Amri, 43 ans, a attrapé le virus de la marche il y a quelques années, alors qu’il ne se sentait pas à son rythme dans sa vie de militaire « qui vole à 500 km à l’heure au-dessus des océans ». Déjà, dans le sud-est de la France, il pratiquait les randonnées et le « trail », course à pied en montagne. Mais c’est dans la marche qu’il a trouvé son rythme, après une période difficile, entraîné dans une spirale morale et psychologique descendante en raison d’échecs personnels.

N’ayant aucun lien avec la religion, il était traversé par de nombreux questionnements. C’est tout naturellement qu’un couple d’amis l’a aiguillé vers la communauté orthodoxe à Pau. En quelques mois, accompagné par le prêtre orthodoxe et sa femme, il a retrouvé une cohérence à sa vie et répondu à certaines de ses questions. À Pâques 2012, Franck a été baptisé.

Reconverti professionnellement vers la géobiologie (l’étude des influences de la terre sur la vie), Franck Amri est très sensible aux lieux. C’est ainsi que, sur le Chemin de Saint-Jacques qu’il a parcouru du 1er novembre au 8 décembre 2013, depuis son domicile à Lescar, le jeune homme a fait des rencontres qui ont transformé sa vie. Tout d’abord près de Pampelune, à  l'église St-Esteban de Zabaldika, où il a rencontré Gabriella, devenue sa compagne de route. Dans ce lieu, il a également vécu une rencontre personnelle avec Dieu. Puis sur le « camino francés », un groupe de pèlerins s’est constitué petit à petit, comme cela se fait souvent sur les Chemins de Saint-Jacques. Parmi eux, un prêtre catholique canadien, Alain. Franck a eu la chance de pouvoir partager ses questionnements avec ce prêtre, et même de participer régulièrement à la messe.

Son saint patron, François d’Assise, l’accompagne dans ce dépouillement au contact de la nature. Il s’en sent d’autant plus proche qu’il y a tout juste 800 ans, le Saint se serait rendu à  Saint-Jacques de Compostelle. Au cours de sa marche, le jeune homme approfondit sa foi à la lecture de la Bible et par la prière.

 Aujourd’hui Franck se sent apaisé. Il ressent la joie de connaître Dieu et la joie de donner. La marche, qui au départ était un retour sur lui-même, est maintenant un vecteur pour aller vers l’autre. « Sur le Chemin, on se livre plus vite, on est en vérité face à l’autre » explique le marcheur. La joie de donner, il l’a vit aussi à travers les photos qu’il partage*, et les liens qu’il entretient avec sa famille par internet et les réseaux sociaux. Franck a un frère aîné handicapé physique avec qui il partage tout. Peut-être un jour l’emmènera-t-il avec lui partager un bout de chemin ?

 

*Les  photos de Franck Amri sont exposées à l’office du tourisme de Lescar jusqu’au 10 mai.

 

Franck a fait sienne cette parole de pèlerin, transmise par les moines de l’abbaye de Conques :

Ultreïa ! Ultreïa ! E sus eia
Deus adjuva nos ! (Plus loin, plus haut, Dieu nous guide !)