Saint Luc en tapisserie géante – L’Esprit de Pentecôte

Au cœur du centre hospitalier des Pyrénées à Pau, dans la chapelle Saint-Luc, se trouve une magnifique et gigantesque tapisserie représentant des passages de l’évangéliste. Cette œuvre a été réalisée par les résidentes de l’hôpital psychiatrique, il y a quarante ans. Un moyen pour elles de s’exprimer et de se structurer à travers l’art.

Janvier 1969. L’hôpital psychiatrique de Pau ou hôpital Saint-Luc, autrefois tenu par les Filles de la Charité, fait travailler, comme depuis toujours, ses « pensionnaires » à la réparation du linge. Mais cette année-là une idée nouvelle germe parmi les ergothérapeutes qui travaillent à l’hôpital auprès des malades. Pourquoi ne pas leur proposer de réaliser une œuvre ? Le projet séduit le directeur de l’établissement, Monsieur Follet. Il demande à son ami maître-verrier, Monsieur Hubert de Sainte-Marie, qui a réalisé les vitraux de la chapelle, d’apporter son appui technique à cette aventure.

C’est une tapisserie gigantesque qui sera alors réalisée pendant dix-huit mois par une quinzaine de femmes, sous la houlette de mesdames Paulette Piton, Paule Lannette-Vergez et Christiane Salas. La confection de cette tapisserie, adaptée au monde de la psychiatrie, fut un moyen pour elles de s’exprimer, et de se prouver leurs capacités à créer. Quarante ans plus tard, les patients peuvent venir méditer devant cette œuvre réalisée par leurs sœurs dans la maladie, en l’honneur de leur saint patron, dans le silence de la chapelle.

D’une surface d’environ 40m2, la tapisserie garnit entièrement le chœur de la chapelle. Elle est dédiée à saint Luc, « l’ami des médecins », et se nomme « la Pentecôte ». En effet l’acteur invisible de cet œuvre est bien l’Esprit Saint !

La surface se répartit en trois volets : un volet central représente en grand saint Luc, assis et tenant en ses mains un parchemin sur lequel est dessinée l’annonce faite à Marie. Autour de lui, sont représentées différentes scènes de son évangile : Jésus plus fort que Satan, Jésus qui guérit, Jésus qui se laisse implorer. En bas du volet : la scène des noces de Cana. En méditant devant cette scène, on peut penser aux plus démunis et aux plus infirmes qui remplacent les invités au banquet qui ne sont pas venus. Les laissés pour compte, les petits, les malades, ont leur place dans le Royaume de Dieu.  Saint Luc était très préoccupé des pauvres, sensible à toutes les formes de pauvreté, dont la maladie psychique fait partie.

Le volet de gauche représente Marie entourée des apôtres recevant l’Esprit Saint à la Pentecôte. Ces apôtres qui discutent, et partent annoncer la Bonne Nouvelle aux quatre coins du monde. On les voit marcher à la fois sur les routes de campagne et vers les usines, allusion à l’actualité apostolique de l’époque ! En bas, deux apôtres, sans doute saint Pierre et saint Paul, tiennent la Bible, leur seul outil pour répandre le message du Christ : « Tu es aimé, tu es pardonné, lève-toi pour aller annoncer la joie qui t’habite ! »

Enfin à droite de la tapisserie, sont représentés les préparatifs de la Cène. Un rappel du volet central, évoquant que les pauvres sont les premiers à la table de Dieu. En bas de la scène on peut d’ailleurs distinguer une patiente devant son métier à tisser, signature de cette œuvre pleine de symboles.

La dominante de rouge et le mouvement sont frappants dans cette œuvre, qui représente la vie, les échanges, les rencontres, la santé. Savoir que ce sont des malades qui l’ont réalisée donne toute sa force à cette représentation de la Pentecôte.

La tapisserie a été exceptionnellement bien conservée en raison de son support : le «kabic », un tissu venu du Finistère et spécialement imperméable, composé d’une laine tissée très serrée, créé par les goémoniers*  pour supporter le crachin breton.

Depuis quelques années, une association s’est créée pour réfléchir à la sauvegarde de la tapisserie et de la chapelle. Et pourquoi pas, les faire classer. Elle souhaite également souligner l’importance de ce lieu de ressourcement pour les malades, où ils se retrouvent seuls face à eux-mêmes, quelle que soit leur religion, devant cette immense œuvre aux couleurs liturgiques réalisée par d’autres qui ont souffert  comme eux. C’est un lieu qui accueille un monde particulier : les malades, leurs familles, les soignants, les amis, et qui peut rejoindre leur soif de spiritualité. 

 

Violaine Ricour-Dumas, d’après l’analyse de l’Abbé Charles Bense, vicaire général émérite, et André Lavignotte, président de l’Association des Amis de la chapelle Saint-Luc

 

 

Un fascicule retraçant l’histoire de cette tapisserie a été éditée. Il est en vente à l’aumônerie du Centre Hospitalier des Pyrénées tel : 05 59 30 23 17

 

Association des amis de la chapelle Saint-Luc

Contact : André Lavignotte : andre.lavignotte@orange.fr

Tel 06 78 67 50 61

 

Messes à la chapelle : tous les dimanches à 10h et le soir à 17H

29 av  du général Leclerc, Pau.

 

*Goémoniers : personnes qui exploitent le goémon, les algues en Bretagne.