De Saint-Léon à Sainte-Marie, joyau d’Anglet

L'église Sainte-Marie d'Anglet vient d'être inscrite au titre des Monuments historiques.Elle sera bientôt proposée pour être classée. Par Pierre Lafargue

AVANT SAINTE-MARIE

Elle s'appelait Saint-Léon, l'église dont nous avions hérité de Bayonne pierre par pierre pour que nous, gens d'Anglet, puissions aller faire nos dévotions. Construite en1557 sur cette vieille terre d'Anglet et au quartier St-Jean, elle était le seul lieu de culte entre la cathédrale de Bayonne et St-Martin de Biarritz et la seule paroisse, aussi.

  Les habitants de la Chambre d’Amour, sur un petit terrain offert par Emilie Lecaé et fruit d'une souscription qu'elle organisa, érigèrent une chapelle de quelques cent vingt ou cent trente places. M. l'abbé Rouquette, chapelain officia quelques années avant d'être nommé curé de cette nouvelle paroisse dont on délimita avec pas mal de difficultés les frontières et que Monseigneur Gieure baptisa Sainte-Marie d'Anglet.

 L'abbé Maurice Sabès succéda à l'abbé Rouquette comme curé de la nouvelle paroisse et la chapelle devint église paroissiale. Très vite Maurice Sabès vit que le petit édifice devenait vraiment trop petit pour une population grandissante et un apport estival généré par les vacances. La chapelle, mal entretenue, nécessite bientôt de grosses réparations, et pour une église paroissiale, l'abbé juge que construire un autre lieu de culte en rapport avec l'importance grandissante du quartier paraît plus rationnel.

 

CONSTRUCTION DE L'EGLISE   

La décision ne traîne pas et l'énergique Sabès décide de passer à l'action et charge M. Fonterme, architecte de Biarritz, d'en dessiner les  plans. La construction, suivant la décision de M. le curé, sera plus grande que St-Léon : 12m de large, une nef de 21,35m, le chœur de13m. L'entreprise Dufourg-Laporte réalise les travaux. Le gros œuvre de maçonnerie sera de pierre de Bidache bâtie sur un terrain offert par Mme Ducassou. Les pièces maîtresses de la charpente, les plafonds, les tribunes et les galeries seront en béton armé. Des contreforts en bout des fermes seront coulés, la technique des ceintures de béton armé étant à ses balbutiements à cette époque.

Monseigneur Gieure pose la 1ère pierre le 28 septembre 1930. Inauguration, dédicace, bénédiction ont lieu le 11 septembre 1932.

 

L'INTERIEUR DE L 'EGLISE

Les deux rangées de galeries dans la nef et les deux tribunes, dont la première supporte l'orgue, ressemblent fort à nos églises du proche Pays basque. Le chœur surélevé abritant une grande sacristie à deux entrées latérales supporte un autel, chef d'œuvre d'ébénisterie, en bois clair sobrement ouvragé. La descente d'escalier en deux demi-volées supporte une rampe en fer forgé descendant sur deux pilastres supportant deux cache- pots tournés et vernis blancs, décorés de coups de gouge laissant apparaître la terre. Ils sont signés Vincent Cazaux, potier tourneur de terre à Biarritz, "Meilleur ouvrier de France 1936". Un ciboire et une patène du même se cachent dans la sacristie.

La décoration du chœur se fera plus lentement. L'abbé Sabès, pour payer les travaux, luttera jusqu'à sa mort. Il donnera des cours de '"Maths" aux enfants des "aristos" du quartier et de Biarritz, organisera des thés a Chiberta au profit de la construction. Un ouvrier mourra d'accident pendant les travaux.

Nous touchons à présent à l'âme de l'édifice : la lumière, et cette lumière est celle de la famille de verriers Mauméjean, auteur à deux œuvres près de la totalité des verrières. Citons dans le chœur l"Adoration des mages" et la "Crucifixion" en quatre panneaux et un brasier de couleurs. De part et d'autre, les apôtres Pierre et Paul. Je descends vers l'entrée pour un long regard sur le chemin de croix, un chef d'œuvre de sculpture par sa simplicité.

Les deux premières galeries vous plongent dans un autre univers des Mauméjean : des vitraux carrés à motifs centraux de blasons qu'entourent les Béatitudes de saint Matthieu. Verre peint, verre au naturel avec une rare liberté d'expression. Les secondes galeries : ses longs personnages auréolés de leurs noms figés dans des attitudes immobiles à la façon d'une garde d'honneur.

Tout n'a pas été dit sur Ste-Marie, mais vous comprendrez le bien-fondé de cette première étape du classement de notre église ni gothique ni romane, ni baroque non plus, mais exceptionnelle à plus d'un point. Cette demande de classement enchante plus d'un paroissien et les procédures de protection de l'environnement qui vont suivre seront acceptées de grand cœur par les paroissiens regardant avec des yeux neufs notre joyau.