50 ans de Saint-Vincent-de-Paul à Pau

50 ans de Saint-Vincent-de-Paul à Pau

Il flottait comme un parfum des Actes des Apôtres, ce dimanche 18 mai dans les locaux du relais paroissial St-Vincent-de-Paul à Pau. Cinquante ans, c’était hier! Par l’abbé Jean Casanave

 

 

Les grands parents racontaient l’expansion de la ville, les fossés maraîchers boueux qui devenaient trottoirs rectilignes et bétonnés, les immeubles qui poussaient comme champignons, les « 36 enfants de ma cage d’escalier qui s’ébattaient au dehors », tous ces gens qui venaient d’ailleurs pour inventer une autre vie et les chrétiens qui se regroupaient chez les sœurs du « Bon Pasteur ». A Rome, les Pères du Concile débattaient des temps nouveaux et des adaptations nécessaires à initier. A Pau, on en fit autant. Et après mûre réflexion, les chrétiens bâtirent leur maison au beau milieu des quartiers nouveaux.

Après les anciens, ce fut le tour des parents de prendre la parole et ils racontèrent les équipes qui nourrirent leur réflexion, les actions qu’ils menèrent, les désaccords qui surgirent, les prêtres qui les aidèrent. Et qu’elles étaient belles et fortes et dignes ces mamans « des fleurs » qui allégèrent la vie des quartiers quand elle se fit trop pesante et trop froide. Et les parents remercièrent les grands-parents de leur avoir légué cet héritage de Foi, de prise de responsabilité et d’engagement.

Vinrent les petits enfants ! Aujourd’hui, ils  se souviennent de la roulote de leur catéchisme ; ils trouvent leur séjour à Taizé « magique » ; leur équipe de JOC ou d’aumônerie « super » et les petites « coccinelles » ramassent papiers et déchets pour dire qu’elles aiment la création et qu’il faut la respecter.

 

Alors, le vieux scribe se leva. Il leur raconta à son tour l’Histoire de ces grands ancêtres qui étaient déportés en pays étranger. Il n’avaient ni terre, ni temple, ni palais mais ils avaient gardé la mémoire du temps où ils n’étaient qu’une « poignée de migrants ». Ils avaient quitté leur pays poussés par la faim et la guerre mais convaincus que leur Dieu ne les abandonnerait pas et qu’il leur donnerait vie meilleure. Au fil des siècles, ils se transmettaient ces actes éclatants où ils lisaient l’intervention de leur Père qui leur donnait la force et le courage de se rassembler et de surmonter les pires épreuves. Ces actes devinrent Parole de Dieu. Ils n’étaient plus fils du vent et des tempêtes mais fils de la promesse.  Depuis, ils ne cessèrent de marcher, de muter, de changer.

Un jour, ils crurent que la promesse s’accomplissait enfin. Pour certains d’entre eux, elle s’appela « Jésus ». Il allait leur donner enfin un royaume puissant, une loi universelle, un temple parfait. Il fallut vite déchanter. Jésus mourut et l’espoir avec lui. Quelques-uns dirent l’avoir reconnu à des actes qu’ils accomplissaient et dans lesquels ils reconnaissaient sa présence. Il était donc vivant ! Oui, vivant et marchant, comme ce compagnon étranger qui vint se mêler à leur conversation, ouvrir leurs yeux, partager son pain  de Vie et repartir comme il était venu. Il était là, mais Il n’est pas d’ici, Il est aussi de chez son Père et notre Père. Encore et toujours en chemin…

Et nous n’en finissons pas de raconter ces « merveilles de Dieu ». Car notre Dieu se raconte au passé, au présent et au futur. Il garde les grands parents debout et actifs alors qu’ils auraient toutes les raisons de baisser les bras et de « profiter » de leur retraite ; il soutient les parents partagés entre le souci de  leurs anciens et la charge de leurs jeunes, engagés dans la solidarité avec les oubliés de notre société ; il apprend aux enfants à rester éveillés aux questions que leur pose ce monde bigarré et éclaté qu’ils découvrent.

Il y avait comme un air des Actes des apôtres ce jour-là,  parce que nulle raison ne suffisait à dire pourquoi des générations si différentes, des cultures si diverses, des convictions parfois opposées pouvaient encore échanger joyeusement et partager un moment d’amitié à l’ombre du clocher, si l’Esprit de Jésus n’habitait pas le cœur de tous ces baptisés et ne venait soulever les frontières d’un monde de plus en plus cloisonné. C’est peut-être à cela que « les autres » reconnaîtront ces « habitants d’à côté », ces paroissiens, comme les fils d’une vivante promesse offerte à chacun…