La théologie du corps selon Jean-Paul II

Beaucoup de gens (et nous aussi parfois ?) sont en froid avec l’Eglise pour des questions liées au sexe, résumant la morale conjugale et sexuelle à une liste d’interdits. De fait, l’Eglise ne peut que rester fidèle au Christ et à son enseignement. Les vérités du christianisme ne varient pas. Par contre la manière de les exprimer et de les présenter peut et doit évoluer selon les époques. Ainsi, saint Jean-Paul II a eu l’art d’expliquer le sens profond de la doctrine catholique et de montrer la splendeur du plan originel de Dieu sur l’homme et la femme créés à son image. Par le docteur Patrick Theillier, vice-président de l’Académie diocésaine pour la vie

La Théologie du corps est le titre collectif un peu surprenant donné aux 129 catéchèses qu’il a dispensées de 1979 à 1984, rééditées en un seul volume aux éditions du Cerf en 2004 sous le titre :« Homme et Femme il les créa. Une spiritualité du corps »[1].

Tout au long de ces catéchèses Jean-Paul II développe une anthropologie (étude de la personne humaine)"adéquate" non seulement à toute la dimension de la personne, physique, psychique et spirituelle, mais aussi adéquate à la vérité de l’homme et de la femme dans leur vocation à l’amour.

Il rappelle que la religion chrétienne est avant tout une religion du corps car elle repose sur la foi dans l’Incarnation du Verbe de Dieu. Notre nature est incarnée, et sans une intelligence en profondeur de la nature du corps et du plan divin d’amour de Dieu sur ce corps, il ne peut pas y avoir de spiritualité conjugale ni même de spiritualité chrétienne tout court.

Trois réalités sont envisagées à la lumière de la foi :

-          le corps humain et la sexualité humaine, dans la perspective de Dieu ;

-          les relations humaines, montrant comment ces relations reflètent Dieu lui-même ;

-          le mariage et le célibat, offerts comme un don de Dieu.

L’enseignement de Jean-Paul II reprend d’abord le plan de Dieu aux origines de la création de l’homme et de la femme.

Tous les bons chrétiens ont entendu parler du péché originel, au point souvent de ne retenir que cela…  Jean-Paul II, bien sûr, ne le nie pas[2], mais il cherche à nous ramener d’abord en amont, « au commencement »[3], à ce que Dieu avait voulu pour nous, avant le péché des origines et qui subsiste encore dans les profondeurs du cœur de l’homme. Joie de la place unique de l’homme dans la création, comme personne liée d’amitié avec Dieu par son esprit. Joie pour l’homme de découvrir la femme, de la même vie que lui, sa parfaite égale, avec qui il va devenir une seule chair dans laquelle est inscrite suprêmement l’image de Dieu. Joie de la communion par la plénitude de la transparence du regard des personnes sur leur masculinité et leur féminité, signe de la confiance accordée à l’autre dans l’union conjugale[4].

Dans un second temps, il aborde le péché des origines, rupture volontaire de l’homme et de la femme avec le plan de Dieu, qui pèse sur ces expériences originelles, entraînant incompréhension, révolte, souffrance, désunité, domination, exploitation…

Ensuite, il développe la rédemption du corps, permise par l’incarnation du Verbe et sa résurrection qui annonce la nôtre.

A partir de là, Jean-Paul II explique comment et à quelles conditions l’acte sexuel des époux  est appelé à devenir œuvre de sainteté non seulement pour les époux eux-mêmes, mais pour toute l’Eglise, et, par là, pour toute l’humanité.

Le corps humain n’existe pas sans ce qui lui est intérieur, l’âme. En cela, Jean-Paul II dit que le corps est « symbolique »[5] : il rend présent ce qui lui est intérieur, sans séparation de l’âme qui l’ouvre à la dimension spirituelle. Ainsi la sexualité et la procréation n’appartiennent pas seulement à la biologie mais à un ordre plus profond. De fait, le corps humain est sacrement : réalité visible de la réalité profonde de la personne qui révèle quelque chose de Dieu.

S’intéresser uniquement au corps sans ouverture à l’âme est obligatoirement réducteur.  Toute tentative faite pour séparer notre âme de l’orientation fondamentale de notre corps revient à l’antique hérésie du dualisme, de plus en plus généralisée aujourd’hui[6].

A cette condition, par et dans la grâce du sacrement de mariage, l’union des corps devient signe de l’union du Christ-Epoux avec son Epouse, l’Eglise.

Si donc, à la suite de Jésus, on remonte aux origines, on découvre que le corps a une signification conjugale (sponsale)[7], parce qu’il est fait pour être donné dans le don conjugal, le don des épousailles. Si nous avons un corps, un corps sexué, c’est pour être don et réaliser ainsi notre vocation profonde d’être à l’image de Dieu dans le don des corps, qui signifie le don de toute la personne. La vocation du corps est le don.

Cette vocation du corps est la même quel que soit l’état de vie, que ce soit dans le mariage ou dans le célibat voulu pour le Royaume des Cieux[8].

Jean-Paul II en arrive à dire que l’appel à l’« amour sponsal » révélé à travers notre sexualité est « l’élément fondamental de l’existence humaine ». La sexualité est tout sauf une question secondaire.

Notons d’ailleurs que la Bible, du début à la fin, est une histoire de mariage, depuis l’union d’Adam et Eve jusqu’aux « noces de l’Agneau » dans le livre de l’Apocalypse, en passant par les noces de Cana au début du ministère de Jésus (Jn. 2, 1-12). Tout au long de l’Ancien Testament, l’amour de Dieu pour son peuple est décrit comme l’amour d’un mari pour sa femme. Dans le Nouveau Testament, le Christ vient incarner cet amour : il vient comme l’époux divin pour s’unir pour toujours à son épouse, c’est-à-dire à nous-mêmes. Le plan de Dieu de toute éternité est de nous « épouser » ! Comme le dit si bien Christopher West : « Dieu voulait nous révéler ce plan éternel de telle sorte que nous ne puissions passer à côté. C’est pourquoi il a gravé une image de ce plan au cœur même de notre être d’homme et de femme. Cela signifie que pratiquement tout ce que Dieu veut nous dire ici-bas au sujet de son identité, de la nôtre, du sens de la vie, de la raison pour laquelle il nous a créés, de la manière dont nous devons vivre, et même de notre destinée finale, tout cela est contenu d’une certaine manière dans la vérité et la signification de la sexualité et du mariage. C’est du sérieux ! ».

Tout l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité se fonde donc sur « l’alliance conjugale »,

« Une alliance est un accord ou un engagement librement établi entre deux parties. Tout l’Ancien Testament tourne autour de l’alliance de Dieu avec son peuple. […] La nouvelle alliance que Dieu établit avec l’humanité est instaurée définitivement par la mort du Christ sur la croix. […]. Quand un homme et une femme se marient, ils reçoivent les bénédictions sacramentelles de la nouvelle alliance. Dieu leur donne de partager sa propre fidélité. Ils participent à l’alliance. […] Le mariage est une alliance qui, à la fois, participe de la vie même de Dieu et rend Dieu présent sur terre : le mariage est la plus parfaite image que nous ayons de Dieu » (Anthony Pery).

Mais l’alliance du mariage devient réalité à partir de deux actions : l’engagement pour la vie et la consommation[9] au travers du rapport sexuel, indispensables pour qu’un lien indissoluble soit établi.

Ainsi l’union sexuelle scelle une relation à la fois dans un acte d’amour et dans un acte de vie (en vue de la procréation).

En conclusion, cette théologie du corps nous fait mieux comprendre l’enseignement de l’Eglise sur la sexualité dans tous les domaines : les rapports sexuels avant le mariage, la contraception, la régulation des naissances, la pornographie, la masturbation, les actes homosexuels, le divorce, etc.

On peut dire que la théologie du corps refait le lien entre nos aspirations profondes et le paradis perdu. Elle redonne à la morale conjugale et sexuelle son vrai sens, son sens spirituel.

Dr Patrick THEILLIER

Deux livres m’ont permis d’écrire cet article : « La théologie du corps décomplexée. Introduction aux catéchèses de Jean-Paul II » du Père Anthony PERCY, docteur en théologie australien, Editions de l’Emmanuel 2007,  92 p., 10€20 ; et : « La sexualité selon Jean-Paul II » de Yves DEMEN, docteur en philosophie,  Editions de la Renaissance. 2004, 230 p., 17€.


[1]696 pages. 32€ : non disponible…

[2] Si on retire la question du péché originel, la Rédemption devient sans objet !

[3]Se rapporter à Matthieu 19, 3-12 et à Genèse2, 15-25

[4]Pour ces trois expériences Jean-Paul II parle respectivement de « solitude originelle », d’« unité originelle » et de « nudité originelle ».

[5]Terme qui provient d’un mot grec qui veut dire « mis ensemble ».

[6]Qui conduit au "gender" et à  "la reproduction asexuée "…!

[7]Terme peu usité en français, venant du latin sponsa qui veut dire « épousailles ».

[8]« La vocation au célibat est une forme, une modalité du mariage au sens profond du terme car c’est une modalité du don de la personne » (Yves Semen).

[9]«  Consommer » veut dire « rendre parfait » ou « porter à un plus haut niveau d’accomplissement ».