CINEMA: le film "l'Apôtre" connait un réel succès médiatique

Il y a près d'un an, nous avons publié sur notre site diocésain la première interview de Cheyenne-Marie Carron, jeune cinéaste française, au sujet du tournage de son long métrage, "l'Apôtre". Aujourd'hui, il est disponible en DVD et à l'affiche dans un cinéma parisien. Ce film raconte le récit d'un jeune musulman appelé à devenir imam, mais qui voit son identité bouleversée alors qu'il est touché par l'amour du Christ. Dans un chaos familial qui l'oppose à son frère, Akim tentera de se faire accepter par les siens.

 

Cheyenne-Marie, vous nous avez fait l'honneur, le 26 janvier dernier, de publier sur notre site votre première interview au sujet de votre film l'Apôtre. Aujourd'hui il rencontre un réel succès auprès de la presse et des critiques, et viens de sortir en salle. Comment les médias perçoivent-ils votre film ?

L'accueil est incroyable, je ne m'attendais pas à autant de bons articles. Comme quoi même si on fait une œuvre sans moyen, mais avec cœur et vérité, on peut toucher les gens.

Vous rencontrez toujours des difficultés à recevoir des subventions publiques de la part de la CNC et des régions, que vous avez contacté de nombreuses fois. Comment expliquez-vous ces refus ?

Ils m'ont refusé il y a un mois un nouveau scénario... je ne sais pas pour quelle raison ils ne me soutiennent jamais. Mais peut-être qu'il est temps pour moi de m'ouvrir au monde, et d'aller chercher des aides ailleurs, dans d'autres pays.

Le 11 septembre dernier, le père Amédée Faure, prêtre du diocèse de Valence est décédé à 92 ans. Parlez-nous un peu de cet homme qui a marqué votre vie.

Cet homme a bouleversé ma vie. C'était un petit curé de campagne, humble et discret. Un homme qui a tendu la main à la famille du meurtrier de sa sœur, par Charité. C'était un saint anonyme, comme il y en a beaucoup en France. Je suis heureuse de lui avoir dédié L'Apôtre.

En ce moment, le monde et les chrétiens en particulier, ont les yeux rivés sur le Moyen-Orient où nos frères dans la Foi sont persécutés au nom du Christ. Pensez-vous que votre film puisse aider les musulmans et les chrétiens à concevoir l'importance de la liberté religieuse dans ces pays marqués par la souffrance ?

Pour gagner cette liberté, il faut l'exiger et l'imposer. Surtout dans les pays où les hommes ont une certaine virilité. En parallèle, il faut cesser nos guerres qui déstabilisent et renforce la haine de l'autre.

En France, de nombreuses voix se sont élevées en soutien aux Chrétiens d'Orient, et parmi elles, quelques dignitaires musulmans. Comment leur communauté a-t-elle perçue votre film l'Apôtre, qui met en scène la conversion d'un musulman à la foi catholique ?

Un journaliste d'un grand quotidien arabe est venu à une des projections et a beaucoup aimé le film. Mais il ne sait pas encore s'il aura l'autorisation de sa direction pour publier son article... Beaucoup de musulmans m'envoient des messages de remerciement pour L'Apôtre. Mais cela reste pour le moment dans la discrétion.

Les familles tiennent une place importante dans votre film. Pouvez-vous nous les présenter à la lumière de votre propre vie ?

Ma famille m'a sauvée. Ils m'ont recueillie lorsque j'avais 3 mois. M'ont aimée, élevée, protégée, éduquée. Il s'agit d'une petite famille de France, catholique. Mon père est un ancien maçon, ma mère une ancienne institutrice. Nous sommes cinq enfants ; trois adoptés, et deux biologiques. Tout ce que j’accomplis aujourd'hui dans ma vie, je le doit à cette petite famille, ma famille. Ils m’ont donné l'essentiel : infiniment d'amour.

 

propos recueillis par Thibault Luret pour le site www.diocese64.org

 

Pour commander le DVD du film l'Apôtre: cheyennecarron@gmail.com

 

 

La Presse en parle:

 


L'APÔTRE - BANDE ANNONCE 2 - Un film de... par Che-Carr

 

LE MONDE |30.09.2014 à 10h58 | Par

Elevé dans une famille musulmane pratiquante, Akim a une voie toute tracée : comme son frère Youssef, il suivra les pas de son oncle et deviendra imam. Mais une révolution s'annonce, sous les airs les plus inoffensifs qui soient : Akim accepte de se rendre au baptême de la fille de son ami Fabien. Il trouve la célébration, les mots, les chants… beaux. Rien de plus. Mais ce rien éveille un intérêt pour le catholicisme, et l'intérêt éveille peu à peu la foi.

Déterminé à devenir ce que sa communauté appelle un apostat, Akim se lance sur le chemin du Christ, avec l'espoir d'être accepté tel qu'il est devenu par les siens.

L'APPARTENANCE COMME UNE ÉVIDENCE

Ce n'est pas à un sujet facile auquel la réalisatrice Cheyenne Carron s'attaque. Elle le fait avec la même sincérité déterminée qui inspirait son précédent long-métrage, La Fille publique. D'inspiration autobiographique, La Fille publique suivait les déboires d'une jeune femme qui a grandi en famille d'accueil, et se voit contrariée dans ses démarches pour se faire adopter par ceux qui l'ont élevée...

Par Marie-Noëlle Tranchant publié


 

Dans son film, Cheyenne Carron décrit l'itinéraire tourmenté d'un jeune musulman qui se convertit au christianisme.

L'ouverture est violente: une femme, chez elle, est agressée, étranglée. Cela se passe dans une petite ville tranquille. Akim (Fayçal Safi), un jeune musulman qui habite avec sa famille dans le voisinage, est terriblement impressionné par cette tragédie. Quelque temps plus tard, il a l'occasion d'assister au baptême du bébé d'un ami. Le prêtre qui officie est le frère de la victime. Akim fréquente assidument la mosquée avec son frère, et se prépare à prendre la suite de son oncle imam, mais il est troublé par le message évangélique et par la mystérieuse bonté du prêtre, qui a choisi de continuer à habiter à côté des parents de l'assassin «parce que cela les aide à vivre». Peu à peu, son chemin intérieur l'entraîne sur les pas du Christ.

Questions essentielles

L'Apôtre de Cheyenne Carron retrace cette évolution intime au milieu des remous qu'elle provoque dans la famille d'Akim et dans la communauté musulmane. La réalisatrice a de l'énergie à revendre, sa caméra bouge un peu trop, dans le style «Dogme», et elle tire dix fils à la fois pour composer l'étoffe dramatique d'une histoire foisonnante de personnages et de péripéties. On passe d'une salle de sport à un presbytère, d'une salle d'étude coranique à une dispute familiale survoltée, de la rupture à la menace, de la violence à la réconciliation.

Cheyenne Carron a le talent rare de pouvoir être à la fois mouvementée et nuancée, déchaînée et délicate. La famille d'Akim est un mélange extrêmement vivant et attachant de caractères opposés, unis par une affection profonde malgré les divergences de vues et de styles de vie. Et, si la vengeance des musulmans zélés à l'égard d'un converti est décrite dans sa brutalité, la méditation parallèle de l'imam subtil et du prêtre tout offert pose en douceur les questions essentielles. Touffik Kerwaz et Yannick Guérin sont remarquables, et Fayçal Safi donne à ce drame son beau tourment spirituel.

 

propos recueillis par Frédéric Theobald Créé le 30/09/2014

Dans l'Apôtre, la réalisatrice Cheyenne Carron raconte en nuance, mais sans détour, la conversion d'un jeune musulman au catholicisme. Rencontre.

C’est peu dire que Cheyenne Carron fuit la tiédeur. À 18 ans, sans autre formation que sa cinéphilie, elle décide de devenir cinéaste. Quelque deux décennies plus tard, elle signe son cinquième long métrage, l’Apôtre. Un film réalisé, comme les précédents, sans aucune aide, elle-même jonglant avec tous les postes, de l’écriture au montage en passant par la production. Le résultat impressionne. D’abord par le sujet : l’histoire d’Akim, un jeune musulman appelé à devenir imam, mais dont la trajectoire rencontre le christianisme. Le déclencheur de sa conversion – et du scénario – sera le geste exemplaire d’un prêtre dont la sœur est assassinée et qui pourtant fait le choix de rester dans sa paroisse, jugeant que sa présence « aiderait à vivre » les parents du meurtrier.


Si l’Apôtre raconte une conversion, n’est-ce pas d’abord un éloge du pardon ?

Je montre beaucoup plus qu’un geste de pardon ! C’est la main tendue, c’est la charité, l’une des vertus les plus belles de la religion catholique. Ce prêtre – que j’ai connu –, en « accueillant », d’une certaine manière, la famille de celui qui avait tué sa propre sœur a été un apôtre. Akim, à son tour, devient un apôtre au moment où il fait entendre à son frère que « la vengeance ne guérit pas ».

Le titre « la Conversion » n’aurait-il pas été plus explicite ?

L’Apôtre, cela me parle, car nous, catholiques, aujourd’hui, nous nous devons d’être des apôtres à notre petit niveau, celui de la famille, des amis, du travail… C’est-à-dire témoigner de notre conviction et de notre foi avec combativité. Ce mot effrayera sans doute certains catholiques, toutefois « combativité » n’induit pas l’idée d’écraser l’autre, mais de porter dans la joie une parole à laquelle on croit.

Comment écrire sur l’islam sans le caricaturer ?

Je me suis documentée, j’ai fait lire le scénario à des musulmans pratiquants, et mes comédiens m’ont beaucoup aidée à être la plus juste possible. En particulier Touffik Kerwaz, qui joue le rôle de l’imam, est venu avec son Coran. On a travaillé ensemble la scène où les fidèles posent des questions sur les règles à suivre, notamment sur la possibilité de se marier avec une non-musulmane, et sur la polygamie. Pour autant, tout n’a pas été facile, j’ai eu lors du casting des oppositions de comédiens, qui soit avaient extrêmement peur, soit étaient en colère. Je n’ai retenu que des gens prêts à me suivre.

De toute confession ?

Mes comédiens étaient de culture arabo-musulmane, celle qui joue la mère de famille était de confession juive, les techniciens, pour la plupart, athées. J’étais la seule catholique pratiquante, mais j’avais le sentiment que, face à mon équipe, étant forte et fière de ma foi, c’était rassurant pour eux. Ils avaient envie de respecter cela.

Ne craignez-vous pas que votre film soit néanmoins perçu comme participant de l’islamophobie ?

La famille que j’ai dépeinte est une famille aisée et ouverte. Les parents appartiennent à une génération marquée par le terrorisme en Algérie et la religion n’occupe pas toute leur existence. Alors que les enfants ont un vrai désir de retour au sacré – ce que je comprends, car je suis moi-même dans cette démarche-là – et parfois avec une certaine radicalité. Je pense que cela fait bien écho à la jeunesse actuelle qui est animée d’un vrai retour au religieux avec fougue.

Vous montrez aussi un visage de l’islam intolérant…

Avec mes comédiens j’avais un dialogue parfois franc en leur disant que certaines sourates du Coran me dérangent, car ce sont des appels au meurtre des non-musulmans. Il faut oser le dire. Et si mon film fait écho aux persécutions des chrétiens à travers le monde, c’est formidable si cela peut éveiller un débat. Les musulmans sont nos frères, mais dialoguons dans la vérité, arrêtons de faire l’autruche, car il y a des gens qui se font trancher la gorge parce qu’ils ne croient pas en Allah. Parler et nommer les choses permet à l’autre de s’interroger et peut-être d’évoluer.

 

30/9/14 - 17 H 08 - Mis à jour le 1/10/14 - 10 H 00

Malgré un manque de moyens qui affecte la réalisation, Cheyenne Carron signe un film sensible et courageux sur la conversion d’un jeune musulman au catholicisme.

Élevé dans une famille musulmane de Montreuil, en région parisienne, Akim se prépare, avec son frère Youssef, à devenir imam. Chaque vendredi, il suit les enseignements de son oncle dans la salle de prière du quartier. Plusieurs rencontres vont pourtant le détourner de cette trajectoire toute tracée. L’amitié de ­Fabien, un jeune garagiste catholique qui l’invite au baptême de sa fille. Et celle d’un prêtre dont la sœur vient d’être assassinée par le fils des voisins musulmans, et qui, pourtant, a décidé de rester auprès d’eux parce que sa présence « les aide à vivre ». La célébration à l’église, simple et belle, comme le geste de ce prêtre éveillent en Akim un attrait aussi intime que puissant pour le christianisme. Au terme d’un long combat intérieur, le jeune homme ose confesser sa foi et devenir « apostat », déclenchant l’incompréhension de sa famille, la fureur de son frère et la violence de certains membres de sa communauté.

Le thème de la conversion d’un musulman au catholicisme était des plus risqués. La réalisatrice française Cheyenne Carron l’aborde dans L’Apôtre avec courage, sans céder à la caricature, posant avec sensibilité la délicate question de la liberté religieuse. S’il accuse des longueurs et maladresses dans la réalisation, et souffre parfois du jeu inégal de certains acteurs, ce film conçu avec peu de moyens sait toutefois prendre le temps du lent parcours intérieur du jeune Akim (Fayçal Safi, très convaincant).

Il a aussi le mérite de faire interpréter le thème brûlant de la conversion par des comédiens chrétiens, juifs et musulmans. Certains ont d’ailleurs aidé la réalisatrice à partir de leur propre culture religieuse : ainsi lorsque Akim (Fayçal Safi), recevant des mains du prêtre la Bible, improvise et demande, avant de s’en saisir, s’il doit se laver les mains. La réalisatrice, encore catéchumène pendant le tournage avant d’être baptisée à Pâques, a su puiser aussi dans sa propre histoire de convertie. Décoré du prix spécial de la fondation Capax Dei au festival Mirabile Dictu, au Vatican, en juin, L’Apôtre est pour Cheyenne Carron, « fille de la Ddass » d’origine kabyle, élevée dans une famille d’accueil catholique, un hommage au « geste magnifique » du prêtre de son village : après que sa sœur, Madeleine, avait été étranglée par le fils des voisins, il avait choisi, envers et contre tout, de leur tendre la main.

Ce film est, pour le moment, uniquement projeté au cinéma Le Lincoln, à Paris (14 rue Lincoln, 8e  arrondissement).