Comment parler de vocation sacerdotale à des enfants ou à des jeunes?

Intervention de monsieur l’abbé Jean-Bernard Hayet, délégué épiscopal à la catéchèse à Salies-de Béarn, le vendredi 10 octobre 2014 à l'occasion de la journée "Catéchèse en fête".

En préliminaire à cette réflexion, permettez-moi de citer le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris : « Il n’y aura pas de prêtres si on n’en parle pas ; il n’y aura pas de prêtres si on n’en parle pas ; il n’y aura pas de prêtres si on n’en souhaite pas. Pour les souhaiter, pour les demander, pour en parler, il faut que nous nous mobilisions tous, que tous nous soyons désireux de voir de nouveaux prêtres prendre la relève des générations précédentes... pour répondre aux exigences de la mission d’aujourd’hui. Elle est immense, elle déborde de toute façon nos forces et nos moyens, mais justement : parce que nous n’avons pas les moyens de faire face à notre mission, il faut supplier Dieu qu’Il vienne à notre aide et qu’Il nous envoie les missionnaires dont nous avons besoin » (Homélie du samedi 28 juin 2008 à l’ordination de prêtres à Notre Dame de Paris).

Je reviens à la question qui nous occupe : comment parler de la vocation sacerdotale à des enfants ou à des jeunes ? 

Tout d’ abord, il faut faire « un état des lieux », voir dans quel contexte vivent les enfants et les jeunes : ils subissent comme nous tous, les adultes, les influences de ce qui se dit, de ce qui se voit, de l’ « air du temps » que nous respirons à tous les niveaux de la vie en société et en Eglise, de ce que le Pape François appelle « la mondanité ambiante » qui n’ est pas toujours évangélique, loin s’en faut !

Il y a le contexte matérialiste de la réussite, de la rentabilité, de la notoriété (artistique, culturelle, sportive...). Regardons quels sont les « héros », les « modèles » d’ aujourd’hui : où les trouve-t-on souvent pour les exalter -au moins un certain temps !- : la mode, le cinéma, la « télé-réalité », le sport : ce sont les « idoles » du moment : je suis sûr que dans une cours de récréation ou dans une salle de catéchisme vous dîtes « Nabila », « Messi », « Ronaldo », « Didier Deschamps », »Valérie Trierweiler », ça réagit tout de suite ;si par contre vous dites « Saint Louis » (dont on fête le 800ème anniversaire), « Edouard Cestac », « Paul VI » (qui sera béatifié le 19 octobre), « Mère Teresa », il y a fort à parier que vous laisserez petits et grands de marbre !

Il y a la crise de la transmission immédiate : une catéchèse fondamentale lacunaire voire absente... Recherchez comment on parle du prêtre, du Sacrement de l’Ordre dans vos manuels...

Il y a l’atténuation ou la disparition de la visibilité du prêtre pour diverses raisons : leur diminution, leur « dilution » dans la masse (sécularisation), la restructuration des paroisses qui étend leur champ d’activité : par exemple, il y a 60 ans dans notre diocèse, 150 prêtres étaient exclusivement au service de l’éducation : direction d’écoles, vicaires-instituteurs, aumôniers permanents... aujourd’hui plus un seul n’est permanent en tant que directeur ou enseignant... Si je parle de « moi », mon directeur d’école était un prêtre jusqu’ en classe de troisième (proche de nous : on le voyait toujours, dans sa fonction d’enseignant, de directeur et aussi de prêtre), le Curé de la paroisse venait nous remettre les « notes » du trimestre avec un mot pour chacun, y compris les cancres qui recevaient une parole d’encouragement de sa part pour améliorer leur situation...

Il y a la peur du « pour toujours » engendrée par le changement à vitesse grand « V » des mœurs : familles recomposées plusieurs fois... Le risque -comme le disait le Pape François-, c’est de « nous laisser vaincre par la « culture du provisoire ». Cette culture qui, aujourd’hui, nous envahit tous, cette culture du provisoire » (Discours du vendredi 14 février 2014). Rien n’est définitif : les objets ont une durée limitée, les situations professionnelles ne sont pas garanties « à vie »... Je me souviens alors que j’étais aumônier, j’expliquais à des « terminales » ce qu’étaient des « noces d’or » : l’un d’eux s’exclama : « 50 ans de vie, avec la même ?!!! » : il n’en revenait pas ! Le « pour toujours » paraît invraisemblable !

Comment parler de la vocation ? : Je réponds ici, il faut en parler avec joie et enthousiasme ! Il faut en parler positivement !

Avec joie : il faut dire aux enfants et aux jeunes qu’on peut trouver le bonheur en devenant prêtre, que c’est une belle Aventure : celle de risquer sa vie pour Jésus, celle de se mettre à Son service, que c’est une belle Aventure de se mettre à Sa disposition pour servir les autres, leur apporter le Pain de la Parle et de l’Eucharistie!

En parler positivement : si vous commencez par dire : « Tu ne pourras pas te marier ! Tu ne pourras pas avoir d’enfants ! Tu n’auras pas ceci, tu ne feras pas cela... il faut beaucoup étudier, il faut être comme ceci ou comme cela... ça n’a rien d’encourageant et d’enthousiasmant... Je pense ici au Saint Curé d’ Ars, Jean-Marie Vianney, dont on émettait à son sujet les plus grandes réserves « Debilissimus », « très faible » disait-on de lui au séminaire : une fois devenu prêtre la France entière courait dans ce petit village de 200 âmes : Lacordaire ira jusqu’ à dire « J’ai vu Dieu dans un homme » !

Nous interroger : comment parlons-nous de « nos » prêtres, de « notre » curé ? Les oreilles de nos enfants et de nos jeunes traînent : un des moyens les plus sûrs de décourager une vocation c’est de critiquer à tout bout de champ notre curé, l’aumônier du collège : « Il n’est pas assez ceci, il est trop cela, pas à notre goût », passé au crible de notre jugement : dès la sortie de la messe, on commente « l’homélie-rasoir » que l’on a entendue !... Quelle « image » offrons-nous du prêtre à nos enfants et nos jeunes ? « L’Ordre -disait le Saint Curé d’ Ars (+ 4 août 1859)-, c’est un Sacrement qui ne semble regarder personne parmi vous et c’est un Sacrement qui regarde tout le monde... Quand vous voyez le prêtre, pensez à Notre Seigneur Jésus Christ. Si nous n’avions pas le Sacrement de l’Ordre, nous n’aurions pas Notre Seigneur. Qui est-ce qui L’a mis là, dans le Tabernacle ? Le prêtre ! Qui est-ce qui a reçu votre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre ! Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre ! Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le Sang de Jésus Christ ? Le prêtre ! Vous ne pouvez pas vous rappeler un seul Bienfait de Dieu, sans rencontrer, à côté de ce souvenir, l’image du prêtre ! ». Quant à Madeleine Delbrel (+ 13 octobre 1964), elle disait : « L’absence d’un vrai prêtre est, dans une vie,est une détresse sans nom. Le plus grand cadeau qu’on puisse faire, la plus grande Charité qu’on puisse apporter, c’est un prêtre qui soit un vrai prêtre. Dans le Christ, il y a une vie humaine et une vie divine. Dans le prêtre, on veut retrouver aussi une vie vraiment humaine et une vie vraiment divine. Le malheur, c’est que beaucoup apparaissent comme amputés soit de l’une soit de l’autre... Le prêtre tout en vivant parmi nous, doit rester d’ ailleurs ».

Permettre aux enfants et aux jeunes de rencontrer le prêtre : quelle place faisons-nous dans la catéchèse à une information sur ce qu’est un prêtre, sur ce qu’il vit, ce qu’il fait ? Pensons-nous à faire témoigner simplement les prêtres de leur vocation au cours d’une rencontre, d’une retraite...à nous d’être inventifs ! « J’ai vu des prêtres heureux de l’être et je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? ».

Importance de l’éducation aux petits « oui » de la vie quotidienne : le travail à accomplir, les services à rendre, la prière de chaque jour, la Messe dominicale, la fidélité aux engagements pris (la persévérance », la fidélité en amitié... Ces petits « oui » préparent à des « oui » fondateurs », à des « oui » qui engagent l’existence... Il faut aussi favoriser un climat de recueillement, une initiation à la prière : le Pape Benoit XVI écrivait aux séminaristes du monde entier, le 18 octobre 2010 : « Il est si important que vous appreniez à vivre en contact avec Dieu... S’exercer à ce contact est le sens de notre prière. C’ est pourquoi il est important que la journée commence et s’achève par la prière. Que nous écoutions Dieu dans la lecture de l’Ecriture. Que nous Lui disions nos désirs et nos espérances ; nos joies et nos souffrances, nos erreurs et nos actions de grâce pour chaque chose belle et bonne, et que de cette façon, nous l’ayons toujours devant nos yeux comme point de référence de notre vie ». Imaginez si nous « regardions » chaque jour Jésus dans la prière autant,que nos écrans de toutes sortes ordinateurs, tablettes, iPhone... ! Nous avons comme mission,d’initier les enfants et les jeunes à ce cœur à cœur avec Jésus dans lequel ils pourront « entendre,Son appel ».

Ouvrir avec eux la Bible et voir comment, tout au long de l’Histoire Sainte, des hommes, des femmes, des enfants, des jeunes ont offert leur « oui » à Dieu pour se mettre à Sa disposition, pour Se mettre à Son service : Abraham, Moïse, David, Samuel, Jean-Baptiste, Marie de Nazareth, Joseph le charpentier, les Apôtres...

Ouvrir avec eux le grand livre de l’Histoire de l’Eglise pour y découvrir des figures de prêtres diverses et variées : Saint Vincent de Paul, Saint Jean-Marie-Vianney, Saint Jean Bosco, Saint Maximilien Kolbe, Saint Padre Pio, Bienheureux Jerzy Popieluszko (+ 19 octobre 1984), Oscar Romero, Helder Camara... et tant d’autres !

Savoir aussi poser la question : «Que penses-tu faire de ta vie ? Qu’est-ce que tu ne penses que Dieu, que Jésus, attend de toi ?... As-tu déjà pensé à devenir prêtre ? Demande à Jésus ce qu’Il veut faire de toi et sois courageux ! ». Dans la « Vigne » de Jésus, il y a une place pour chacun : Il embauche à toute heure ! La parabole des ouvriers de la dernière heure est éloquente à ce sujet : nous la trouvons en Saint Matthieu 20, 1-16. « Personne ne nous a embauchés » : ce serait dramatique qu’un enfant, qu’un jeune dise : « Personne ne m’a jamais parlé de la vocation sacerdotale ! Personne ne m’a jamais dit qu’on pouvait être heureux en devenant prêtre ! ». Jésus a besoin de gens qui, à Sa suite, accepteront d’entraîner les autres, de leur montrer le « Chemin du Ciel » comme le disait le Saint curé d’Ars au petit Antoine qui lui indiqua le chemin d’ Ars. Jésus embauche aujourd’hui encore des enfants et des jeunes qui accepteront d’être à l’image de Jésus Bon Pasteur : en sommes-nous suffisamment convaincus ? Comment allons-nous être les « relais » du Maître qui embauche ?

Prendre au sérieux l’enfant ou le jeune qui a exprimé un désir : ne pas se dire : « Il est trop jeune ! Ca lui « passera » ! ». Que faire pour l’aider ? Que lui proposer : le Service des Vocations, l’Institut « Samuel »... Puisque nous avons la chance d’avoir un séminaire à Bayonne, pourquoi ne pas organiser en accord avec le supérieur, une « visite-rencontre » avec eux, avec des enfants de chœur ? « Un jour, pendant la Messe, un petit garçon dit à sa maman, en regardant le prêtre célébrer : « Maman, je voudrais bien être prêtre ». Intérieurement la maman se dit : « Merci, Seigneur ! Comme c’est formidable ! Je ne suis pas digne d’une telle grâce ! ». Et à ce moment-là, elle entend l’enfant continuer : « Oui, parce qu’un prêtre, ça ne travaille que le dimanche » (In « Paraboles d’un curé de campagne ». Editions de l’Emmanuel 2006. Page 133).

Prier : c’est l’ordre formel de Jésus, c’est la directive qu’Il nous laisse ! Dans l’Evangile, il y a explicitement trois intentions de prière qui nous sont suggérées par le Seigneur : La prière pour les persécuteurs : Saint Matthieu 5, 44-45 : « Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux Cieux, car Il fait lever Son soleil sur les méchants et sur les bons ».

La prière face à la tentation : Saint Luc 22, 46 : « Qu’avez-vous à dormir ? Relevez-vous et priez pour ne pas entrer en tentation ».

La prière pour l’embauche d’ouvriers : Saint Luc 10, 2 : « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux : priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à Sa moisson ».

Que fais-tu de la consigne de Jésus ? Pries-tu pour cette « embauche » ? Pries-tu pour les vocations de prêtres ? En demandes-tu ou attends-tu qu’elles « tombent du Ciel » comme par enchantement !

Tu dis : « Bien sûr que je prie pour les vocations ! » : et bien, continue ! Redouble de prière ! Persévère !

Tu dis : « Non ! Cette intention ne fait pas partie de mon catalogue ! ». Que fais-tu de l’Ordre de Jésus, Lui qui est le Maître de la moisson ?

Tu dis-nous dirons certainement tous !- : « Je ne prie pas assez pour cette « Cause » ! Je ne porte pas suffisamment le souci de mon Christ qui veut des « ouvriers spécialisés », du Christ qui embauche à toutes les heures de l’Histoire !

Où est- il le temps où dans toutes les paroisses de France et de Navarre on implorait : « Seigneur, donne-nous des prêtres ! Donne-nous beaucoup de prêtres ! Donne-nous beaucoup de saints prêtres ! » ? Pensons-nous que Jésus puisse rester « insensible », « sourd » à une telle prière ?

« Derrière et avant toute vocation au sacerdoce -disait le Pape François-, il y a toujours la prière forte et intense de quelqu’ un : d’une grand-mère, d’une mère, d’un père, d’une communauté... Les vocations naissent dans la prière et de la prière » (Pape François. Regina caeli du dimanche 21 avril 2013).

« Je prends la ferme résolution de porter cette intention de Jésus : « Envoie des ouvriers pour Ta moisson ! Suscite dans nos familles, dans nos paroisses, dans notre diocèse, des enfants et des jeunes qui seront séduits par Toi au point d’engager radicalement et joyeusement leur vie à Ta suite, en devenant Tes prêtres ! ».

Je vais entraîner aussi les enfants de mon groupe de catéchèse, les jeunes de l’aumônerie, à prier aussi pour cette « Cause » des vocations : « Seigneur, fais que je trouve ma place dans le monde et dans Ton Eglise ? Seigneur, qu’attends-Tu de moi ? Que veux-Tu que je fasse de ma vie ? Comment puis-je me mettre à Ton service : éclaire-moi ! Parle, Seigneur, Ton serviteur écoute ! ».

Faire prier les enfants et les jeunes pour les prêtres qu’ils connaissent de près ou de loin...

Le Père Guy Gilbert disait : « On peut, en se lamentant, palabrer à l’ infini sur la pénurie de prêtres qui se fait criante. On peut regretter le bon vieux temps où chaque village avait son curé et son vicaire... le Christ, Lui, nous suggère une tout autre voie : « Priez le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans Son champ ». Une prière permanente, quotidienne du milliard de chrétiens, suscitera les pasteurs dont nous avons besoin. Osons cette prière ! En famille, en groupe, en paroisse, seul. Avec l’audace ordonnée par le Christ. Il sera alors impossible que Dieu nous laisse sans prêtres. La relève, c’est chacun d’ entre nous qui en a la responsabilité » (In journal « La Croix » du 29 janvier 2002. Page 23).

En conclusion : j’emprunte au Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, cette suggestion : (Catéchèse du mercredi 26 août 2009 à l’Île Madame) : « Lorsque nous disons le Notre Père : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », nous pourrions compléter : « Donne-nous aussi, Seigneur, les « boulangers », c’est-à-dire des prêtres pour nous cuire le Pain Eucharistique, et des diacres pour le distribuer ». Et après « Pardonne-nous nos offenses », vous ajouterez intérieurement : « Appelle aussi des prêtres qui nous donneront Ton Pardon, et des diacres pour célébrer le Baptême pour la rémission des péchés ».