Épiphanie 2015: Mgr Sarrabère fête ses 40 ans d'épiscopat

40 ans d'épiscopat de Mgr Sarrabère
40 ans d'épiscopat de Mgr Sarrabère

Il ya 40 ans, Mgr Robert Sarrabère devenait évêque pour le diocèse des Landes. Une messe anniversaire était célébrée le dimanche 11 janvier 2015, à l'occasion de la fête du Baptème du Christ, à la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne, en présence de Mgr Aillet et de nombreux prêtres et fidèles. Le sermon ci-dessous a été prononcé par Mgr Sarrabère au cours de cette célébration.

 

Baptême du Christ (B)

11 janvier 2015 – 40 ans d’épiscopat

Cathédrale de Bayonne

 

Noël s’éloigne…Jésus a grandi, il est entré dans sa vie d’adulte, il va commencer sa vie publique, et il l’inaugure par un acte spectaculaire. Avant que ne débute sa prédication, avant que ne se dessine l’ombre de la croix, il veut que son existence soit marquée, que sa carte d’identité soit délivrée, il se fait baptiser.

Sur les bords du Jourdain, personne ne soupçonne son identité en le voyant se glisser au milieu des pénitents qui attendent leur tour pour recevoir ce baptême que son cousin Jean délivre « en vue du pardon des péchés ». Et voilà que c’est Jean qui le désigne lui-même comme celui dont il n’est pas digne de s’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales.

Pourtant c’est Jésus seul, nous dit l’évangéliste St Marc, qui voit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe ? Ce n’est pas encore le moment de dévoiler le secret de l’intimité trinitaire qui unit le Père et le Fils dans l’Esprit. Ainsi se termine le cycle liturgique de Noël, et commence le temps de la proclamation d’une Parole qui sera Bonne Nouvelle pour l’humanité, et Jésus prend résolument la route vers Jérusalem, la croix, la résurrection. Arrivera le temps de l’Eglise, et avec ses premiers apôtres le temps de l’évangélisation du monde.

Cher Monseigneur, je vous suis reconnaissant de m’avoir invité à célébrer l’Eucharistie dans cette cathédrale. Elle m’est chère car c’est là que le Seigneur a voulu m’appeler à rejoindre avec mes pauvres limites son projet d’évangélisation. Ici je me suis prosterné pour mon ordination diaconale, puis presbytérale, enfin il y a quarante ans pour recevoir l’ordination épiscopale, en la fête liturgique de l’Epiphanie.

Vous vous doutez que bien des souvenirs affleurent à ma mémoire en pareil moment. Souvenir de ce moment unique où le nouvel évêque est sous (soumis !) le Livre des Evangiles. Mais aussi rappel que ces 40 années de ministère épiscopal (dont 27 passées dans le cher diocèse des Landes. Tous ces souvenirs m’ont ancré dans cette conviction que comme les mages de l’Epiphanie, je ne me suis pas trompé de route en m’engageant au service de l’Eglise, parce que je n’ai pas été trompé par Celui qui m’a dit, ou qui m’a fait dire, par un évêque d’abord, par le pape ensuite : « Viens, suis-moi, j’ai besoin de toi ».

Quelle mission impossible as-tu accepté ! m’a dit un ami la veille de mon ordination.

C’est vrai ! Le temps n’était pas au beau fixe ! Il m’a été donné de vivre durant mon épiscopat des événements, certains heureux et porteurs de vie, d’autres cruels et semeurs de mort. Alors que des années glorieuses et fastes nous étaient promises grâce à l’avancée de la technologie et la réduction des distances, nous avons vécu l’affrontement meurtrier des cultures, le particularisme des ethnies, la concurrence effrénée, la recherche du sens à donner à l’existence. Il n’était pas loin le temps où des jeunes utilisaient déjà leurs pinceaux pour écrire sur les murs de la Sorbonne : « Nous refusons un monde où la certitude de ne pas mourir de faim se paie par la crainte de périr d’ennui ! ». La cellule de base de la société, la famille elle-même, n’est pas sortie indemne des crises morales qui obscurcissent les repères et rendent plus difficile la fidélité. Quant à notre Eglise, elle a abordé le nouveau siècle dans la fragilité d’une unité déchirée par trop de blocages sectaires et de tensions épuisantes.

Je fais partie de cette génération d’évêques qui a eu la tâche de mettre en application tout ce que le concile Vatican II venait d’élaborer comme programme d’évangélisation. Saint Jean XXIII d’abord, puis le bienheureux Paul VI nous ont appris à aimer le monde tel qu’il est, et à servir dans une Eglise invitée à s’évangéliser elle-même, à revenir à la source de la foi, à croire en ce Dieu qui commence le premier à croire en l’homme, et à lui faire confiance. Epoque passionnante, mais délicate, car la tentation était grande d’utiliser dans les textes de Vatican II seulement ceux qui correspondaient à sa propre vision des choses et de l’apostolat, sans rien changer de sa manière de faire !

La joie de l’Evangile.

Autant de circonstances éprouvantes qui auraient pu entamer ma joie initiale de servir comme prêtre et comme évêque la cause de l’Evangile. En réalité, j’ai toujours voulu vivre dans l’espérance, et l’espérance pour moi est fondée sur cette conviction que le monde et l’Eglise ne sont pas concurrents, qu’ils sont tous deux encore en état de croissance, avec les crises qu’elle comporte, que le Christ ne peut abandonner le bateau qu’il a lui-même contribué à lancer sur la mer agitée de l’histoire humaine. Bref, que la patience à l’égard des autres doit être semblable à celle que le Seigneur a eu toujours envers le pauvre serviteur que je suis.

Et puis surtout, comment ne pas avoir confiance, quand on est le témoin de tant de merveilles dispersées dans le monde, et pour moi dans le diocèse des Landes ; de tant de progrès réalisés un peu partout, de tant de dévouement présent au cœur des hommes de ce temps. Je ne puis remercier du fond du cœur, tous ceux, parmi mes frères prêtres, laïcs, religieux, religieuses, de tous âges et de toutes fonctions, qui ont accompli dans la discrétion, au milieu de difficultés et parfois dans l’incompréhension, leur tâche de pasteurs, d’éducateurs, de fondateurs, de contemplatifs. Beaucoup ne se doutent pas combien ils m’ont aidé à vivre ma mission d’évêque !

Souhaitons-nous les uns pour les autres la grâce de « réveiller notre baptême », de garder la jeunesse du cœur, de savoir expulser les germes du vieillissement : tout ce qui dégrade, provoque des déchets - de savoir démasquer ce qui détend le ressort intérieur de la foi, qui appauvrit le cœur et l’empêche de vibrer.

Comme le demandait le pape François aux jeunes de Taizé réunis à Prague : « Rendez au monde sa vraie saveur ! ». Avec lui, entrons sans peur dans l’espérance de l’an 2015 !

 

+ Mgr Robert Sarrabère