« Que le Bon Père ait pratiqué les vertus qui font les saints, nul n’en peut douter ».

« Que le Bon Père ait pratiqué les vertus qui font les saints, nul n’en peut douter ».

Le père Louis-Edouard Cestac (1801-1868), fondateur des Servantes de Marie et des Bernardines, sera béatifié le 31 mai 2015 en la cathédrale de Bayonne. Chaque mois jusqu’à la béatification, la revue Notre Eglise vous propose un texte ou article sur le futur Bienheureux. Voici une lettre  de Mgr Gieure à M. l’abbé Bordarrampé, aumônier des Servantes de Marie. (Mgr François-Marie Gieure, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron de 1906 à 1934¹)

(…) « Sa charité fut parfaite. Vicaire de la Cathédrale, chanoine, fondateur d’œuvres importantes, il trouve toujours le temps pour courir après les pauvres, après les malades, après les pécheurs. Il donne tout ce qu’il a : il se dépouille. Si on le reprend, pour se venger il donne davantage. Sa trésorière est riche, dit-il. La très Sainte Vierge lui a confié que « son trésor est inépuisable ». Il a en elle une confiance absolue, déconcertante. L’hospitalité sera un devoir sacré ; il veut que l’accueil soit aimable et généreux.

Cette charité, cette confiance qui ne raisonne pas, ce plein abandon, il les a communiqués à ses filles qui vivent sans calculer et continuent avec sérénité les traditions léguées par le Bon Père. C’est toujours la même charité aimable. Un grand esprit de douceur, de mutuelle affection règne parmi les enfants du Serviteur de Marie. Il y a des Supérieures et des sujets. On ne rencontre que des Mères et des filles.

Cependant, et on le comprendra, cette grande charité, le Bon Père la reportait avec les plus vifs élans de son âme sur ses filles qu’il aimait de prédilection et dont il était tendrement aimé. Quelques jours avant sa mort, il disait à son entourage : « Bientôt mes enfants, vous n’aurez plus de Bon Père mais nous resterons unis dans le Cœur de la divine Mère; car nous nous aimerons dans le ciel comme nous nous aimons sur la terre ». (…)

Le Bon Père voulut être un Serviteur de Marie dans toute la valeur du mot.

Au jour de son ordination, poussé par une inspiration mystérieuse, il conclut un pacte avec Marie ; on l’entend s’écrier : « Très Sainte Vierge, je vous offre avec mes mains, mon cœur, toute ma personne ». Il se donne à elle pour jamais.

Marie avait jeté les yeux sur lui pour l’accomplissement d’une grande œuvre. Elle sera son Conseil, sa Providence ; lui sera son chargé d’affaires, attendant du Ciel les directions et les ordres.  « La très sainte Vierge, dit-il, m’a confié la charge de l’œuvre.  Elle m’a pris la main et m’a conduit ici pour la faire mieux connaître et mieux aimer ». Elle lui a laissé cette consigne pleine de promesses : « Faites tout pour moi et je ferai tout pour vous ». Il se met courageusement à la tâche.

Alors s’épanouissent successivement ces créations prodigieuses qui s’appellent : les Orphelines de Marie, les Pénitentes de Marie, les Servantes de Marie, les Solitaires de Marie. Toutes ses enfants, quelque nom qu’elles portent, seront les ouvrières, les filles de Marie. Pour les mieux river à la très sainte Vierge, il voudra que les Servantes de Marie ajoutent aux trois vœux l’abandon total de leurs mérites à leur divine Mère et Maîtresse.

L’histoire de ces fondations est un long et merveilleux poème dans lequel on trouve des chapitres que l’on croirait détachés des Fioretti de saint François.

Avec le développement de son œuvre grandit en lui l’amour de la très sainte Vierge. Bientôt il ne saura plus aligner une phrase, dire quelques mots sans que le nom de Marie revienne sous sa plume, sur ses lèvres. Il parle de sa divine Mère avec les tendresses naïves du Pauvre d’Assise, avec les accents enthousiastes de saint Bernard, avec la confiance invincible de saint Alphonse de Liguori. Quand il va rendre le dernier soupir, un seul cri s’échappe de son cœur : « O ma Mère, ma Mère, oui tout pour vous ! Je me donne à vous ! Je vous confie tout ! » (…)

Devant ces effusions débordantes d’amour, devant cette soumission aveugle aux voix intérieures que le Bon Père dit entendre, on sourit comme de pieuses exagérations ! Quand le vénéré fondateur parle d’ordres formels intimés par Marie, on se demande s’il ne cède pas à des illusions de visionnaire. Mais, en avançant dans le récit, ce sentiment se modifie. Le Serviteur de Marie continue son œuvre, toujours confiant, toujours soumis. « Ce ne sont pas des imaginations, dira-t-il, mais des ordres formels », et il obéit. Le public  voit en lui un imprudent, un extravagant. Et, en définitive, chaque fois il a raison, à la grande stupéfaction de ceux qui le blâment. Quand il veut, au milieu d’un dénuement cruel, augmenter le nombre de ses pénitentes, de ses orphelines, cette fois on le dit décidément fou. Mais lui a entendu la voix de sa Mère du ciel : « J’en nourrirai mille comme une ». Impassible, il poursuit sa mission et il triomphe de toutes les difficultés. Il a raison, toujours raison ; ses voix intimes ne le trompent pas. Il s’écriera avec un calme qui déroute la critique : « Je n’ai pas de peine à croire à la Providence ; elle se manifeste continuellement par des preuves matérielles ».  (…)

Lorsque le Vénérable Edouard Cestac mourut,  dans la chaire de sa cathédrale, Mgr Lacroix  fit son Oraison funèbre et termina ainsi : « Sans vouloir devancer les jugements de l’Eglise, je garde dans mon cœur l’espérance que le Serviteur de la Vierge Marie sera mis un jour sur les autels ».

La double prophétie du vénérable Evêque a reçu un commencement de réalisation. Heureux ceux qui en verront l’entier accomplissement !

¹préface du livre du chanoine P. Bordarrampé « Le vénérable Louis-Edouard Cestac », 1936