A la sacristie !

A la sacristie !

Julien Albisu est sacristain à la cathédrale de Bayonne depuis vingt-et-un ans. Un homme dont la simplicité et la gentillesse touchent toutes les personnes qui l’ont rencontré. Par Violaine Ricour-Dumas

« Vous vous rendez compte des bijoux que vous avez ici ? ». C’est un touriste parisien qui, un jour, l’a interpellé avec ces mots. Au début, Julien est resté perplexe. « De quoi me parle-t-il ? » - « Vous avez une merveille de cathédrale ! » a continué le Parisien. Alors il a compris. Compris la chance qu’il avait de garder ce magnifique édifice qu’est la cathédrale de Bayonne. Il en connaît tous les recoins, et après vingt-et-un ans de service, on lit toujours la fierté et l’émerveillement dans ses yeux lorsqu’il parle de ce lieu sacré.

Chaque jour, en alternance avec deux autres sacristains –Jean-Noël, et Juan José à mi-temps-, il prépare les offices, ouvre et ferme les portes de l’édifice¹, installe la sonorisation, l’éclairage pour les messes, obsèques, mariages mais aussi pour les concerts qui ont  lieu régulièrement dans la Cathédrale, fait un brin de ménage… Il est ici chez lui, à la fois seul dans ces grands murs –souvent, il va se recueillir dans la chapelle devant le Saint-Sacrement-, et à la fois entouré de tous ces gens qui passent.

En effet si Julien Albisu aime son métier, c’est aussi en raison de toutes les rencontres qu’il a pu faire à la Cathédrale. Que ce soient les touristes de toutes nationalités qui se pressent d’avril à octobre –et il faut pourtant parfois de la patience pour répondre à leurs attentes-, les prêtres qu’il côtoie, les chanoines qui viennent prier deux fois par jour… « Tous ces contacts, dans ce lieu, ont solidifié ma foi » avoue le sacristain, déjà issu d’une famille pratiquante. Il n’hésite pas à faire visiter le lieu à ceux qui le lui demandent, à montrer le magnifique portail dans la sacristie, à écouter les personnes qui souhaitent parler, une dernière fois alors que l’heure de la fermeture a sonné… « Je me réjouis du bonheur que je lis dans les yeux des personnes quand je leur montre des belles choses, cela me comble de leur faire plaisir ! » avoue-t-il dans un sourire.

Arrivé en France en 1982 pour rejoindre son épouse, pamplonaise habitant à Bayonne, ce basque espagnol originaire de Saint-Sébastien, ne parlait pourtant au départ pas un mot de français. Après dix ans passés chez Baby Relax à Anglet, comme soudeur dans la fabrication de matériel de bébé, c’est à la sacristie qu’il a appris petit à petit, notamment en lisant… le Missel et les revues religieuses.

En vingt-et-un ans, il a connu cinq recteurs, trois évêques (le lendemain de son arrivée, c’était l’enterrement de Mgr Vincent !), a serré la main du cardinal Etchegaray et du cardinal Lustiger, et se souvient aussi bien sûr de l’installation de Mgr Aillet, « avec tout ce monde dans la Cathédrale ! »

Mais ce qui le marque aussi, c’est le lien qu’il peut créer avec des personnes plus petites, comme les SDF qui côtoient les alentours de la Cathédrale. Comme cet ancien légionnaire, qui n’avait plus de voix, et un jour l’a défendu contre des Skinheads qui faisaient du grabuge. Ou cet autre, « Patrick dit l’Indien », décédé récemment. « J’avais un lien très fort avec lui » raconte Julien avec émotion.

Dans son regard lumineux transparaît sa foi profonde et son espérance, malgré les difficultés de la vie –son fils de 29 ans est très malade. Mais les personnes qu’il rencontre sont le ciment de sa joie et de sa foi.

¹tous les jours de 7h30 à 19h, sauf les dimanches et jours fériés où la Cathédrale est fermée de 13h à 16h, et referme à 20h30 après la messe.