Les femmes dans l’Eglise, par sœur Marie-Madeleine

Les femmes dans l’Eglise, par sœur Marie-Madeleine

L'Eglise catholique est fréquemment critiquée pour le rôle mineur qu'elle laisserait à la femme en son sein et en particulier dans sa hiérarchie. Que dit l'Eglise sur la vocation de la femme ? Doit-elle évoluer à l'image du modèle contemporain ou a-t-elle encore quelque chose à transmettre à notre société sur la dignité féminine? Par sœur Marie-Madeleine Barrère, ND des prêcheurs

J'entends dire que la religion catholique est misogyne. Ce n'est pas sérieux ! Une religion qui agenouille les hommes devant une femme couronnée manifeste une misogynie suspecte. (André. Malraux  Le Point 17 mars 1975)

 

Depuis quelques décennies, les différents mouvements féministes ont posé de nouveaux défis à l’Eglise catholique. Ils l’ont poussée à chercher à rendre compte de façon encore plus précise de la dignité de la femme que le Christ lui-même manifeste si clairement dans l’évangile. Les différentes accusations portées à l’encontre de l’Eglise ont fait couler beaucoup d’encre et ont permis de mieux approfondir ce que nous pourrions appeler le « mystère de la femme ». S’il me paraît impossible de définir la « place » ou la vocation de la femme au sein de l’Eglise sans la restreindre, nous pourrons chercher à esquisser les traits de sa dignité. Saint Jean-Paul II et Benoît XVI ont beaucoup écrit sur la femme et se sont souvent adressés directement à elles. En s’émerveillant sur la beauté de la vocation féminine ils ont permis à certaines d’entrer en dialogue avec les mouvements féministes les plus radicaux. Ayant peu de mots pour parler d’un si grand sujet, concentrons-nous sur l’essentiel, regardons vers le Christ, que nous dit-il de la femme ?

 

Au commencement…

Les récits de la création de l’être humain connaissent beaucoup d’interprétations qui minimisent souvent la beauté de la vocation de la femme. Certains mouvements féministes rejettent ce texte car il serait fabriqué de toute pièce dans le seul but de tenir la femme dans une position inférieure à celle de l’homme au sein d’une société patriarcale. En regardant de plus près le texte de Genèse 1 et 2 nous voyons que tout est dit sur la vocation de l’homme et de la femme et que bien des malentendus peuvent être écartés si nous nous penchons plus précisément sur le texte. Le premier constat que nous pouvons faire est que l’être humain a été créé et voulu par Dieu comme « homme et femme ». Si l’un veut se construire sans l’autre ou contre l’autre il n’y a alors plus d’humanité possible. Souvent le verset « Il n’est pas bon que l’homme soit seul, je vais lui faire une aide qui lui soit assortie » (Genèse 2,18) a été très mal interprété. On aurait tendance à réduire l’aide à une aide matérielle de second ordre. Or il s’agit ici en hébreu du mot ezer qui est utilisé dans tous les autres passages de la Bible comme l’aide de Dieu qui vient au secours de l’homme, souvent dans des situations extrêmes. La femme est donc auprès de l’homme ce secours divin ! Ceci est manifesté dans tout l’Ancien Testament, dans lequel nous voyons aussi à quel point la femme peut devenir destructrice lorsqu’elle s’éloigne de cette vocation (cf. Jézabel dans le livre des Rois). Remarquons aussi qu’en Genèse 2, les premières paroles de l’homme sont adressées à Dieu au sujet de la femme. Lorsqu’il découvre son vis-à-vis, c’est un cri d’admiration qui sort de la bouche de l’homme « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! » (Gn2,23). C’est aussi grâce à ce vis-à-vis que l’homme trouve son identité, qu’il parvient à se donner un nom après avoir donné un nom à sa femme : « On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish. » (Gn2,23).

 

Le salut est entré dans le monde par une femme

Dans le Nouveau Testament le Christ révèle pleinement la dignité de la femme. Il n’y a qu’à regarder vers la Vierge Marie pour en avoir le plus parfait des témoignages. C’est par une femme que le salut est entré dans le monde. La Vierge Marie, fille d’Israël, par son « fiat » devient la Mère de Dieu. Marie est l’« archétype de la dignité personnelle de la femme »1. Marie la nouvelle Eve, Mère de Dieu, Mère de l’Eglise !La plus belle des créatures élevée au-dessus des anges est une femme. Vénérée dans le monde entier, aimée des plus pauvres, de ceux qui semblent parfois le plus éloignés de Dieu comme des plus grands saints. Elle est celle qui conduit sans cesse ses enfants au Christ, celle qui aime sans mesure, celle qui à Cana et aujourd’hui encore, intercède pour nous et hâte le temps de Dieu. N’avez-vous jamais rencontré cette « prostituée » en pleur dans nos églises, à genoux devant la femme si belle et si parfaite. Tableau déconcertant et pourtant si réel, cette femme ne trouve d’autre secours que dans la Vierge très pure, dont elle se sait aimée sans condition. Nous les croyons si éloignées, et pourtant il semble y avoir entre elles un si grand lien d’amour. Ou encore ce prêtre, qui semble si fort, parfois un peu rude et qui fond au seul nom de Marie, qui parle d’elle comme un enfant parle de sa mère, avec tant d’amour et de respect. Marie semble accompagner le ministère de ce prêtre à chaque instant, si bien que même ses défauts ne sont plus des obstacles au salut des âmes. On objectera à tous ces beaux mots que la Vierge Marie étant l’Immaculée, la Mère de Dieu, est inaccessible, une femme à part, trop loin de nous. Mais pourtant, c’est bien à elle que nous sommes appelées à ressembler. C’est bien sur son modèle que nous sommes appelées à être femmes dans l’Eglise.

 

L'apôtre des apôtres

Comment parler de la femme dans l’Eglise sans parler de Sainte Marie-Madeleine ? Cette femme qui a été tant aimée et regardée dans l’histoire de l’Eglise, nous l’avons aujourd’hui trop délaissée. Peut-être parce qu’elle est une figure de femme évangélique très controversée chez nos contemporains. On a fait d’elle un peu tout et n’importe quoi. Il est surprenant de voir que, même au sein de l’Eglise, on s’arrête beaucoup plus sur son passé de femme pécheresse que sur la mission, si importante pourtant, reçue par le Christ lui-même, d’aller annoncer à ses apôtres sa résurrection.

Nous l’oublions facilement aujourd’hui dans l’Eglise alors qu’elle est la femme dont on parle le plus dans l’évangile, citée en premier lorsqu’il s’agit d’énumérer les femmes qui suivaient Jésus. Elle est celle qui a été rétablie dans sa dignité de femme par le Christ et qui lui est restée fidèle. Elle l’a suivi partout jusqu’au pied de la croix. Premier témoin de la résurrection elle annonce à tous et d’abord aux apôtres la Bonne Nouvelle. Regardons-là au pied de Jésus à Béthanie. Contemplons son geste (Jn 12, 1-11) qui nous en dit long sur la vocation de la femme au sein de l’Eglise.

Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux, la maison fut remplie par l'odeur du parfum. Judas Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ? »

A la générosité, la gratuité, la beauté, la spontanéité du geste de la femme s’opposent l’étroitesse, la méchanceté, le calcul, le raisonnement de Judas. Voilà ce qu’est la femme dans l’Eglise, générosité, gratuité, parfum de bonne odeur qui emplit toute l’Eglise, sans aucune autre recherche d’efficacité, de productivité, d’agitation. Elle est aussi celle qui annonce le Christ à tous et partout, à l’image de l’apôtre des apôtres.

 

Question controversée : des femmes prêtres ?


En voulant, même au sein de l’Eglise, faire en sorte que la femme « accède » aux mêmes « fonctions » que certains hommes, nous prenons le risque de dénigrer la véritable vocation de la femme que le Christ manifeste clairement dans l’évangile. D’une certaine façon nous amputons à l’Eglise « la femme » sans laquelle il n’y a pas d’humanité possible, puisque Dieu nous a créés homme et femme. Il n’y a pas de créature plus accomplie que Marie et pourtant le Christ n’a pas fait d’elle l’un des douze. Il l’aurait fait s’il l’avait voulu car il n’a pas craint de scandaliser ses contemporains pour manifester à tous la dignité de la femme. Il en est de même pour toutes les autres femmes de l’évangile, aucune n’a été choisi parmi les douze, parce que le Christ a voulu une autre vocation pour la femme aussi belle et aussi grande, nous l’avons vu plus haut. Il y a à l’origine de cette question une mauvaise compréhension de qui est la femme et de ce qu’est le sacerdoce. On le voit souvent comme un pouvoir quand il est un service, au combien beau et noble, mais il n’y a pas ici de question de lutte de pouvoir ou de classe. Il est aussi l’exercice d’une forme de paternité et ceci n’est pas compatible avec la vocation de la femme qui est mère. Comment dire ou affirmer qu’être père, être homme, être prêtre, serait plus grand qu’être mère, qu’être femme, qu’être le secours de Dieu pour l’homme ? Comment désirer être prêtre dans l’Eglise pour une femme alors que le Christ nous a donné une place si belle, si digne ? On comprend à quel point la vocation de la femme est essentielle à la vie même de l’Eglise du Christ. Anéantir les différences entre hommes et femmes au sein de l’Eglise serait dévastateur. Il est urgent de se rendre compte que ces différences permettent la complémentarité voulue par Dieu, la solidarité et la construction d’un corps accompli. Entre l’homme et la femme il n’y a pas une place plus importante que l’autre puisque l’un ne peut exister sans l’autre. Nous avons été créés en vis-à-vis, homme et femme. C’est dans ce vis-à-vis que l’homme devient de plus en plus ce qu’il doit être et que la femme devient toujours plus femme selon le plan de Dieu. Que les femmes cherchent toujours plus à être des femmes selon le cœur de Dieu, des épouses, des mères, des sœurs. Cherchons à devenir un secours de Dieu pour l’homme, à hâter le temps de Dieu en nous tenant devant Lui de façon incessante. Puissions-nous être des femmes qui pourraient susciter en l’homme l’émerveillement face à la création de Dieu et le Royaume de Dieu grandira sur cette terre.

 

[1] JEAN-PAUL II, Encyclique Mulieris Dignitatem, n°5, 1988.