Focus sur la Congrégation du Sacré Cœur de Jésus de Bétharram

Focus sur la Congrégation du Sacré Cœur de Jésus de Bétharram

Chaque mois durant l’Année de la vie consacrée, Notre Eglise présente une congrégation de notre diocèse.

 « Rien de grand n’a de grand commencement….. »

« La providence ne procède pas par de superbes proclamations….. Elle commence par un petit berceau et un petit enfant…. » (St Michel Garicoïts)

Qui aurait pensé en ce matin du 15 avril 1797 à Ibarre, ce petit village de l’Ostibarre, que le petit Michel, né à la maison Garacoetchea, allait devenir fondateur de la congrégation des « religieux du Sacré Cœur de Jésus de Bétharram », dispersés dans 15 pays du monde. 255 religieux ont célébré la profession perpétuelle ( 229 prêtres, 4 diacres et 22 frères) ; 39 jeunes sont en formation initiale (scolastiques et novices). Aujourd’hui les « Bétharramites » ne sont plus seulement basques et béarnais ; les moins  de 50 ans sont paraguayens, brésiliens, argentins, ivoiriens, béninois, burkinabés, centrafricains, indiens, Jordaniens, thaïlandais, anglais, italiens……Et cela fait notre joie ; une fierté aussi pour tout le diocèse de Bayonne ; Ibarre, étant au Pays Basque  le lieu de naissance du fondateur et bétharram au Béarn, le lieu de fondation.

Dans le vicariat de « France-Espagne », nous sommes 6 communautés dont 4 dans le diocèse de Bayonne (2 à Bétharram, Pau, Saint Palais-Anglet) ; une est à Pibrac (diocèse de Toulouse) ; une à Fuenterrabia (diocèse de San Sébastian).

La congrégation est constituée de religieux-prêtres et de religieux-frères, appelés à vivre le même charisme : « reproduire et manifester l’élan de Jésus, Verbe Incarné, disant à son Père : « Me Voici ». Ce qui nous identifie et nous rassemble, c’est cette vocation d’imiter Jésus, anéanti et obéissant, dans les différents ministères qui nous sont confiées. Ce n’est donc pas l’activité apostolique qui nous définit mais bien l’esprit avec lequel nous vivons les différentes missions, en voulant reproduire les sentiments du Cœur de Jésus : « amour, humilité, douceur, obéissance et dévouement ». Bétharram est un institut religieux apostolique.

Dans un siècle où on parlait davantage d’un Dieu juge qui inspire la crainte, notre Fondateur au contraire s’est laissé saisir par un Dieu « fondu en charité », à qui « il a plu de se faire aimer ». Notre vie spirituelle se veut une réponse d’amour « par amour, plutôt que pour tout autre motif ». La crainte n’a plus de place, c’est l’émerveillement qui nous envahit, devant  ce Dieu devenu petit enfant  qui veut susciter en nous la tendresse qui est la qualité particulière de la vie chrétienne, fortement soulignée par le Pape François. Et ce visage aimant de Dieu-Père nous voulons en être témoins devant les hommes et les femmes d’aujourd’hui, en particulier ceux qui sont blessés par la vie.

Notre consécration à Dieu, nous la vivons, comme tous les religieux, à travers la profession des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. A Bétharram, nous soulignons particulièrement l’obéissance, comme nous l’indique notre Fondateur : « ce qui doit nous caractériser, c’est l’esprit d’obéissance. » Une obéissance qui se veut filiale et donc joyeuse, moyen particulièrement adapté pour accomplir en toute liberté la volonté de Dieu, comme Jésus.

Cette consécration à Dieu nous la vivons dans une relation d’intimité quotidienne avec le Seigneur à travers la prière personnelle et la prière communautaire de l’office du temps présent. L’eucharistie quotidienne est pour nous la source de notre vie religieuse qui nous indique comment donner entièrement notre vie à la suite de Jésus qui a livré sa vie par amour pour les hommes : l’eucharistie est le rappel incessant de cette offrande de la vie de Jésus. Comme tout baptisé nous célébrons la miséricorde et le pardon de nos péchés dans le sacrement de réconciliation.

La vie fraternelle en communauté est un élément essentiel de notre vie religieuse. Vécue dans le partage, le pardon et le service, notre vie communautaire nous oblige à la fraternité qui est un témoignage pour le monde. Elle suppose le partage intégral de nos biens et de tout ce que nous recevons ou gagnons comme argent ; nous adoptons aussi une vie simple et sobre. C’est ainsi que nous vivons concrètement notre vœu de pauvreté. Le partage ne se réalise pas seulement à l’intérieur de la communauté mais au niveau de toute la congrégation. Ainsi actuellement les réalités où nous avons le plus de vocation sont aussi les réalités qui ont le plus besoin de la solidarité de tous (Thaïlande, Inde, Côte d’Ivoire, Brésil). En retour nous bénéficions de la présence de plusieurs jeunes religieux venant des autres pays, en particulier chez nous, origine de la congrégation. 


Les ministères sont variés comme réponse aux besoins indiqués à la congrégation par l’Eglise diocésaine et les priorités choisies dans la congrégation lors des chapitres. Plusieurs religieux sont présents dans les collèges notamment en Amérique du Sud ; en Thaïlande, en Côte d’Ivoire, en Centrafrique, c’est une présence dans des lieux de première évangélisation ; ailleurs ils contribuent au bien-être humain et social (accueil des malades du sida en Italie et en Centrafrique), (accueil des enfants de la rue en Inde), (formation agricole en Côte d’Ivoire) ; ici les religieux assurent des responsabilités dans les paroisses (Asson, Pibrac, Fuenterrabia) comme en Angleterre ou en Italie ou apportent une aide pastorale (Saint Palais, Pau) ; nous sommes aussi présents  dans des maisons d’accueil ou des aumôneries (Pau, Bétharram, Anglet), dans la vie des sanctuaires et des pèlerinages (Bétharram, Pibrac), dans l’animation pastorale du collège de Bétharram. Nos religieux-aînés se trouvent à Bétharram à la maison de retraite ; ils participent à travers des services d’aumônerie et par la prière à la vie de la congrégation. Cette variété montre que nous n’avons aucun ministère particulier ; pour nous l’important est de vivre notre charisme là où nous sommes envoyés par la congrégation. Le discernement des besoins pastoraux se fait au niveau des chapitres et des conseils aux différents niveaux (général, régional et local).

Regarder le passé avec reconnaissance

En cette année de la vie consacrée, le pape nous invite à l’action de grâces. Nos communautés sont attentives à cela. En effet nous avons la chance de vivre sur les lieux de fondation. L’acte de naissance de Bétharram se situe en octobre 1835 ; le P. Michel Garicoïts s’est engagé avec ses cinq premiers compagnons au pied de Notre Dame de Bétharram à vivre un partage fraternel au service du sanctuaire et des paroisses de la région, malmenées par la révolution française. Progressivement, le Fondateur s’est laissé imprégner par la contemplation du Cœur de Jésus anéanti et obéissant, entièrement mobilisé par l’amour de son Père ; très vite il a accueilli des religieux frères pour partager le même charisme.

Plus tard en 1856, c’est le départ depuis le port de Bayonne pour aller en Argentine au secours des émigrés basques et béarnais ; le Fondateur répondait à l’appel de l’Evêque de Buenos-Aires et de celui de Bayonne.

En 1878, c’est l’envoi en Terre Sainte pour accompagner le nouveau Carmel de Bethléem, fondé par le carmel de Pau, en particulier Bienheureuse Marie de Jésus crucifié qui sera canonisé dans quelques semaines. C’est aussi grâce à son intervention que la congrégation a été .reconnue par Rome ; le vénérable Père Auguste Etchécopar (Saint Palais), très proche du P. Garicoïts en fut  un artisan acharné. Il a su transmettre à la congrégation et développer la richesse du charisme de fondation.

Avec l’expulsion des religieux en 1903, c’est la dispersion pour des nouvelles fondations en Espagne, Italie, Belgique et Angleterre.

En 1922, une nouvelle mission en Chine ouvre de nouvelles perspectives. Le père Erdozaincy-Etchart (Ibarolle) en est le supérieur. Ensuite expulsés de Chine en 1952, lles religieux s’établissent en Thaïlande sous la conduite de l’évêque bétharramite Mgr Lucien Lacoste (Navailles-Angos). De nombreux basques et béarnais en sont de vaillants missionnaires.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, c’est l’envoi dans les collèges de Casablanca et de Sidi Bel Abbés ; en 1959,  le même continent accueille Bétharram, c’est l’Afrique Noire, la Côte d’Ivoire, en attendant la Centrafrique en 1985.

En 1985, c’est l’Inde qui nous ouvre les portes, grâce au soutien des Servantes de Marie d’Anglet qui étaient présentes depuis une dizaine d’années. Il est intéressant de noter qu’à travers le monde, la présence de Bétharram est unie à celle des Servantes de Marie et des Filles de la Croix. D’ailleurs au point de départ de notre congrégation se trouve Sœur Elisabeth Bichier des Ages, fondatrice des Filles de la Croix (La Puye) ; c’est grâce  à elle que l’abbé Michel  Garicoïts a découvert l’importance de la vie religieuse dans l’Eglise. Ils se sont rencontrés plusieurs fois à Igon ; sa pauvreté l’avait transformé. En 1947, c’est le même jour que les deux sont canonisés à Rome.

2 Vivre le présent avec passion.

C’est la deuxième préoccupation que le pape nous fixe. Chaque religieux vit la fidélité à la consécration là où il est envoyé. « Vivre l’immensité de la charité dans les bornes de notre emploi » fait partie du programme fixé par le Fondateur dans nos communautés et activités apostoliques. Régulièrement nous nous interrogeons pour savoir si nos engagements répondent à notre vocation religieuse. 

A partir du 150ème anniversaire de la naissance de la congrégation, en 1985 nous prenons davantage conscience de la richesse du charisme de la congrégation « révéler aux hommes de notre temps la tendresse et la miséricorde, le visage aimant de Dieu-Père ». Nous proposons cette spiritualité aux laïcs qui trouvent du bonheur à connaître un vrai maître spirituel, Saint Michel Garicoïts. Aujourd’hui soixante laïcs vivent dans leur vie quotidienne de cette spiritualité ; d’autres partagent notre mission dans l’accueil des sanctuaires et la coopération missionnaire, à travers l’association « Au cœur du monde » ou bien encore dans la participation à nos préoccupations administratives, financières et matérielles.

Nos communautés internationales vivent l’inter-culturalité et ainsi sont de bons témoins du « vivre ensemble » si nécessaire aujourd’hui, comme de la solidarité internationale dans ce monde où les intérêts économiques semblent l’emporter. Etre « experts de communion », comme le demande le pape constitue pour nous un défi sur le plan personnel et communautaire.

Dans un monde où la soif spirituelle se manifeste, nous voulons être des « mystiques de l’incarnation », reconnaissant le visage du Christ en particulier dans les pauvres et les blessés de la vie. Notre spiritualité se veut enracinée dans les préoccupations de nos contemporains, en essayant de devenir des éducateurs de prière.

3 Embrasser l’avenir avec espérance.

Elle peut être émoussée devant la diminution ou même la disparition des vocations ou encore devant le vieillissement des religieux ! Tout en vivant des inquiétudes, nous ne sommes pas obnubilés par les données chiffrées. Nous sommes persuadés que le charisme, don de l’Esprit Saint ne peut mourir. Les vocations « bétharramites » sont nombreuses à travers le monde ; ainsi depuis l’an 2000, 62 jeunes ont reçu l’ordination presbytérale et 7 jeunes ont célébré la profession perpétuelle comme religieux-frère. Avec le XXIème siècle, notre congrégation prend davantage les couleurs de l’internationalité ; si l’Amérique du Sud est autonome depuis 10 ans, l’Inde, la Thaïlande et la Côte d’Ivoire sont entrain de le devenir ces dernières années. Déjà un mouvement s’amorce avec la création des communautés internationales ; nous entrons maintenant dans la perspective où les réalités qui ont reçu les missionnaires venus en particulier des Pyrénées sont sollicitées pour donner à leur tour ce qu’elles ont reçu.

A Bétharram aussi la présence des laïcs vient apporter un souffle nouveau aux religieux consacrés qui sont renouvelés dans leur vocation à la vie religieuse.

 

Bétharram est né dans le diocèse de Bayonne ; longtemps les originaires de ce diocèse ont été majoritaires. L’arbre a déployé ses branches à travers le monde ; des fruits nouveaux sont apparus. Mais tout ceci parce qu’un jour, du fond d’une vallée du Pays Basque, un jeune berger a dit à l’appel du Seigneur : « Huna ni » ; « Me Voici sans retard, sans réserve, sans retour, par amour ! ». Nous ne voulons pas être des nostalgiques, racontant une belle histoire. Aujourd’hui encore, en étant plus attentifs aux signes de l’Esprit, nous désirons répondre au souhait de notre fondateur : « En Avant toujours ; Bethi Aitzina ».

 

                                                                                        Père Laurent Bacho.

 

 

Chiffres :

255  religieux à vœux perpétuels (dont 4 diacres) dans 47 communautés dans 15 pays.

6 religieux dans l’année de préparation à la profession perpétuelle ;

20 religieux à vœux temporaires (études de théologie).

13 novices

34 postulants (cycle de philosophie).

Dates :

15 avril 1797 : Naissance de Michel Garicoïts à Ibarre

1811-1814 : élève et domestique à Oneix et Saint Palais

1814-1816 : collégien et domestique à l’évêché de Bayonne

1816-1819 : Petit séminaire d’Aire sur Adour

1819-1821 : grand séminaire de Dax

1821-1823 : stage au petit séminaire de Larressore

20 Déc 1823 : Ordination presbytérale à la cathédrale de Bayonne

1824-1825 : vicaire à Cambo

Nov 1825 : professeur au grand séminaire de Bétharram

1828 : Aumônier des Filles de la Croix d’Igon

1833 : fermeture du séminaire de Bétharram et solitude

Oct. 1835 : naissance de la société

1838 : Rédaction du Texte Fondateur (Manifeste)

14 mai 1863 : décès à bétharram

5 sept 1877 :: Reconnaissance officielle de la congrégation par Rome.

6 juillet 1947 : canonisation par Pie XII avec Elisabeth Bichier des Ages.

 

Devises et maximes

« sans retard, sans réserve, sans retour, par amour »

« petit, soumis, constant et toujours content »

« faisons ce qui dépend de nous et Dieu fera le reste »

« il ne faut jamais plus espérer que lorsque tout semble perdu »

« Dieu tout, moi rien »

« contre un torrent d’injures, pas d’arme plus efficace que le silence »

« devenir des hommes capables, dégagés, exposés ».

 

Le Texte fondateur

(le manifeste du Fondateur)

Il a plu à Dieu de se faire aimer, et tandis que nous étions ses ennemis,
il nous a tant aimés qu'il nous a envoyé son Fils unique: il nous l'a donné pour être l'attrait qui nous gagne à l'amour divin, le modèle qui nous montre les règles de l'amour, et le moyen de parvenir à l'amour divin: le Fils de Dieu s'est fait chair.

Au moment qu'il entra dans le monde, animé de l'Esprit de son Père, il se livra à tous ses desseins sur lui, il se mit à la place de toutes les victimes: "Vous n'avez point voulu, dit-il, d'hostie et d'oblation, mais vous m'avez formé un corps... les holocaustes et les victimes pour le péché ne vous ont pas plu; alors j'ai dit: Me voici, je viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu!"

Il entra dans la carrière par ce grand acte qu'il ne discontinua jamais.  Dès ce moment, il demeura toujours en état de victime, anéanti devant Dieu, ne faisant rien, par lui-même, agissant toujours par l'Esprit de Dieu, constamment abandonné aux ordres de Dieu pour souffrir et faire tout ce qu'il voudrait: Il s’est anéanti lui-même, se faisant obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix.

 C'est ainsi que Dieu nous a aimés ; c’est ainsi que Jésus-Christ, notre Seigneur et Créateur, est devenu un attrait ineffable pour le cœur, un modèle parfait et un secours tout-puissant. Cependant les hommes sont de glace pour Dieu ! Etparmis les prêtres mêmes, il y en a si peu qui disent, à l’exemple du divin Maître : « Nous voici !... ita Pater ! (Oui, Père) »

À la vue de ce spectacle prodigieux, les prêtres de Bétharram se sont sentis portés à se dévouer pour imiter Jésus anéanti et obéissant, et pour s'employer tout entiers à procurer aux autres le même bonheur, sous la protection de Marie toujours disposée à tout ce que Dieu voudrait, et toujours soumise à tout ce que Dieu faisait.

Prière composée par Saint Michel.

O Marie, nous voici !

Recevez-nous et présentez-nous à votre divin Fils,

      Je vous salue Marie….

O Jésus, nous voici !

Recevez-vous des mains de votre sainte Mère

Et présentez-nous à votre Père.

       Âme du Christ…..

O Père éternel, nous voici !

Recevez-nous des mains de votre Fils bien-aimé ;

    Nous nous abandonnons à votre amour.

Oui, mon Dieu, nous voici

Sans réserve, maintenant et à jamais,

Sous la conduite de votre Saint-Esprit et de nos supérieurs,

Sous la protection de Jésus et de Marie,

De nos bons anges et de nos saints patrons.

         Notre Père……