Exposition de la peintre polonaise Agnieszka Daca : "Échelles de perfection"

Exposition de la peintre polonaise Agnieszka Daca : "Échelles de perfection"

A l'occasion de l'année Cestac, la cathédrale Sainte Marie de Bayonne accueille "Échelles de perfection", une exposition de la peintre polonaise Agnieszka Daca du 23 mai au 7 juin 2015.

Agnieszka Daca est diplômée de la Faculté de Peinture de l’Académie des Beaux Arts de Cracovie. Ce diplôme lui a été décerné en 1994. Elle a également suivi les cours de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier de techniques de la peinture et dans l’atelier de fresque. De 2009 à 2013, elle a été chargée des cours de Structures Visuelles à l’Institut d’Histoire de l’Art et de la Culture de l’Université Pontificale de Cracovie. Depuis 2009, elle enseigne la peinture et le dessin à la Faculté d’Art de l’Université Pédagogique de Cracovie. Elle a passé son doctorat en 2014.

Ses travaux ont été présentés dans plusieurs expositions d’auteur à Cracovie, mais aussi à Paris, Varsovie, Łomża, Nuremberg, Bordeaux, Anglet, Irun. Elle a participé à des dizaines d’expositions de groupe : en Pologne (Cracovie, Varsovie), en France (Paris, Montreuil, Saint-Jean-de-Luz, Biarritz, Anglet, Bayonne, Nay, Pardies-Piétat), ainsi que aux Pays-Bas, en Italie, Grande-Bretagne, Japon, Luxembourg, Venezuela, République Dominicaine, Togo, Croatie, Taïwan, Corée du Sud, Allemagne et Espagne. Elle a obtenu le premier prix du concours "Artistes du Monde" à Paris en 1995, le prix du Cercle Montreuil Culture en 1997, le premier prix du XIIème Salon des Indépendants de Saint-Jean-de-Luz et le premier prix du XVIIème Concours de Peinture "Adour – Bidasoa" d’Irun en 2008. Elle s’est vu attribuer une bourse de la Ville de Paris en 1996, du Gouvernement français en 1994/1995 et en 1999/2000, de la Ville de Cracovie en 1998, du ministre polonais de la Culture en 1999, du Kunsthaus de Nuremberg en 2004 et une bourse de doctorat de l’Université Pédagogique de Cracovie en 2012/2013.

Échelles de perfection

un cycle de tableaux inspiré d'écrits mystiques et des figures des auteurs de ces textes Le mysticisme existe dans nombre de cultures, de religions, et sa plénitude se manifeste dans l'action, la création. Il n'est pas rare de voir des mystiques comparés à des artistes célèbres, créant des œuvres pénétrées d'un esprit hors du commun. L'inspiration artistique tente de révéler la nature cachée des choses, et, ce faisant, rejoint d'une certaine manière l'expérience mystique. L'art prend sa source dans le sens du Sacré qui est présent dans la conscience humaine universelle. Pour la contemplation d'une œuvre, les sens autant que l'esprit sont mis à contribution. Dans l'art, comme dans les sphères de la religion ou de la philosophie, l'homme est en quête de réponses ultimes, et il s'efforce d'émettre une réalité indicible. Beaucoup d'artistes, y compris au XXe siècle, ont reconnu que l'acte créatif les avait rapprochés du Mystère. L'art contemporain se réfère encore à ces questions ultimes, lorsqu'il en vient à aborder des thèmes métaphysiques. Ce sont ces thèmes que l'on rencontre dans la peinture de Jerzy Nowosielski, proche du mystère du monde spirituel, mais aussi dans le message profond des toiles de Georges Rouault. Chez Ernest Pignon-Ernest, ce sont des figures mystiques célèbres que met en scène son cycle de dessins grand format exposés en 2008 à la Chapelle Saint-Charles en Avignon. Les installations de Christian Boltanski créent l'atmosphère d'un sanctuaire singulier de la mémoire. Certaines des créations d'artistes contemporains comme Miquel Barceló, évoquent la spiritualité dans son acception archétypique. Il convient cependant de relever que l'essence du mysticisme a connu des mutations substantielles dans la culture de notre époque. En effet, on le retrouve de manière paradoxale dans des manifestations matérialistes et désacralisées. 

Les écrits mystiques sont d'une très forte densité et leurs auteurs soulignent la difficulté de transcrire d'une manière adéquate ces expériences spirituelles. On y trouve des images, et pourtant, l'intensité et la spécificité du message qu'ils portent sont telles que les traduire dans un langage fait de formes visuelles semble impossible. Mais il existe malgré tout des illustrations tout à fait littérales de tels textes, citons pour mémoire les miniatures du XIIe siècle réalisées à partir des visions de sainte Hildegarde de Bingen. De façon générale, je ne tente pas de représenter les visions qui accompagnent l’expérience du mysticisme. Il y a cependant un élément dont l'expression m'est apparue comme particulièrement essentielle, il s'agit du motif des "échelles de perfection" qui apparaît dans plusieurs textes et dans l'iconographie traditionnelle des mystiques. La première connotation est celle du rêve du Jacob, mais c’est avant tout le symbole de la tension de l'âme vers Dieu. Dans son œuvre "L’Échelle Sainte", Jean Climaque (VIIe siècle) résumait l'expérience d’un progrès de l’homme, représentant cet effort par la métaphore des trente degrés pour monter au ciel, qui permettent de tendre vers la perfection. Saint Jean de la Croix (XVIe siècle), dans son ouvrage "La Nuit obscure", décrit la foi comme "un escalier secret par lequel l'âme atteint jusqu'aux profondeurs de Dieu".

Dans le cycle de mes compositions, je fais référence à la symbolique mystique de la lumière et de la couleur, par laquelle passe la tentative d'exprimer la réalité extra-sensorielle. Je tente d'isoler, dans la vie des mystiques, des situations significatives, des moment décisifs. J'essaie de trouver une image qui soit la synthèse de leurs expériences spirituelles et de leur trajectoire existentielle en représentant ces figures à un instant donné de leur vie. De plus, j'imprègne de la symbolique liée à la description des expériences mystiques la structure visuelle des tableaux.

Les moyens formels mis en œuvre contribuent à éclairer les aspects transcendants tout en émettant un discours intégral sur l'homme. La construction des tableaux tente de trouver un équilibre entre la substance et la forme, de façon à approcher, au travers de ses caractéristiques visuelles, la vérité qui touche l’essence des choses. Les moyens utilisés ne traduisent pas de manière littérale les idées contenues dans le mysticisme, mais tentent plutôt de trouver un équivalent sensoriel spécifique susceptible d'accéder à un spectateur contemporain. 

Mon dessein est de créer des tableaux qui expriment plutôt qu'ils ne représentent, qui invitent à la réflexion et à la contemplation. La couleur constitue l'élément prépondérant de la structure. Elle a un sens symbolique, signe visible de valeurs spirituelles. Elle a aussi une dimension émotionnelle et expressive en tant que moyen agissant de la manière la plus directe et exprimant des contenus intuitifs. Pour trouver l'inspiration, je me tourne vers les théories de la couleur qui associent les couleurs à une signification mystico-symbolique particulière. Je recours à la conception de la couleur dans des associations archétypiques ; je me réfère aussi à une théorie qui associe les couleurs à des états d'âme, des émotions. D'une manière générale, à l'intérieur d'une même composition, j’utilise une gamme limitée de teintes.

La lumière a, elle aussi, une portée symbolique. Son sens spirituel a été mis en valeur par l'art au long de l'histoire, et l'expérience de la lumière est un moment privilégié de la mystique. La lumière, c'était l'illumination, les bouleversements intérieurs. Dans la métaphysique médiévale, son éclat devait aider les âmes à passer du monde du visible à celui de l'invisible. Par ailleurs, au XVIe siècle, saint Jean de la Croix formule une théologie de l'obscurité, selon laquelle la "nuit noire de l'âme" est nécessaire pour atteindre à la perfection spirituelle. Ce qui relie l'ombre et la lumière est aussi un problème pictural majeur. Je mets en contraste les parties claires et les zones sombres de mes compositions d'une manière plus décisive qu'auparavant, ce afin de renforcer la dynamique de leur structure visuelle. 

L'espace est traité d'une manière simplifiée, sans qu'y soient introduits d'éléments classiques propres à créer l'impression de profondeur. J’emploie des moyens pour créer une structure qui se situe à mi-chemin entre le plan et l'espace et qui ne soit pas cependant une construction traditionnelle. Je tente de lier librement en un même ensemble les différents aspects du sujet et de la situation spatiale. D'une manière générale, les compositions créent un espace plutôt abstrait. Par ailleurs y apparaissent aussi des éléments d'architecture tels que l'esquisse d'un intérieur, une fenêtre, ou d'autres encore. Je m’inspire autant des formes médiévales que des règles particulières propres à la peinture moderne.

Comme il s’agit là de compositions figuratives, il est décisif pour moi que, dans la construction du tableau se trouvent, à côté de ce qui est imaginé, des éléments puisés dans la nature. J’introduis des simplifications mais aussi un certain type de déformations, pour accroître la tension visuelle et obtenir une expression plus dense. Je conserve, parce qu'ils sont toujours essentiels à mes yeux, les contrastes que forment la matière picturale, les taches appliquées de façon transparente, en couches fines ou en couches superposées et d’autres en couches épaisses en pleine pâte. J'y laisse des éléments propres à dynamiser la composition : traces manifestes du travail des outils, marques laissées par les pinceaux et les couteaux, couches de peintures s'entremêlant, lignes fluides et vives du dessin – d'ailleurs le dessin constitue un élément intervenant d'une manière importante dans la matière de mes tableaux. Au cours de mon travail, je me laisse aussi d’une certaine manière guider par le tableau en train de se faire ; j’ajoute et assemble les moyens picturaux à mesure que prend forme la conception de départ.

 

 

 

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