Mère Marie-Thérèse Dupouy, née à Irube, nommée Vénérable par le pape François

Mère Marie-Thérèse Dupouy, née à Irube, nommée Vénérable par le pape François

A la suite de l'audience accordée le jeudi 16 juillet 2015 au Cardinal Angelo Amato, SDB, Préfet de la Congrégation pour les causes des saints, le Pape François a ordonné la promulgation des décrets relatifs aux vertus héroïques de plusieurs Serviteurs de Dieu, parmi lesquels la Servante de Dieu Marie-Thérèse Dupouy Bordes, religieuse française fondatrice des Missionnaires des Sacrés Cœurs de Jésus et Marie (1873 - 1953), née à Irube, dans notre diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron (décédée à Saint Sébastien).

Marie Joséphine Charlotte est né le 6 mai 1873 dans la maison “Etchechuri” de SaintPierre d’Irube, village situé à quelques kilomètres de Bayonne, où sa mère Catherine habite avec sa famille alors que le père, August Edouard Dupouy, vit à San Sébastian, où il est propriétaire du très élégant Hôtel de Londres. Ses parents la baptisent deux fois : immédiatement après sa naissance – avec de l’eau de secours – parce qu’ils croyaient qu’elle allait mourir, puis le 15 juin dans un baptême solennel dans l’église paroissiale de Saint Martin. Plus tard, au moment de sa confirmation par Mgr Ducellier (1878-1887), le 19 juin 1884, elle prendra sainte Thérèse de Jésus pour patronne et ajoutera son nom au sien : elle s’appellera désormais Marie-Thérèse ou María Teresa.

En fait, la plus grande partie de son enfance se déroule à San Sébastian, où la petite famille se trouve insérée dans la vie de la haute société qui y passe surtout durant les mois d’été. Gâtée par tous, Marie-Thérèse finit par être insupportable à la maison et l’éducation devient impossible. Ses parents décident donc de la mettre dans un collège. En peu de temps, on trouve un changement remarquable en elle. L’atmosphère mariale de ce collège, fondé par la Congrégation des Servantes de Marie – celle du Père Cestac – en 1882, favorisa grande sa piété d’enfant et c’est là qu’elle un rêve qui, des années plus tard, devait se révéler prophétique. Elle le raconte dans Autobiographie :

A 9 ans, (...) je vous écrivis une lettre ô Marie demandant de vous montrer à moi car je désirais bien vous connaître. En effet je vous vis en rêve mais de façon à ne jamais vous oublier, oh ! que vous étiez belle mais surtout bonne ...vous m'entouriez de votre manteau me pressant sur votre cœur quand tout à coup je vis quantité d'enfants que des animaux féroces dévoraient. Je voulus m'élancer pour les sauver, mais vous souriant m'avez dit : « Tu es trop petite maintenant, quand tu seras grande. »


C’est au collège aussi qu’elle entendit l’appel de Jésus à le suivre dans la vie religieuse. Mais, fille unique, elle allait devoir lutter pendant douze ans avant pour pouvoir réaliser sa vocation. Le jour même où révèle sa vocation à ses parentes sa mère tombe gravement malade ; on craint le pire et son père va jusqu’à l’accuser de tuer sa mère avec ses idées extravagante. Madame Dupouy retrouve enfin sa santé, et ils tentent tout pour détourner Marie-Thérèse de la vie religieuse : elle la retire du collège, l’introduise dans la société mondaine, l’amène au théâtre, en voyage, …De ce temps elle écrit : 

M'étais-je trompée sur ma vocation ? Est-ce que j'allais être la cause de la mort de maman ? Le démon faisait rage... c'était l'heure de la puissance des ténèbres... mais N.-S. soutint ma faiblesse... je savais qu'Il ne pouvait pas me tromper. « In te, Domine, speravi » ... le « Scio cui credidi » fait ma force en cette nuit de Gethsémani. 

Elle vit avec naturel les deux plans que la vie lui présente : à l'extérieur, elle répond aux expectatives de ses parents et autres compromis sociaux qui s'imposent à elle. Mais son cœur était déjà réservé et habité par Jésus-Hostie qui la nourrissait et séduisait. Grâce à de bons accompagnateurs spirituels aussi sa vocation mûrit et, en 1898, à 25 ans, elle met fin à cette lutte acharnée. Le 16 juin 1898, avant l'aube, Marie-Thérèse s'en fuit de la maison paternelle pour entrer dans la Société des Religieuses du Sacré-Cœur de Jésus.

Sa vie religieuse se poursuit normalement, avec néanmoins à deux reprises de graves craintes à cause de sa mauvaise santé. Elle passé la plupart de ses années de formation en France, puis quand la Congrégation fonde son collège à San Sébastian, c’est là qu’elle est envoyée – ce qui lui permettra de trouver une nouvelle relation avec ses parents. 

En 1914, comme sacristine, elle se rend compte de l’ignorance religieuse de ses deux enfants de chœur et commence à leur donner un peu de catéchisme. Puis, sa mission de fondatrice naît un jour où on l’appelle pour parler avec une femme qui l’attend avec un garçon de 10 ans. Il ne voulait plus travailler dans le salon de coiffure où il avait été mis parce que, disait-il, il entendait « dire des péchés » et il voulait être missionnaire comme son oncle. Ce garçon fut le premier fruit de l'œuvre des vocations sacerdotales et missionnaires. « Les enfants de chœur amenèrent au catéchisme un frère, un ami, ce fut la boule de neige, trop nombreux pour les réunir à la sacristie. Ma Mère Supérieure m'engagea à les prendre dans une salle vide de l'école ; ils furent 25 puis 50 ! » 

A la mort de la Mère Marie-Thérèse Dupouy, le 26 mai 1953, il y avait des communautés de sa congrégation avec des préséminaires dans plusieurs villes d’Espagne, en France (Dax), en Asie, et dans deux pays d’Amérique du Sud. En plus d'une formation adéquate en vue de leur travail dans l'éducation des enfants, les Sœurs ont reçu une solide formation spirituelle de la Mère Dupouy, qui les exhortait à prendre soin de leur vie intérieure pour mieux servir dans leur mission spéciale. C'était là, pourrait-on dire, la condition de cette « pépinière de vocations » – avec l'apport d'une pédagogie équilibrée, constituée des éléments classiques d'apprentissage par socialisation et éducation, et avec l'attention nécessaire pour aide l'enfant à se former selon ses capacités, dons et aspirations – qu'elles offraient aux enfants pour le développement de leur vocation à la vie consacrée. Deux paroles de l’Ecriture expriment le fond de cette riche spiritualité eucharistique sacerdotale : 

Ayant aimé les siens, il les a aimés jusqu'à la fin (Jn 13, 1) 

La moisson est abondante, priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à son champ (Mt 9,38)

 

41 Cet hôtel, un des plus grandes de la ville, se situe sur la Concha. On trouve une description détaillée de la vie à San Sébastian et à l’hôtel ainsi que de l’enfance de Marie-Thérèse dans E.T. GIL DE MURO, Con la mano en el arado : Biografía de la Madre María Teresa Dupouy, r.s.c.j. (Burgos, Monte Carmelo, 2002).

42 Cité par Carmen Pérez Miranda, MSCJ, dans la Positio super Virtutibus. Causa de la Sierva de Dios, Maria Teresa Dupouy Bordes. Fundadora (Inscription à Rome le 23 mai 2006), LUMAR. Renteria [Guipuzcoa]).

43 Sur la spiritualité et la vie de cette Congrégation fondée par sainte Madeleine-Sophie Barat, voir Phil KILROY, Madeleine-Sophie Barat: Une vie, trad. Sr Pascale-Dominique Nau (Paris, Cerf, 2003).