Mgr Aillet : "Dieu à la première place"

Mgr Aillet : "Dieu à la première place"

Editorial de Mgr Marc Aillet - Notre Église n°64 - novembre 2015. 

 

Le diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, a accueilli le Rassemblement Toussaint 2015 : plus de 500 jeunes lycéens des diocèses de la Province de Bordeaux, plus le diocèse de La Rochelle et Saintes, ont vécu trois jours à Bayonne sur le thème de l’eau, avec pour slogan : « D’une rive à l’Autre ». C’est une belle jeunesse bien de son temps qui a participé avec bonne humeur à un programme riche et méticuleusement préparé par les animateurs de l’Aumônerie de l’Enseignement public et de l’Enseignement catholique. Ils aiment faire la fête, taper dans les mains, s’agiter joyeusement pour un flash mob... Ils ne sont pas en reste aux jeux de force basque, où ils se dépensent avec entrain. Ils aiment être ensemble et ont vécu ces jours en « fraternités » où se mêlaient des jeunes de diocèses différents. 

En même temps, j’ai été frappé par la disponibilité intérieure de cette génération : écoute attentive et intéressée des catéchèses données par les évêques, silence dans le cloître de la cathédrale au moment du geste du lavement des pieds, recueillement dans la cathédrale au moment du sacrement de la Réconciliation et aussi durant les grands moments de la Messe dominicale en l’église Sainte-Croix. Je ne doute pas que la présence des séminaristes de Bayonne et de Bordeaux, des consacrés et des prêtres, en immersion dans les fraternités, aura aidé ces jeunes à entrer de plain-pied dans la démarche spirituelle qui leur était proposée. J’ai été particulièrement saisi par le désir que de nombreux jeunes ont manifesté de se confesser. 

On sent la soif de cette génération, d’autant plus qu’ils ont souvent si peu reçu du point de vue de la foi, et connaissent parfois même de grandes souffrances familiales, dans un monde où la famille, qui demeure l’idéal de vie qu’ils affectionnent le plus, comme l’attestent tous les sondages, est particulièrement fragilisée. 

Il est remarquable que le jour de l’ouverture du Synode, la liturgie de la Parole nous ait rappelé opportunément la splendeur de l’Évangile de la famille. Dans une société où le divorce était monnaie courante, tant chez les juifs que chez les païens, Jésus renvoie les pharisiens à la « Vérité du commencement », en affirmant que si Moïse leur a consenti le droit de rédiger un acte de divorce et de répudier, c’est en raison de leur « dureté de coeur » (cf. Mc 10,2-12). Il ne nous aura pas échappé que, dans la même péricope évangélique, la compassion de Jésus pour les enfants, profondément méprisés dans la société de son temps, s’oppose fermement à cette même « dureté de coeur » ; voyant comment les disciples les écartaient vivement, il se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent » (Mc 10,14). S’il convient de rejoindre les couples dans leur vie concrète et dans leurs souffrances, souvent induites par des choix contrariés, en vue de les accompagner avec amour et discernement, il ne faut pas oublier la souffrance des enfants, qui pourrait même être prioritaire. 

À l’heure où j’écris ces lignes, l’assemblée synodale n’est pas encore terminée. Je souhaite toutefois que pour soigner les effets, on ait d’abord le souci de traiter les causes. Sans omettre d’encourager davantage les couples qui s’efforcent de vivre fidèlement l’Évangile de la famille, ni de mettre en oeuvre une « pastorale des disciples d’Emmaüs » pour les situations difficiles et irrégulières, qui ne fasse pas pour autant l’économie de la Vérité, il faudra mettre l’accent en priorité sur l’éducation affective des jeunes et la préparation au mariage, dont nous n’avons certes pas encore pris la pleine mesure. 

Sans doute, il faudra aussi redonner à Dieu la première place, dans notre pastorale. Quand le jeune homme riche l’interroge sur la question fondamentale du bonheur, Jésus répond sans détour et sans y mettre les formes : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Dieu seul est bon ! » (Mc 10,18). Autrement dit : si Dieu n’a pas la première place dans ta vie, tu ne pourras pas être heureux, tu ne pourras pas donner un sens plénier et ultime à ton existence. À l’instar de sainte Jeanne d’Arc, Louis et Zélie Martin, canonisés le 18 octobre dernier, avaient pris comme devise de leur vie de couple et de famille, somme toute très ordinaire : « Dieu premier servi » ! C’est la proposition que nous ne devons pas avoir peur de faire aux jeunes d’aujourd’hui et je ne doute pas qu’elle trouvera un puissant écho dans leur coeur.