Prier, célébrer en béarnais, hier et aujourd’hui

Prier, célébrer en béarnais, hier et aujourd’hui

Des textes anciens nous prouvent l’usage de la langue béarnaise pour l’enseignement  religieux, la prière et les célébrations. Aujourd’hui encore, la liturgie en béarnais est bien vivante, notamment grâce à un livret qui propose cantiques et textes de la célébration en béarnais. Par la Commission diocésaine de liturgie en béarnais.

 

Des récits d’histoire sainte écrits vers 1425 ont été publiés en 1876 par V. Lespy et P. Raymond en 1876 (634p.) « Un die fo que l’enfant se anabe deportar ad d’autes infantz, en la miey de la biele abe un lac plee d’aygua cum en auguus locs quant  plau… » Les textes bibliques ou apocryphes sont traités librement.

Alors que les liturgies catholiques étaient toujours célébrées en latin, la reine Jeanne d’Albret décida

que ses idées protestantes seraient bien plus vite diffusées par la langue du peuple. Ainsi parut « La forma de la pregaris » avec la manière d’administrer les sacrements, célébrer le mariage, le catéchisme, la visite des malades et les prières usuelles en famille (rééd. pasteur Frossard Orthez 1901).

En 1565, le poète Pey de Garos, conseiller à la cour de Navarre, dédiait à la reine Jeanne les Psaumes

de David traduits de l’hébreu au gascon. Convertie au calvinisme en 1560, Jeanne demandait à Jean Lissarrague de traduire le nouveau testament en basque et confiait la traduction des psaumes en béarnais à Arnaud de Salette. En 1583 parurent donc « Los Psalmes de David metuts en rima bernesa per Arnaud de Salette M. ». En 1878 et en 1880, l’abbé Bidache en publia des extraits « Ung Flouquetot coelhut héns lous Psalmes de David… » Et c’est en 1983 que Robert Darrigrand en a fait paraître une réédition complète avec des explications et une traduction française. Editée à Orthez par « Per noste », le texte béarnais a été transcrit selon les règles de l’Institut d’Etudes Occitanes. C’est ainsi que certains de ces psaumes sont encore chantés.

La forme d’enseignement par catéchisme fut adoptée par l’évêque d’Oloron Joseph de Révol.

En novembre 1706 il en fit publier 3 versions : française, basque, béarnaise, s’étant assuré de la compétence et de la loyauté des rédacteurs pour ces dernières. Evidemment la qualité littéraire est faible, gardant l’emploi de termes abstraits et théologiques. Des diverses réimpressions, celle de 1743 a été éditée en 2003 par « Princi Negue » à Pau.

L’expression religieuse s’est maintenue et développée par les cantiques, surtout les noëls. On chante beaucoup encore ceux qui furent écrits par l’archiprêtre de Lembeye M. d’Andichon (1712-1777).

 

L’ange : Un Dieu vous appelle                                                  Le pasteur sommeillant : Lèche-m droumi !

Levez-vous, pasteur !                                                                  Nou-m biengues troubla la cerbèle.

Courez avec zèle                                                                            Lèche-m droumi !

Vers votre Sauveur                                                                       Tire en daban, seg toun camî !

Le Dieu du tonnerre                                                                     N’èy pas besougn de sentinèle

Promet désormais                                                                        Ni n’èy que ha de ta noubèle.

La fin de la guerre                                                                          Lèche-m droumi !

La paix pour jamais.

 

Le chanoine J.B. Laborde (1878-1963) d’Ogenne-Camptort fit l’énorme travail de collecte de 65 noëls béarnais, édités en 1913. Beaucoup sont chantés chaque année aujourd’hui.

En 1870 le cardinal Bonnet, archevêque de Bordeaux, félicitait l’abbé P. Lamaysouette de sa traduction béarnaise de « L’imitation de Jésus-Christ » pour l’exactitude, l’élégance et l’originalité piquante de sa version.

IL faut noter surtout en 1923 la lettre de Mgr Gieure « pour instituer et organiser l’enseignement des langues régionales dans les établissements diocésains ». Nous y lisons : « Les élèves du Grand Séminaire devront prêcher en basque, en béarnais et en gascon. Ils le font déjà. » (p.4078)

 

Et de nos jours ?

Alors que le béarnais était interdit à l’école, c’était le langage courant, mais pas à l’église.

Certains curés continuaient à prêcher en béarnais jusque dans les années 1950, et les missionnaires diocésains le faisaient aussi dans les missions paroissiales.

En 1947 l’abbé Alexandre Lesbordes publia un recueil de cantiques harmonisés auquel participaient des grands séminaristes animés par Joseph Joantauzy. Naturellement les orientations du Concile Vatican II stimulèrent  les initiatives. Après le « Petit missau gascoû » de 1973, les abbés Jean Granger et Jean-Baptiste Lardoeyt réalisèrent paroles et musique, « Cantém la fé », édition très appréciée pour les célébrations liturgiques qui se multipliaient en Béarn (fêtes à Salies, régions de Lembeye, d’Arzacq…). Mouvement présenté et stimulé par Charles Bense (Bulletin diocésain du 04.09.1991) qui rassembla une équipe permanente animée par Pierre Moulia, vicaire épiscopal, réalisant une splendide liturgie béarnaise sous le chapiteau du festival de Siros. Le travail continua par prêtres et laïcs réunis à Monein en 1998 par André Saint-Esteben…

Le sanctuaire Notre-Dame de Bétharram joua un rôle très important par la messe annuelle en mai et surtout les rassemblements de 15 chorales « Cantém ta Diu » (10.02.2002 et 7.04.2004) avec, chaque fois, édition du livret et d’un C.D. Le travail régulier de la Commission diocésaine de liturgie pour le béarnais s’oriente alors vers des célébrations où la chorale n’anime pas un spectacle, mais prépare une assemblée où tout le monde chante. C’est ainsi qu’on a toujours des églises pleines et participantes parce que les villages voisins y viennent.

On a aussi au printemps – mais sans publicité suffisante – le pèlerinage gascon à Lourdes.

Des béarnais, des gascons et des bigourdans réalisent ainsi le seul pèlerinage où la messe à la basilique et le chemin de croix sont priés dans « eth parla de Bernadéte », la seule langue connue par la voyante et parlée avec la Sainte Vierge.

Les paroisses organisant des messes éditent des feuilles très appréciées, avec parfois des traductions. Mais depuis 2008, nous avons un livret « Cantém ta Diu »* qui contient les prières usuelles, l’ordinaire de la messe et les paroles d’une soixantaine de cantiques.

 

*5 euros. Disponible à : J. Laban, Lycée St Joseph 64800 Nay     justinlaban@yahoo.fr