Vivre l'année liturgique

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On appelle « temps ordinaire » l’ensemble des trente-quatre semaines qui se succèdent dans l’intervalle des cycles de Noël et de Pâques. La couleur liturgique du Temps ordinaire est le vert.

Dans ce calendrier, le temps dit ordinaire désigne les périodes autres que les deux temps forts célébrés par l'Église : d'une part, l'Avent et le temps de Noël ; d'autre part, le Carême, la fête de Pâques et le temps pascal jusqu'à la Pentecôte.

Le "temps ordinaire" n'a d'ordinaire que le nom. En dehors de Noël et du temps pascal, c'est l'ensemble du temps liturgique qui permet aux fidèles de vivre sur une année complète tout le mystère du salut accompli par Jésus-Christ. Le temps ordinaire (tempus per annum,en latin, ou le temps le long de l'année) comprend donc les 33 ou 34 semaines couvrant le reste de l'année : la première période va du lundi suivant la fête du Baptême de Jésus (célébré le dimanche après l'Épiphanie) au mercredi des Cendres (non compris) ; la seconde période s'étend de la Pentecôte au premier dimanche de l'Avent (non compris), qui ouvre la nouvelle année liturgique. Ainsi, le 25 septembre 2011 est le 26e dimanche du temps ordinaire. Petite curiosité : les semaines du temps ordinaire sont toujours numérotées de 1 à 34, même si l'on ne compte que 33 semaines cette année-là ; on saute dans ce cas une unité entre les deux périodes.

  • À quoi sert ce temps?

Dès les origines, l'Église a voulu que les fidèles revivent sur une année entière les événements de l'histoire du salut accomplis par Jésus-Christ. Pendant le temps ordinaire, lorsqu'on ne commémore pas un fait précis de la vie du Christ, de la Vierge Marie ou d'un saint, c'est le dimanche lui-même, "Pâque hebdomadaire", qui est valorisé comme "jour de fête primordial qu'il faut proposer et inculquer à la piété des fidèles". Le temps ordinaire donne aussi aux fidèles l'occasion de progresser dans leur connaissance et leur compréhension des grands textes bibliques. Pendant les dimanches "ordinaires", en effet, à l'inverse des temps forts de l'année où les lectures sont choisies de façon thématique, on fait une lecture continue des textes (Épîtres et Évangile) de l'année en cours, selon un parcours conçu sur trois années A, B et C (on est actuellement dans l'année A, consacrée à l'Évangile de saint Matthieu). En semaine, on lit les quatre Évangiles en une année et des passages importants d'autres livres de la Bible en deux ans.

  • Comment fonctionne-t-il?

L'année liturgique comprend en fait deux cycles qui se superposent. Le temps ordinaire s'insère dans le cycle liturgique de base, dit "temporal". Axé sur les événements de la vie du Christ, ce cycle a prééminence sur le cycle "sanctoral", consacré aux fêtes des principaux saints. La mobilité de la fête de Pâques et du temps liturgique qui en dépend, le fait que d'autres fêtes à date fixe tombent parfois le dimanche ont conduit à fixer des règles précises qui permettent de combiner ces deux cycles. Au fil des siècles, on avait ajouté dans l'année de très nombreuses fêtes de saints qui finissaient par éclipser la célébration du mystère pascal lui-même. Pour éviter cette dérive, Vatican II a largement revalorisé la célébration du dimanche, et a par ailleurs réduit le nombre des saints devant être fêtés par l'Église universelle, en confiant à chaque Église locale, nation ou ordre religieux la liberté de fêter les autres.

Aujourd'hui, pendant le temps ordinaire, les dimanches sont toujours célébrés, sauf s'ils coïncident avec une grande fête dite "solennité" du Seigneur, de la Vierge ou des saints (leur nombre est limité à onze dans l'année). En semaine, on célèbre toujours les fêtes et les mémoires "obligatoires" des saints ; les autres jours de la semaine, on a le choix entre les messes du temps ordinaire, les mémoires "facultatives" et les messes consacrées à des dévotions diverses (dites "votives").

Fêtes liturgiques pendant le TEMPS ORDINAIRE:

  • la fête de la Sainte Trinité (1er dimanche après Pentecôte)
  • la fête du Saint Sacrement, dite Fête-Dieu (2e dimanche après Pentecôte)
  • la fête du Christ-Roi (34e et dernier dimanche du temps ordinaire)
  • la Présentation de Jésus au Temple (dite fête de la Chandeleur)
  • l'Assomption de Marie
  • la nativité de Marie
  • la fête de Toussaint
  • la commémoration des fidèles défunts

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50 jours pour fêter Pâques

Depuis le IIIe siècle, la célébration de la Résurrection du Seigneur, le jour de Pâques, se prolonge en une Cinquantaine (Pentecoste), s’achevant par la célébration du don de l’Esprit qui a pris ce nom de «Pentecôte». Ces cinquante jours forment un seul et unique jour de fête qui, disait saint Irénée «a la même portée que le dimanche» : c’est pourquoi, pendant cette période, on prie debout, comme il convient à des ressuscités, et le jeûne est interdit.

Le temps pascal commence avec le dimanche de la Résurrection et se déploie durant huit dimanches : c’est donc une octave de dimanches, «une semaine des semaines», écrivait saint Basile qui insiste sur son caractère eschatologique. Mais il permet aussi, au fil des semaines, de déployer toutes les harmoniques du mystère pascal.

La première semaine, l’octave pascale, est dite aussi semaine in albis (des vêtements blancs), car les catéchumènes baptisés dans la nuit de Pâques gardaient le vêtement de leur baptême pour venir assister chaque jour aux catéchèses «mystagogiques» (leur expliquant le sens des «mystères», c’est-à-dire des sacrements qu’ils venaient de recevoir). Ces catéchèses étaient assurées par l’évêque et l’on possède encore celles de Jean Chrysostome, de Cyrille de Jérusalem ou d’Ambroise de Milan.

Dans les églises où sont implantées les Fraternités de Jérusalem, les «néophytes» (littéralement, les nouvelles plantes), qui ont reçu le baptême lors de la vigile pascale, assistent aux offices de l’octave pascale, vêtus de leur aube blanche, dans le chœur, au milieu des frères et des sœurs.

Le dimanche qui clôt l’octave, dimanche in albis, jour où les néophytes déposent leur vêtement blanc, a été longtemps désigné par le premier mot de l’oraison d’ouverture Quasimodo, «Comme des enfants nouveau-nés…» À la demande du pape Jean-Paul II, il est devenu le Dimanche de la Miséricorde.

Tous les dimanches constituant le temps pascal sont considérés comme «dimanche de Pâques» et non «après Pâques». Le cierge pascal, symbole du Christ ressuscité, reste allumé et l’Alleluia ne cesse de retentir. La couleur liturgique est le blanc, qui rappelle les vêtements des anges au matin de Pâques et ceux des ressuscités habitant la Jérusalem céleste (Ap 7, 9s).

 

 

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La Semaine Sainte commence le dimanche des Rameaux et s’achève dans la nuit de Pâques. Elle commémore le repas de la Cène, la Passion du Christ, sa mort sur la Croix. Avec la fête de Pâques, qui célèbre sa Résurrection, ces jours forment la phase centrale de toute l’année liturgique. 

  • Dimanche des Rameaux

Six jours avant la fête de la Pâque juive [1] Jésus vient à Jérusalem. La foule l’acclame lors de son entrée dans la ville. Elle a tapissé le sol de manteaux et de rameaux verts, formant comme un chemin royal en son honneur.

En mémoire de ce jour, les catholiques viennent à l’église avec des rameaux (de buis, olivier, laurier ou palmier, selon les régions) que le prêtre bénit au début de la messe. Les fidèles les emportent ensuite chez eux pour orner leur crucifix jusqu’au dimanche des Rameaux de l’année suivante.

LE TRIDUUM PASCAL:

Au cours du Triduum pascal, (trois jours), les chrétiens sont invités à passer avec le Christ par le dépouillement, la souffrance et la mort pour vivre, avec Lui, la résurrection et entrer dans sa gloire.

  • Jeudi Saint

Jésus prend son dernier repas avec les douze Apôtres dans la salle dite du "Cénacle". Saint Paul et les évangélistes Marc, Luc et Matthieu rapportent les récits de la Cène (1re Épître aux Corinthiens, 11 ; Évangile selon saint Marc, 14 ; Évangile selon saint Luc, 22 ; Évangile selon saint Matthieu, 26) au cours de laquelle, en prenant le pain et le vin, le Christ rend grâce et offre son Corps et son Sang pour le salut des hommes. Après ce repas de la Cène, l’heure de l’épreuve approchant, le Christ se rend au jardin des Oliviers avec les apôtres pour veiller et prier. Le Jeudi Saint, l’Église célèbre la messe « en mémoire de la Cène du Seigneur », puis les fidèles s’unissent à la prière du Christ ce soir-là, en veillant auprès du Saint- Sacrement (le pain et le vin consacrés au cours de la messe) jusque tard dans la nuit.

  • Vendredi Saint

Trahi par son disciple Judas, le Christ est arrêté. Il est accusé de semer le désordre par ses enseignements et surtout d’usurper le titre de Messie, c’est-à-dire de Fils de Dieu envoyé pour sauver les hommes. Interrogé par Ponce Pilate (gouverneur romain de la région), flagellé par les soldats, Il est condamné à être cloué sur une croix – supplice alors réservé aux criminels. Chargé de la croix, le Christ gravit la colline du Golgotha (littéralement "Mont du crâne", autrement appelé "Calvaire") et tombe plusieurs fois d’épuisement. Crucifié, Il expire au bout de quelques heures. Descendu de la croix par ses proches, Il est enveloppé dans un linge blanc (le "linceul") et mis au tombeau.
Les chrétiens sont appelés au jeûne (qui consiste à se priver de nourriture suivant l’âge et les forces du fidèle), démarche de pénitence et de conversion, expression de l’attente du Christ. L’office du Vendredi Saint, appelé "célébration de la Passion du Seigneur", est centré sur la proclamation du récit de la Passion (Évangile selon saint Jean 18, 1 - 19,42). Il est proposé aux fidèles un chemin de Croix qui suit les étapes de la Passion du Christ.

  • Samedi Saint

La célébration de la nuit du Samedi Saint au dimanche de Pâques est "une veille en l’honneur du Seigneur" durant laquelle les catholiques célèbrent Pâques, passage des ténèbres à la lumière, victoire du Christ sur la mort. C’est pourquoi, dans la nuit, le feu et le cierge de Pâques sont allumés, puis la flamme est transmise aux fidèles. C’est aussi durant cette veillée – ou Vigile pascale – que sont célébrés les baptêmes d’adultes. Ils sont aussi l’occasion pour les fidèles de renouveler les promesses de leur baptême.
Au cours de la Vigile pascale 2007, plus de 2700 baptêmes ont été célébrés (2650 en 2006 et 2400 en 2005). Près de 80 % de ces catéchumènes ont entre 18 et 40 ans. La Vigile pascale rassemble, par ses rites, tous les éléments du message de Pâques. Les baptêmes d’adultes et de jeunes, qui seront célébrés cette nuit-là, rejaillissent sur toute la communauté et rappellent à chacun les promesses de son baptême.

  • Dimanche de Pâques

"Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala se rend au tombeau. La pierre a été enlevée… Les bandelettes ont été déposées… Le linge est roulé à part" (Évangile selon saint Jean, 20).
Étymologiquement, "Pâques" signifie "passage" : par ce passage de la mort à la Vie, le Christ a sauvé l’Homme du péché et l’a appelé à la vie éternelle.
La Résurrection du Christ est l’accomplissement des promesses faites par Dieu à son peuple. C’est pourquoi la fête de Pâques, célébrée par une messe solennelle, est le sommet du calendrier liturgique chrétien. Ce jour d’allégresse est marqué dans les églises par la couleur blanche ou dorée, symbole de joie et de lumière.

[1] La Pâque juive fête la sortie d’Égypte des Hébreux après un très long temps d’esclavage.

Les catholiques entrent en Carême le mercredi des Cendres, soit 40 jours avant la fête de Pâques.

40 jours de Carême

Ce mot de "carême" vient de la contraction du terme latin quadragesima dies, le "quarantième jour". De fait, ce chiffre de 40 est, dans la Bible, symbolique d’un temps de préparation et de rénovation spirituelle pour de nouveaux commencements : après avoir fui l’Égypte sous la conduite de Moïse, les Hébreux sont restés 40 ans dans le désert, avant d’entrer dans la Terre promise ; Dieu accorda 40 jours aux habitants de Ninive pour se convertir ; Le Christ passa 40 jours dans le désert avant d’entamer ses trois années de vie publique.

Le Carême est le temps de préparation à la célébration annuelle du mystère pascal : il est marqué par la pénitence et par l’appel à la conversion. Il dure quarante jours : Moïse et Elie s’étaient préparés quarante jours à rencontrer Yahvé (Ex 24, 18 ; 1 R, 19, 8) ; Jésus lui-même a lutté quarante jours avec Satan (Mt 4, 2). On ne fait pas pénitence le dimanche, célébration hebdomadaire de la Résurrection, même en Carême ; c’est pourquoi, pour combler le déficit de ces dimanches, on a anticipé le début du jeûne quadragésimal au mercredi des Cendres, mercredi qui précède le premier dimanche de Carême.
Le mercredi des Cendres et le Vendredi saint sont jours de jeûne ecclésiastique : les fidèles adultes et valides y sont tenus. Le reste du temps, chacun offre à Dieu, avec l’inspiration de l’Esprit Saint, les privations qu’il s’impose.
Les ornements du Carême sont violets, sauf au dimanche Laetare (4e) où ils peuvent être rosés. On renonce à la décoration florale de l’autel et de l’église ; on se prive aussi d’accompagnement instrumental pour les chants. Outre ces pratiques traditionnelles de pénitence liturgique, ou en leur place, d’autres signes peuvent être proposés pour l’appel à la conversion.

Sens du Carême

Pendant les 40 jours que dure le Carême (les dimanches ne sont pas comptés), il est proposé aux fidèles de se "convertir", au sens littéral du terme, c’est-à-dire de "se tourner vers" Dieu et vers autrui. C’est pourquoi ce temps de préparation à la fête de Pâques se fait dans la prière, le jeûne [1] et le partage.
Le jeûne rappelle que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain : la Parole de Dieu est nourriture pour l’homme. Jeûner, c’est se donner le temps et la disposition d’esprit nécessaire à la prière. Le Christ lui-même a invité ses disciples à jeûner sans ostentation : "Quand vous jeûnez, ne vous donnez pas un air sombre comme font les hypocrites : ils prennent une mine défaite, pour que les hommes voient bien qu’ils jeûnent (…) Pour toi, quand tu jeûnes, parfume ta tête et lave ton visage, pour que ton jeûne soit connu, non des hommes, mais de ton Père qui est là, dans le secret ". (Matthieu, VI, 16).
Dans cette optique de cheminement spirituel vers Pâques, l’Église propose également le sacrement de réconciliation : Les paroisses font un effort particulier, au cours du Carême, pour faciliter cette démarche qui peut être vécue individuellement ou au cours d’une célébration communautaire.
Le partage est une des dimensions essentielles du Carême. Dans son message à l’occasion du Carême 2003, Jean-Paul II rappelait que "la prière et le jeûne doivent être accompagnés par des œuvres de justice, la conversion doit se traduire en accueil et en solidarité".
Le Carême est une période de préparation à Pâques, fête de la résurrection du Christ. A ce titre, le Carême est vécu sous le signe de l’espérance, c’est-à-dire de la confiance en Dieu et donc de la joie.
Dans son message de Carême 2004, Jean-Paul II rappellait que "durant le Carême, nous nous préparons à revivre le Mystère pascal qui projette une lumière d’espérance sur toute notre existence, même dans ses aspects les plus complexes et les plus douloureux."

Le Mercredi des Cendres

Le Carême s’ouvre avec le Mercredi des Cendres : au cours d’une célébration eucharistique, le prêtre marque le front de chaque fidèle présent d’un peu de cendres, tout en prononçant l’une des deux phrases suivantes : "Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle" ou "Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière".
Pour comprendre le sens de ce geste, il faut se rappeler le symbolisme attaché à la cendre dans l’Ancien Testament : la cendre représente à la fois le pécheur et la fragilité de l’homme. Se couvrir de cendres, c’est reconnaître sa faiblesse, manifester son regret du péché et signifier son espérance dans la miséricorde de Dieu.
Comme le rappelait Jean-Paul II lors de l’une de ses homélies de Mercredi des Cendres, "recevoir les cendres sur le front signifie donc se reconnaître comme créatures, faites de glaise et destinées à la glaise (cf Genèse, III, 19) ; cela signifie dans le même temps se proclamer pécheurs, ayant besoin du pardon de Dieu pour vivre selon l’Évangile (cf Marc, I, 15) ; cela signifie, enfin, raviver l’espérance de la rencontre définitive avec le Christ dans la gloire et dans la paix du Ciel. "

Les catéchumènes

Le terme de "catéchumène", qui remonte aux origines du christianisme, désigne celles et ceux, adultes, qui se préparent aux sacrements du baptême, de la confirmation et de l’Eucharistie. Cette "initiation chrétienne" dure entre 2 et 3 ans. Il y a aujourd’hui plus de 9000 catéchumènes en France, dont environ un quart seront baptisés dans la nuit de Pâques. A ces baptêmes d’adultes, s’ajoutent ceux d’enfants et de jeunes, aussi nombreux.
En attendant la veillée pascale, les dernières étapes du catéchuménat se déroulent pendant le Carême : la célébration de l’appel décisif a généralement lieu le premier dimanche. Après avoir appelé chacun des catéchumènes par son nom, l’évêque demande leur accord aux parrains et à l’assemblée. Après les lectures, les catéchumènes ayant réitéré leur demande de baptême, l’évêque les invite à inscrire leur nom sur le registre diocésain. C’est alors qu’il leur dit solennellement "vous êtes appelé".
Le quatrième dimanche de Carême, les catéchumènes participent à une célébration au cours de laquelle ils se reconnaissent pécheurs et se disposent à recevoir le pardon de Dieu. Cette célébration est appelée "scrutin" parce que les catéchumènes scrutent leur cœur.
Ils peuvent aussi participer à une célébration d’illumination pendant laquelle ils reçoivent le texte du Notre Père et celui du Je crois en Dieu.

[1] Jeune : du latin jejunium : "privation volontaire de toute nourriture". La pratique de l’abstention totale ou partielle de nourriture, pour des raisons religieuses ou autres, est universellement représentée dans l’histoire des hommes. En jeûnant, l’homme reconnaît sa dépendance vis-à-vis de Dieu, car sans la nourriture qu’il reçoit de lui, il expérimente la précarité de ses forces. Dans l’Évangile, Jésus sait utiliser le jeûne en tant que préparation à la rencontre divine ou à toute grande œuvre faite avec Dieu : comme Moïse et Elie, il jeûne quarante jours et quarante nuits au désert (Mt 4, 1 ; cf. Ex 24, 18 ; 34, 28 ; 1 R 19, 8), avant de promulguer, dans le Sermon sur la montagne, la Loi nouvelle. Il montre cependant que le jeûne, en soi, n’a qu’une valeur relative et que, pour ses disciples, conviés au festin messianique, il exprime l’attente passionnée de l’Époux qu’il est (Mt 9, 14-15).
Le jeûne ecclésiastique du mercredi des Cendres et du Vendredi saint exprime la volonté de réparer le péché et d’y renoncer ; il est aussi et surtout une préparation à la rencontre de Pâques.
Le jeûne eucharistique, limité à une heure avant la communion — un quart d’heure pour les malades —, est essentiellement une prépara­tion à recevoir le Christ lui-même, dans le sacrement qui actualise son chef-d’œuvre d’Amour ; c’est un acte de respect.

 

 

 

 

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Noël est sans doute la plus connue des fêtes chrétiennes, célébrée dans la nuit du 24 au 25 décembre presque partout dans le monde, aussi bien par des croyants que des non croyants.

Pour les chrétiens, la fête de Noël (du latin natalis, "naissance", "nativité") célèbre la naissance de Jésus, Fils de Dieu, le Sauveur attendu, annoncé par les prophètes.
Dieu s’est fait homme – c’est le mystère dit de "l’incarnation" - et il a partagé en tout la condition humaine. Ainsi, en Jésus-Christ, se trouve unis la nature humaine et la nature divine : il est simultanément "vrai homme et vrai Dieu". [1]
Jésus veut dire en hébreu "Dieu sauve". Ce nom même révèle son identité et sa mission, sauver les hommes et les conduire vers le Père.
Les évangiles donnent à comprendre que la naissance du Fils de Dieu s’est passée humblement : pauvre parmi les pauvres, Jésus nouveau né est couché par sa mère dans une mangeoire.
La naissance de Jésus est le cœur de ce qu’on appelle le "mystère de l’Incarnation" : "Au temps établi par Dieu, le Fils unique du Père, la Parole éternelle, s’est incarné : sans perdre la nature divine, Il a assumé la nature humaine".

  • La naissance de Jésus-Christ dans l’Évangile

Deux des quatre évangiles, ceux de Matthieu et de Luc, rapportent la naissance du Christ et se complètent mutuellement.
L’évangile lu au cours de la messe de Noël est tiré de Luc. Dans les pages qui le précèdent, l’évangéliste a évoqué d’abord l’Annonciation, c’est-à-dire ce jour où l’ange Gabriel a annoncé à Marie qu’elle serait la Mère du Sauveur. Cet événement, fêté le 25 mars – neuf mois avant Noël – inaugure l’accomplissement des promesses :
"L’ange dit : “Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très Haut" (Luc 1, 30-32).
Marie, fille d’Anne et de Joachim, est originaire de Nazareth en Galilée. Elle est alors fiancée à Joseph, charpentier de son métier, de la descendance du roi David. Marie, dans sa confiance absolue en Dieu, accepte le projet divin ; "Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole" est sa réponse à l’ange (Luc 1, 38).
L’évangile lu à Noël situe cet événement dans l’histoire : "Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie" (Luc 2, 1-2). Marie, enceinte, et Joseph se rendent donc tous deux en Judée pour le recensement, dans la petite ville de Bethléem, d’où est originaire la lignée du roi David.
"Pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes" (Luc 2, 6-7).

  • Les chrétiens célèbrent Noël

La célébration de la naissance du Sauveur est précédée par un temps de préparation de quatre semaines. Cette période - appelée l’ "Avent" (du latin adventus, "venue", "avènement") dans le calendrier liturgique de l’Église catholique.
La naissance du Sauveur est célébrée depuis des siècles dans la nuit du 24 au 25 décembre. Pourtant on ignore le jour et l’heure de la naissance de Jésus. Le choix de cette date est sans doute en lien avec le solstice d’hiver, c’est-à-dire avec le retour du soleil. Les chrétiens donnant à cette période le sens de ce qui est pour eux la venue de la vraie lumière, celle du Christ.
La "messe de minuit" rassemble traditionnellement plus de fidèles que celle du 25 décembre au matin. Aujourd’hui, elle est souvent célébrée plus tôt dans la soirée, notamment pour permettre aux enfants d’y participer.
L’heure de minuit est tout aussi symbolique : elle marque simplement l’arrivée d’un jour nouveau. La Tradition pourtant se réfère aussi à un texte du livre de la Sagesse (18, 14-15) : "Alors qu’un silence paisible entourait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course rapide, du haut des cieux, ta parole toute puissante s’élança du trône royal." Le Christ est en effet le Verbe de Dieu car il révèle Dieu, sa parole de salut.
Noël, événement festif et joyeux, est aussi, depuis des siècles, célébré en famille. Noël célèbre le mystère du don et de l’accueil.

  • Noël, fête chrétienne célébrée partout dans le monde

Evénement festif et joyeux, fête du don et du partage, Noël réunit les familles et les générations et ce, dans bien des pays.
Célébré avec plus ou moins de proximité ou de distance avec son sens chrétien, Noël est en tout cas apprécié de tous, petits et grands : "moment de fraternité et de réconciliation, message universel de paix et d’amour, Noël parle au cœur des hommes et se déploie comme un souffle d’espérance au milieu des violences de toutes sortes" .
Cette fête est, dans notre monde, un "signe géant de paix, de résistance spirituelle et de confiance dans l’instant et pour les temps à venir" . Noël est pour tous, consciemment ou non, signe de joie et d’espérance.

  • Représenter la Nativité

En 1223, dans le village de Greccio, situé près d’Assise en Italie, saint François d’Assise eut l’idée de célébrer Noël avec un tableau vivant de personnages et d’animaux. Vivantes ou non, les crèches se sont répandues dans toute l’Italie, puis dans le reste du monde chrétien. Elles représentent la grotte de Bethléem avec les principaux personnages : Marie, Joseph, l’Enfant Jésus dans une mangeoire, les bergers et les bêtes (l’âne, le bœuf et les moutons).
La Provence, qui abritait de nombreux monastères franciscains (ordre religieux fondé par saint François d’Assise), avait été la première région française à développer les crèches.
Les santons (les santibelli, "petits saints" en provençal) sont apparus au XIX° siècle. Outre les personnages traditionnels, la crèche provençale représente tout le village venant adorer l’Enfant Jésus.
Une "nativité" est un tableau ou une sculpture représentant Jésus dans la crèche, avec Marie et Joseph.
Depuis des siècles, peintres et sculpteurs ont été inspirés par la scène de la Nativité. Les œuvres d’art d’inspiration chrétienne, très nombreuses, concernent pour une bonne part la naissance du Christ.

 

[1] Symbole d’Athanase (le terme "symbole" prend ici le sens de "profession de foi", recueil des principales vérités de foi).