Quel est le sens du Carême ?

Quel est le sens du Carême ?

Article de M l'abbé Philippe Beitia paru dans la revue diocésaine "Notre Eglise" de mars 2020

Dans sa liturgie, notamment dans les prières de la messe, l’Église nous présente la spiritualité du temps du carême. Scrutons ce qu’elle nous dit dans sa première pour vivre ce que le Seigneur nous demande lors de ce temps de préparation à Pâques.

Dans les oraisons de la messe, l’Église indique quel est le but du carême. Il s’agit, pour nous, de progresser dans la connaissance de Jésus, de se former à la vie avec le Christ, de nous ouvrir à sa lumière par une vie de plus en plus fidèle. Aussi, faut-il consentir pour cela à mener un entraînement spirituel.

Cet entraînement spirituel commence par une écoute et un accueil de la Parole de Dieu dans notre vie. Se rappelant l’ordre donné par le Père, lors de la Transfiguration, d’écouter son Fils-Bien-Aimé, l’Église demande au Seigneur de trouver dans sa Parole les vivres dont notre foi a besoin, d’ouvrir nos esprits à l’intelligence de sa loi. Ainsi, aura-telle le regard assez pur pour discerner sa gloire.

Les privations du carême ont pour but de nous rendre plus forts afin de lutter contre l’esprit du mal, de refréner nos désirs terrestres pour mieux entendre la Parole de Dieu, de nous obtenir la fidélité à servir le Seigneur et le goût de le prier d’un même coeur; ainsi pourrons-nous nous présenter devant lui avec un coeur purifié. La discipline imposée à nos corps doit être pratiquée avec amour. En nous imposant des privations nous maîtrisons notre corps, en agissant, en faisant le bien, nous recevons un esprit nouveau. L’esprit, affiné par la maîtrise des sens, doit resplendir aux yeux de Dieu du désir de le trouver. Le jeûne, la prière et le partage nous donnent, en nous guérissant du péché, de nous ouvrir au Seigneur.

LA VRAIE CONVERSION DU COEUR

Le carême est un temps de conversion. L’aveu de nos fautes est destiné à nous obtenir la grâce du pardon. La liturgie demande au Seigneur de pardonner les torts de son peuple : puisque notre faiblesse nous a rendus captifs du péché, on souhaite que sa tendresse nous en délivre. On lui demande de guider et de diriger nos coeurs et, si nos volontés se rebellent, de les ramener vers lui. On lui demande de nous protéger : purifiés désormais de nos péchés, nous pourrons mener une vie sainte et entrer en possession de son héritage. Ainsi, en laissant de côté de fausses richesses nous pourrons accéder à la vérité tout entière. En nous gardant du péché, nous pourrons aussi répondre aux exigences de son amour. Aussi, la prière de l’Église demande-t-elle au Seigneur de protéger contre les séductions de ce monde ceux qu’il appelle à le servir avec un coeur limpide, de les purifier pour que l’entraînement du carême aboutisse à la vraie conversion du coeur, pour qu’ils parviennent avec un coeur limpide aux fêtes pascales. On l’implore pour qu’il soutienne toujours son peuple afin qu’il se détourne du mal et se dirige vers le salut.

Car il s’agit aussi de développer une plus grande générosité pour nous préparer à célébrer le mystère pascal de la Mort et de la Résurrection du Seigneur. On demande à Dieu d’orienter vers lui le coeur des fidèles pour que dociles à l’Esprit-Saint, ils soient fermes dans la foi et vraiment efficaces. De diriger lui-même leur vie de chaque jour et de la conduire jusqu’à cette lumière où il veut nous accueillir, de tourner vers lui le coeur de chacun d’entre nous, afin que nous soyons tout entiers à son service, dans la recherche de l’unique nécessaire.

On souhaite que sa grâce nous consacre à son service et nous assiste toujours. Ainsi, animés par une vraie générosité à servir Dieu, les chrétiens se disposeront-t-ils à recevoir d’un coeur purifié l’annonce du mystère pascal et à transmettre au monde la joyeuse nouvelle du salut. Car c’est en persévérant dans la volonté du Seigneur que le peuple dévoué à son service augmentera en nombre et grandira en sainteté.

Pour tout cela, l’Église a besoin de la grâce de Dieu. C’est dans l’eucharistie que cette grâce lui est principalement accordée. On demande au Seigneur que la communion sanctifie notre vie, en nous donnant sa grâce, et nous obtienne son pardon.

Que sa grâce assagisse nos désirs terrestres pour nous faire aimer les biens du ciel, qu’elle nous apporte l’éternelle guérison. C’est par le sacrifice du Christ que Dieu a voulu nous montrer sa pitié et nous rendre la vie dans la puissance de son amour. Nous en attendons donc un renouveau. Notamment qu’il arrache nos cœurs à leur vieillissement, qu’il les guérisse, qu’il les rende libres pour nous faire communier au mystère du salut. Qu’il sanctifie nos oeuvres de pénitence pourque l’entraînement du carême aboutisse à la vraie conversion du coeur.

L’eucharistie nous apporte un amour qui répond à l’amour du Christ. Elle nous ouvre à la justice et à la charité pour que nous observions le seul jeûne que le Seigneur aime. Elle nous donne la conversion du coeur. Fidèles à la grâce de l’eucharistie, nous pouvons progresser de jour en jour vers les biens du Royaume et ainsi servir Dieu en faisant sa volonté.

La grâce nous permet d’imiter avec joie la charité du Christ qui a donné sa vie pour le monde.