La méditation du jour de Mgr Aillet - Mercredi de Pâques (15 avril 2020)

La méditation du jour de Mgr Aillet - Mercredi de Pâques (15 avril 2020)

« Notre cœur n’était-il pas tout brûlant en nous … tandis qu’il nous ouvrait les Ecritures ? »

Comme vous le savez, depuis le Vendredi-Saint, nous faisons la neuvaine de Sainte Faustine à la Miséricorde divine, qui nous prépare au Deuxième dimanche de Pâques, appelé désormais Dimanche de la Miséricorde, voulu par le Pape saint Jean Paul II, suivant les révélations du Sacré-Cœur à sa petite compatriote polonaise qu’il a lui-même canonisée. Chaque jour, nous plongeons spirituellement dans l’océan de miséricorde, qui a jailli du Cœur transpercé de Jésus, toutes sortes de catégories de personnes que Dieu veut faire bénéficier de sa Miséricorde infinie.

Vous avez peut-être su qu’un certain nombre d’associations de fidèles laïcs ont eu l’initiative d’une « supplique » adressée aux évêques de France pour consacrer la France au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie, précisément le 19 avril prochain, en la fête de la Miséricorde, comme 24 conférences épiscopales l’ont fait le 25 mars dernier, depuis le Sanctuaire Notre-Dame de Fatima. Le Président de la Conférence des évêques de France, qui veut obtenir l’adhésion de tous les évêques à cette démarche, pense que le temps de préparation sera trop court. Cela ne nous empêchera pas, pour autant, de profiter de cette date pour faire une consécration privée de la France, ce que je ferai donc dimanche à l’issue de la Messe, depuis cette chapelle, en attendant une Consécration plus officielle.

C’est la Miséricorde de Dieu qui se déploie tout au long de cette octave. Elle se manifeste aujourd’hui dans le miracle de l’infirme de la Belle-Porte du Temple, que Pierre guérit « Au nom de Jésus Christ le Nazaréen » (Ac 3, 6). Elle se manifeste encore à travers l’apparition de Jésus ressuscité aux deux disciples d’Emmaüs. On apprend par saint Luc, à la fin de cette page d’évangile, qu’après être apparu à Marie-Madeleine – et sans doute aussi à d’autres saintes femmes avec elle –, Jésus est apparu à Simon-Pierre : c’est la raison pour laquelle il a dû rassembler les onze et leurs compagnons pour le leur raconter, au soir de ce premier jour (Lc 24, 33-34). A présent, il se rend auprès de ces deux disciples qui quittent Jérusalem après les événements dramatiques qu’ils viennent de vivre, avec la mort de Jésus et sa mise au tombeau, « le cœur à marée basse », comme dirait Jacques Brel. Ils font partie sans doute des disciples de la première heure, peut-être des 72 autres que Jésus avait envoyés en mission après les douze. L’un s’appelle Cléophas, l’autre n’est pas nommé : chacun d’entre nous peut s’identifier à lui. Ils sont dans le découragement et la déception. Peut-être notre situation après un mois de confinement et la prolongation annoncée. Peut-être avons-nous un malade grave dans notre famille ou une personne âgée que l’on ne peut pas visiter, voire un deuil…

C’est vers eux que Jésus se porte en priorité : il marche à leur rythme, il se mêle discrètement à leur conversation… Là encore nous sommes confrontés au mystère de son corps ressuscité : « Leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître » (Lc 24, 16). Jésus se montre à qui il veut et comme il veut, il le fait avec délicatesse, sollicitant leur foi plutôt que l’évidence sensible. Il recueille ici leurs confidences désabusées, et il faut voir la ferveur avec laquelle ils parlent de lui : « cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple … Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël » (Lc 24, 19. 21). Une lueur d’espoir traverse leur esprit, même s’ils ont peine à y croire : « A vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau … Mais lui, ils ne l’ont pas vu » (Lc 24, 22-24). On notera au passage la parfaite convergence entre les évangélistes qui, pour autant, ne se copient pas. Les disciples d’Emmaüs font même référence au « troisième jour », comme s’ils se remémoraient confusément les annonces répétées de Jésus, mais sans s’attarder : « Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé » (Lc 24, 21).

Après les avoir écoutés avec beaucoup d’attention, Jésus les interpelle en forme de reproche : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit. Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 25-26). Tout s’est passé comme cela avait été annoncé dans les Ecritures : « Et, partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Ecriture, ce qui le concernait » (Lc 24, 27). Quand ils l’inviteront à entrer avec eux dans leur maison, ils le reconnaîtront à la « fraction du pain (cf. Lc 24, 30-31) : il n’a pas pour autant célébré l’Eucharistie, mais le geste fait tellement référence à la dernière Cène, que leurs yeux se sont ouverts, tant leurs cœurs étaient tout brûlants pendant qu’il leur expliquait les Ecritures.

Arrêtons-nous-en là pour aujourd’hui. C’est une nouvelle invitation qui nous est faite à scruter l’Ecriture, à partager la Parole en famille, avec Lui comme interprète sûr : vous ne pouvez certes pas participer à l’Eucharistie, mais Jésus ressuscité vous rejoint dans vos maisons et il vous parle : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18, 20).