La méditation du jour de Mgr Aillet - Lundi 20 avril 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Lundi 20 avril 2020

Une catéchèse mystagogique sur le baptême et la confirmation

Après avoir chanté pendant huit jours « Haec Dies », « Voici ce jour que fit le Seigneur », comme si le temps s’était arrêté pour nous faire entrer dans l’éternité avec le Ressuscité, commence en ce lundi de la deuxième semaine du Temps pascal, un temps de « catéchèse mystagogique » : il s’agit de donner aux néophytes et à tous ceux qui sont renés à Pâques, et donc nous qui avons rénové les promesses de notre baptême, une explication sur les mystères auxquels ils ont été initiés par les sacrements de l’Initiation chrétienne. Le mot Mysterion en grec souligne ce qui est caché du Mystère de Dieu et qui est rendu visible dans l’Incarnation du Verbe continuée dans les sacrements de l’Eglise ; il est traduit en latin par sacramentum soulignant davantage le signe sensible qui nous donne accès au Mystère. Cette deuxième semaine est centrée sur le Baptême et la Confirmation, et la troisième semaine, introduite vendredi prochain avec la multiplication des pains qui ouvre en saint Jean sur le Discours du pain de vie, nous approfondirons le sacrement de l’Eucharistie.

Dans l’Evangile, nous revenons en arrière au chapitre 3 de saint Jean. C’est l’entretien avec Nicodème, ce notable juif qui vient trouver Jésus de nuit, par prudence, mais qui n’en manifeste pas moins beaucoup de déférence envers ce jeune prédicateur, dont « on ne sait ni d’où il vient, ni où il va » (Jn 3, 8), comme Jésus le dira de l’Esprit. Il l’appelle même « Rabbi », c’est-à-dire Maître, lui qui pourtant est un Maître reconnu, membre du Sanhédrin, alors que celui, que les chefs du Peuple pensent être un illuminé dangereux, n’est évidemment passé par aucune école rabbinique. Il reconnaît en Jésus un phénomène qui n’est pas étranger à Dieu : « Personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui » (Jn 3, 2). Et Jésus va lui parler en forme de révélation : « Amen, amen, je te le dis… », dit-il même à deux reprises. Il l’instruit de la réalité du Royaume de Dieu ou Royaume des Cieux – remarquez que ces vocables sont plus familiers des évangélistes synoptiques et que c’est le seul lieu en saint Jean où nous les trouvons. Jésus commence par affirmer qu’on ne peut « voir » le Royaume de Dieu si l’on ne naît pas d’en-haut : il lui parle d’une naissance distincte de la naissance biologique et qui donne d’abord une connaissance, indiquée par le verbe « voir », tant il est vrai que « connaître » signifie aussi « naître avec ». Comme Nicodème feint de ne pas comprendre, Jésus lui révèle le moyen de cette naissance : il s’agit de « renaître de l’eau et de l’Esprit » (Jn 3, 5). Jésus parle d’un baptême, donc d’un rite d’eau, préfiguré par le baptême de Jean-Baptiste, mais qui communique l’Esprit Saint et qui permet ainsi, non plus seulement de « voir », mais « d’entrer » dans le Royaume des Cieux. Si le baptême est d’abord une « illumination » de l’intelligence et du cœur qui permet de connaître le Royaume de Dieu, il est aussi une entrée réelle dans la vie même de Dieu qui est Esprit : « ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit » (Jn 3, 6). Il faut bien considérer l’insistance de Jésus sur la nécessité du baptême pour être sauvé, comme l’Eglise l’a compris très tôt : « Personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume des Cieux » (Jn 3, 5).

Dans les Actes des Apôtres, dont nous avons commencé la lecture continue pendant l’octave pascale, et nous nous situons après la Pentecôte, nous approfondissons plutôt le sacrement de la Confirmation qui donne précisément l’Esprit Saint pour annoncer l’Evangile avec « assurance », expression que l’on retrouve deux fois dans le récit que nous venons d’entendre. La prière des frères, qui lisent dans les Ecritures, en particulier dans le Psaume 2, qui est le psaume de méditation de ce jour, l’annonce des épreuves du Christ, leur fait demander au Seigneur la force « de dire la parole avec une totale assurance » (Ac 4, 29), malgré les menaces qui pèsent sur eux de la part des grands prêtres et des anciens. Et se produit alors une petite Pentecôte : « Quand ils eurent fini de prier, le lieu où ils étaient réunis se mit à trembler, ils furent tous remplis de l’Esprit Saint et ils disaient la parole de Dieu avec assurance » (Ac 4, 31). C’est bien là le moyen d’approfondir le sacrement de la Confirmation qui, comme son nom l’indique, vient confirmer le don reçu au Baptême : c’est le même Esprit Saint, qui nous permet depuis le jour de notre baptême d’appeler Dieu Notre Père et de grandir dans l’esprit filial (oraison d’ouverture), qui nous est donné dans la confirmation pour témoigner avec courage et assurance et faire de nous, non plus seulement des enfants de Dieu, mais des adultes dans la foi.