La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi 21 avril 2020

La méditation du jour de Mgr Aillet - Mardi 21 avril 2020

Nés du souffle de l’Esprit Saint

Nous poursuivons, avec la liturgie de ce jour, notre catéchèse mystagogique sur le baptême et la confirmation qui sont inséparables : c’est le même Esprit-Saint qui a fait de nous des enfants de Dieu et qui nous a été communiqué pour faire de nous des témoins audacieux et intrépides de l’Evangile. Il s’agit aujourd’hui des fruits de l’Esprit Saint dans notre vie de baptisés ; comme l’indique l’oraison d’ouverture de cette messe : « Seigneur, fais-nous déployer aux yeux du monde la vitalité du Christ vainqueur de la mort ; après avoir reçu le germe de sa grâce, que nous en portions tous les fruits ». 

Dans l’Evangile, nous avons la suite de l’entretien avec Nicodème : « Il vous faut naître d’en-haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit » (Jn 3, 7-8). C’est de lui-même, d’abord, que Jésus parle : il est par excellence celui sur qui repose l’Esprit du Seigneur, selon l’oracle messianique qu’il s’attribuera à lui-même (cf. Lc 4, 18. 21), et c’est pourquoi il demeurera pour les juifs, une énigme, un mystère, une pierre d’achoppement. Ils se demanderont d’où il vient (cf. Jn 7), et plus tard, dans les discours après la Cène, les disciples eux-mêmes diront : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, comment pourrions-nous savoir le chemin ? » (Jn 14, 5). Jésus est imprévisible, comme l’Esprit-Saint : il déjoue les calculs trop humains des hommes. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. Si nous pensons devoir nous adapter aux modes et aux vues du monde, nous ne serons pas fidèles à notre baptême ; mais si nous sommes fidèles à l’Esprit que nous avons reçu, alors nous devons nous attendre à être incompris et, comme Jésus, nous serons pour le monde un signe de contradiction.

Nicodème, qui est un intellectuel, représentant typique de la doctrine des juifs du temps de Jésus, feint de ne pas comprendre. Jésus, non sans ironie, lui rétorque : « Tu es un Maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là » ? (Jn 3, 10). Et Jésus, utilisant le « nous », lui montre combien ceux auxquels il s’associe ici, à savoir les disciples de Jean-Baptiste, savent de quoi ils parlent : « Nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage » (Jn 3, 11). Pendant que les juifs parlent de ce qu’ils pensent, Jésus témoigne de ce qu’il a vu auprès de Dieu, à l’instar de Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 32) et de ses apôtres, comme on le voit dans les Actes des Apôtres : « Quant à nous, il nous impossible de nous taire sur ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4, 20). Puis Jésus reprend le prénom personnel « je », car il est le seul vrai Révélateur de Dieu : « Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? » (Jn 3, 12). Pour l’heure, Jésus parle en effet des choses de la terre :  l’action de l’Esprit Saint dans l’homme, la vie de Dieu dans l’homme, et aussi le mystère même de son Incarnation : « Celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme » (Jn 3, 13). Plus tard, il parlera des choses du ciel, c’est-à-dire de Dieu en lui-même, de la Sainte Trinité, de sa filiation divine, de la procession de l’Esprit Saint, de la vie éternelle… L’Esprit Saint nous fait déjà entrer dans le Royaume des Cieux, c’est-à-dire dans la vie de Dieu, dans la communion avec la Sainte Trinité, et il nous conduit selon ses desseins, qui échappent aux prévisions des hommes.

Mais il y a un autre fruit de l’Esprit Saint dans la vie des baptisés-confirmés : c’est la communion fraternelle. Dans une lettre de saint Fulgence de Ruspe (V°-VI° s), que nous avons ce matin dans l’Office des lectures, on peut lire : « Nous demandons à juste titre que cela (l’unité du corps) se réalise en nous par le don du Saint-Esprit ; celui-ci est l’unique Esprit du Père et du Fils, car la sainte Trinité est, par nature, unité, égalité et amour ; elle est un seul Dieu vrai et unique. Cette sainte Trinité, donc, sanctifie ceux qu’elle adopte en leur communiquant son unanimité » (Lettre à Monime). La communion, l’unité dans l’Eglise, est le fruit par excellence de l’Esprit Saint reçu au baptême et à la confirmation, comme nous le constatons dans le récit des Actes des Apôtres : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun » (Ac 4, 32). Le signe par excellence de l’Esprit reçu, c’est la charité fraternelle : « Voyez comme ils s’aiment », disaient les romains en voyant les premiers chrétiens. Il nous faut retrouver cette unité qui doit primer sur l’amour que nous devons au monde ! C’est le seul signe qui rendra notre témoignage crédible.

On voit aussi dans cette description de la première communauté chrétienne que si la charité fraternelle est le lien de l’unité, celle-ci dépend aussi du ministère des Apôtres qui exercent une autorité structurante de la communauté : les frères apportaient leurs biens « aux pieds des apôtres » (Ac 4, 35. 37), comme il est dit ici à deux reprises. Leur ministère au service de la communauté est aussi un fruit de l’Esprit Saint.