L'unité du presbyterium

L'unité du presbyterium

Editorial de Mgr Marc Aillet, revue diocésaine "Notre Eglise" d'avril 2021

La veille de sa Passion, alors qu’il allait donner sa vie pour le Salut du genre humain, Jésus avait exprimé, dans sa grande prière sacerdotale, son désir dévorant d’Unité : « Que tous soient un … Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17, 21. 23). La prière pour l’unité est dans l’Eglise le ressort de l’engagement œcuménique. Notre préoccupation de l’unité des chrétiens, pour légitime qu’elle soit, ne doit pas nous faire oublier pour autant l’urgence qu’il y a à travailler à l’unité au sein de notre Eglise. Nous nous accommodons trop facilement de nos divisions, qu’elles soient psychologiques, affectives ou idéologiques.

Et l’unité de l’Eglise passe d’abord par l’unité du presbyterium. La communion des prêtres avec l’évêque et les autres prêtres est la condition sine qua non de l’unité de toute la communauté ecclésiale. Nous ne sommes peut-être pas assez conscients des ravages que l’absence de communion à l’intérieur d’un presbyterium peut entraîner pour l’unité de la communauté ecclésiale tout entière, comme pour la fécondité de sa mission apostolique : « Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21).

L’unité du presbyterium est un grand défi qui exige, et une vision théologique claire, et un engagement concret à la charité fraternelle et à l’obéissance. Comme l’écrit saint Thomas d’Aquin : « L’unité de l’Eglise est envisagée de deux manières : dans la connexion ou la communication réciproque des membres entre eux ; et en outre, dans l’ordre de tous les membres de l’Eglise à une tête unique, selon saint Paul : ‘’Bouffi d’un vain orgueil par son intelligence charnelle, il ne s’attache pas à la Tête, d’où le corps tout entier, par les ligaments et les jointures, tire nourriture et cohésion pour réaliser sa croissance en Dieu’’ (Col 2, 19). » (II-II q. 39, a. 1).

La Tête unique du Corps de l’Eglise, c’est le Christ, représenté ici-bas par le Pape et les évêques en communion avec lui. Dans une Eglise particulière, c’est l’évêque qui est la Tête, avec qui chaque prêtre a promis de vivre en communion dans le respect et l’obéissance. C’est ce que l’on appelle la « communion hiérarchique », c’est-à-dire la communion à l’intérieur de la hiérarchie, qui manifeste l’unicité du Christ-Tête. Nous ne sommes pas en communion avec le Pape ou l’évêque pour des raisons d’affinité, de sympathie ou d’opinion, mais en raison de leur configuration ontologique et sacramentelle au Christ Tête et de la mission qui leur a été confiée par le Seigneur. Ce qui n’empêche certes pas le dialogue et des relations fondées sur la charité fraternelle.

Alors qu’il était conduit à Rome où il avait hâte de subir le martyre, Saint Ignace d’Antioche (II° s.) a des paroles émouvantes dans les lettres qu’il adressait aux Eglises, et que nous lisons dans l’Office des lectures du Bréviaire : « Aussi convient-il que vous viviez en accord avec la pensée de votre évêque… Votre presbyterium est d’accord avec l’évêque comme les cordes avec la cithare », écrit-il aux Ephésiens ; et aux Magnésiens : « Il faut être soumis à l’évêque comme à la grâce de Dieu et au presbyterium comme à la loi de Jésus-Christ ». Si l’évêque n’est pas en communion affective et effective avec le Pape, comment pourra-t-il obtenir que les prêtres soient en communion avec lui ? Et si les prêtres ne sont pas en communion avec l’évêque, comment pourront-ils exiger que les fidèles soient en communion avec leurs pasteurs ?

La fécondité de notre presbyterium passera par cette recherche constante d’unité. Ce qui suppose de faire mémoire des engagements publics de notre ordination et de vivre concrètement comme des frères qui se supportent les uns les autres, qui se pardonnent mutuellement s’ils ont des reproches à se faire (cf. Col 3, 13), et qui rejettent « amertume, irritation, éclats de voix ou insultes » (1 P 4, 31). J’invite tous les fidèles à prier pour le presbyterium diocésain et à œuvrer pour favoriser son unité. Quand le presbyterium est uni, alors l’apostolat est fécond et les vocations sacerdotales renaissent.