Adultes dans la foi

Adultes dans la foi

Éditorial de Mgr Marc Aillet paru dans la revue diocésaine "Notre Église" de juin 2021

J’ai souvent exprimé dans ces lignes mon souci de la relève sacerdotale. En ce sens, nous rendons grâce pour les trois diacres qui ont été ordonnés, le jour de l’Ascension, et pour les deux nouveaux prêtres que j’ordonnerai le 26 juin prochain ainsi que pour le nouveau diacre, issu du Séminaire Redemptoris Mater, que j’ordonnerai le 3 juillet. Nous ne relâchons pas pour autant notre prière pour les vocations, afin que le Séminaire des Saints Cœurs de Jésus et de Marie connaisse un nouvel élan.

De même, la nouvelle évangélisation reste pleinement d’actualité, en direction de ceux qui se sont éloignés ou qui se tiennent loin de l’Eglise et de l’Evangile. J’ai insisté, dans le numéro précédent de la revue diocésaine, sur l’annonce du Kérygme pour favoriser la rencontre avec le Christ, qui est à l’origine même du fait d’être chrétien. En ce sens, l’« Observatoire de la Mission », récemment renouvelé, vous sensibilisera prochainement en vue du Congrès Mission qui se tiendra pour notre région à Toulouse, les 1er, 2 et 3 octobre prochain. Il s’agit d’une grande vitrine des initiatives missionnaires qui sont portées en France par des communautés ou des paroisses et qui pourraient stimuler l’élan missionnaire de nos communautés.

Il m’apparaît aujourd’hui aussi urgent de s’atteler sérieusement à la formation de chrétiens adultes dans la foi. Ne devons-nous pas admettre que nous avons parfois réduit la place des fidèles laïcs dans nos communautés à des fonctions, voire à l’exercice d’un certain pouvoir, au risque de susciter des tensions, des revendications, et même une concurrence entre laïcs engagés ou entre prêtres et laïcs. Il faut redonner aux fidèles laïcs leur vraie dignité. Le baptême les fait participer au Sacerdoce du Christ, ce qui signifie, dans la ligne ascendante, l’offrande de leur personne « en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu », qui s‘accomplit dans la participation à l’Eucharistie, sommet et source de la vie chrétienne : « c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte », écrit saint Paul (Rm 12, 1) ; et dans la ligne descendante, le don de la Parole aux hommes et le témoignage d’une vie sainte, qui passe par la charité fraternelle jusqu’à l’amour des ennemis et l’animation chrétienne des réalités temporelles à la lumière de la foi et de l’enseignement de l’Eglise.

Dans sa prière sacerdotale, Jésus montre que c’est par la médiation du sacerdoce ministériel des prêtres que les fidèles peuvent exercer leur sacerdoce commun : après avoir prié le Père de consacrer ses apôtres dans le mouvement de sa propre consécration, qui s’accomplit dans l’offrande de son Sacrifice – « Pour eux, je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la Vérité » (Jn 17, 19) –, il précise la mission sacerdotale de ses apôtres : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi » (Jn 17, 20). Et le fruit attendu de l’œuvre sacerdotale du Christ total, Tête et Corps, c’est la perfection de l’unité, signe de crédibilité par excellence de la mission de l’Eglise dans le monde – « Qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité, et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé » (Jn 17, 22-23), et ultimement la Vie éternelle – « Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, afin qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée » (Jn 17, 24).

Il va sans dire que la vie adulte dans la foi s’enracine dans la fidélité à l’enseignement des apôtres, la fréquentation de la Parole et des sacrements, une vie intense de prière et une expérience authentique de la communauté chrétienne. En outre, la foi, comme confiance inébranlable en Dieu qui nous aime et nous en donne maintes preuves concrètes, grandit à travers la connaissance de celui qui s’est manifesté à nous en Jésus-Christ. En nous confrontant intellectuellement à l’objet de la foi, qui est le Dieu vivant, alors c’est Dieu lui-même qui prend possession de notre intelligence pour s’attirer à lui toute notre personne.

Si le diocèse offre des formations diverses – formation permanente, parcours proposés par les services diocésains, comme celui de la Catéchèse, ATPA –, chaque paroisse devrait être capable de mettre en œuvre une catéchèse adaptée, non seulement aux enfants et aux jeunes, mais aussi aux adultes qui sont bien souvent très ignorants de leur foi et très démunis pour « rendre compte de l’espérance qui est en eux devant tous ceux qui leur en demandent raison » (1 P 3, 15). Trop de chrétiens n’ont pas d’autres critères que ceux du monde, diffusés à grand renfort de moyens médiatiques, pour aborder les questions agitées par la société, et exercer leur discernement.

L’institution par le Pape François du ministère de Catéchiste, par le motu proprio du 10 mai 2021, « Antiquum ministerium », sera un bon stimulant pour former des chrétiens adultes dans la foi. La transmission de la foi au sein de nos communautés et l’annonce de l’Evangile au monde sont à ce prix.