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Le secret de la confession en question

Le secret de la confession en question

Cet article de M. l'abbé Philippe Beitia, publié dans la revue diocésaine "Notre Eglise" n° 106 de septembre 2019, rappelle l'importance et le caractère absolu du secret de la confession au sein de l'Eglise catholique

Pour nous faire comprendre ce qu’est le péché et la réconciliation avec Dieu – et donc le sacrement de pénitence – Jésus raconte la parabole du fils prodigue.

Ce jeune homme fait sa crise d’adolescence. Il veut vivre sa vie. Il demande sa part d’héritage et veut quitter sa famille sans se demander d’ailleurs si son départ va faire de la peine et si la demande de sa part d’héritage ne va pas altérer la situation économique des siens. Encore, si, suite à cela, il s’était établi, s’il avait monté quelque entreprise ou obtenu une situation valorisante et bien rémunérée, cela aurait été à son crédit. Il aurait manifesté son indépendance mais aurait fait ses preuves. Et les siens auraient oublié leur ressentiment pour laisser place à de la fierté. Mais non ! Le voilà transformé en noceur, fréquentant prostituées et parasites. Et, ce qui devait arriver arriva, il termine complétement « plumé » comme on dit vulgairement et abandonné. Sa déchéance ne s’arrête pas là : lui, ce jeune juif, en est réduit à garder des cochons – animaux impurs selon la loi de Moïse qui font de lui un impur aux yeux de la religion juive – et, faute de mieux, à manger la même nourriture que ces animaux. Il ne semble pas avoir changé moralement depuis son départ. Est-il rentré en lui-même ? A-t-il pris conscience du mal qu’il a fait aux siens et, de sa mauvaise conduite, de sa déchéance ? Que nenni ! C’est un réflexe purement alimentaire qui le motive à retourner chez lui : le fait de savoir que le plus modeste des ouvriers de son père a du pain à manger. Il va jouer la comédie et habiller son attitude de beaux sentiments pour parvenir à ses fins…et apaiser sa faim. L’évangile note que son Père regarde au loin. Quand le fils arrive, sûrement en haillons à la maison, la joie du père éclate. Il le rétablit dans sa dignité de fils en le revêtant d’un beau vêtement et en lui mettant au doigt un anneau. Son retour est marqué par un repas de fête.

Certes, le pécheur s’est éloigné de Dieu, il peut même l’avoir quitté. Le péché blesse le cœur de Dieu. Il blesse aussi l’Eglise. Il fait entrer du désordre, voire parfois une grave dégradation dans la vie. Mais Dieu est un père qui regarde au loin. Son amour ne quitte pas le pécheur même dans le désordre de sa vie. Il attend son retour. La grâce a mille ruses pour le faire revenir à l’amitié avec Dieu et à la vie divine. Certes, le regret, la contrition peut être maximale : On réalise la gravité du péché, la blessure que l’on a infligée au prochain, à l’Eglise et à Dieu et regretter par amour de Dieu – c’est la contrition parfaite -. Mais le Seigneur se contente aussi d’un regret moindre – la honte de ce que l’on a fait, la peur de l’enfer etc. –On est un peu comme le prodigue qui ne revient que parce qu’il a faim : c’est la contrition imparfaite. Mais, Dieu se réjouit lorsque l’on revient à lui.

Le secret du fors interne – notamment pour le sacrement de pénitence où il est absolu - est reconnu par la loi civile au titre de secret professionnel. Pour les prêtres catholiques, peu importe que ce qu’ils ont appris l’ait été en confession ou non dès lors que cette confidence leur a été faite en qualité de prêtre. 

Ce secret du sacrement de pénitence est au service du retour à Dieu et du développement de la vie chrétienne par une conversion, ce qui est le but de ce sacrement. Il ne peut être un moyen pour que le pénitent se dédouane d’actes graves qu’il a pu commettre. L’Eglise fait d’ailleurs obligation au confesseur, dans les cas de péchés très graves, de demander au pénitent de réparer fut-ce en se dénonçant à la justice pour certains délits. Il peut même refuser l’absolution si ce dernier n’y est pas disposé.

On sait que rechercher indûment à connaître la vie intime de quelqu’un relève d’un voyeurisme malsain. Un groupe où le responsable tiendrait entre ses mains la direction du groupe, celle de ses finances et celle des consciences en obligeant les membres à s’ouvrir à lui de leur vie intime et où il n’y aurait pas de contrepouvoir est une secte. Une société qui exigerait et ferait en sorte de connaître tout de la vie de ses membres serait dictatoriale : elle pourrait ainsi faire pression sur eux, les manipuler, les marginaliser et, en définitive, les aliéner.

L ’éminent juriste qu’était Émile Garçon, notait que "le bon fonctionnement de la société veut que le malade trouve un médecin, le catholique un confesseur ; mais ni le médecin, ni l’avocat, ni le prêtre ne pourraient accomplir leur mission, si les confidences qui leur sont faites n’étaient assurées d’un secret inviolable. Il importe donc à l’ordre social que ces confidents nécessaires soient astreints à la discrétion et que le silence leur soit imposé sans condition ni réserve, car personne n’oserait plus s’adresser à eux si on pouvait craindre la divulgation du secret confié".

Si l’Eglise demande un secret absolu au prêtre pour ce qui concerne ce qui lui a été dit dans le sacrement de réconciliation, c’est tout d’abord parce qu’en s’adressant au prêtre, c’est au Christ que le pénitent s’adresse pour en recevoir lumière, pardon et miséricorde.

Ce secret maintient et cultive la confiance. En s’adressant au prêtre, en lui présentant ses travers, ses fragilités, ses tendances, ses vices, ses difficultés, voire des actes graves le pénitent peut avoir confiance car il sait que cela restera entre lui et le ministre du Seigneur.

Ce dialogue confiant rend possible un cheminement. L’homme ne peut pas être identifié éternellement avec le mal qu’il a commis, fut-il grave. S’il le lui faut réparer, il est capable de se convertir, de se transformer radicalement avec l’aide de la grâce accordée, notamment lors d’un accompagnement spirituel. Le secret du sacrement de pénitence permet cet accueil et cette transformation. Le philosophe Bergson note qu’un homme peut être tout différent même après avoir commis des actes graves suite à une prise de conscience et un désir de vivre une vie meilleure. Et cela s’est réalisé bien des fois.

   Abbé Philippe Beitia, "Notre Eglise" n° 106, Septembre 2019.

 

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