Une Église à relever et à purifier

Une Église à relever et à purifier

Éditorial de Monseigneur Marc Aillet (revue diocésaine "Notre Église" n° 131 de décembre 2021)

L’Assemblée plénière des évêques à Lourdes s’est déroulée dans un contexte rendu particulièrement tendu par la publication, quelques semaines plus tôt, du Rapport de la CIASE. Faut-il préciser que les évêques entamaient leurs travaux, un jour à l’avance, avec un sentiment d’écrasement. En tant que « responsables institutionnels » de l’Eglise, ils étaient légitimement sous le feu des critiques, devant l’ampleur révélée de ces scandales au sein de l’Eglise, même si la majorité des affaires remonte aux années 1950-1980. Comme cela était prévisible, nos travaux furent occupés principalement, sinon exclusivement, à la réception du Rapport de la CIASE et de ses recommandations. Ce fut laborieux mais fécond. Et je puis dire qu’au terme de cette semaine d’assemblée, nous avions tous le sentiment d’avoir parcouru un vrai chemin spirituel, qui nous amena à des déplacements et à voter des décisions à une rare unanimité. Notre communion fraternelle en ressortait renforcée.

Plusieurs événements nous ont permis de parcourir ce chemin. Sans doute que nos échanges entre évêques ont été particulièrement denses et vrais, dans un contexte spirituel où nous nous mettions résolument à l’écoute de l’Esprit Saint, alors que certains d’entre nous soulignaient la pression d’un kairos, c’est-à-dire d’un temps où Dieu nous donnait rendez-vous pour répondre aux attentes trop souvent déçues des victimes d’abus. Mais il y eut aussi l’écoute de victimes, dès le premier soir, alors que nous étions réunis dans l’hémicyclique, qui ont pu nous dire leur souffrance de ne pas avoir été assez entendues, avec cette formule qui m’a touché : « Nous sommes parmi les plus pauvres, car nous avons été appauvris au sein même de l’Eglise, par des hommes ou des femmes d’Eglise, prêtres, religieux ou religieuses, laïcs ». Le temps mémoriel et le rite pénitentiel, vécus le samedi matin avec les victimes et les fidèles venus nous rejoindre, ont été particulièrement chargés d’émotion et d’intensité spirituelle.

Pour notre dernière séquence consacrée à l’écologie intégrale, sur le thème : « Clameur de la terre, clameur des pauvres », nous avons accueilli des personnes en situation de précarité, accompagnées par leurs associations. Nous avons pu ainsi nous mettre fraternellement à l’écoute des plus pauvres, tant ils ont quelque chose à nous dire de la part du Seigneur. Enfin, il y a eu cette belle expérience de « synodalité », bien venue à l’heure de la démarche synodale initiée dans nos diocèses. Nous avons en effet invité, pour vingt-quatre heures, 130 fidèles – prêtres, diacres, consacrés, laïcs, dont 26 jeunes – pour échanger sur le Rapport Sauvé et ses recommandations. Evêques, nous avons pu vivre une expérience très forte de fraternité avec les autres membres du Peuple de Dieu, sans crainte d’exprimer aussi notre vulnérabilité et notre désir d’être mieux accompagnés dans notre charge.

Il me plait de conclure avec cette prière adressée au Seigneur par le futur Benoît XVI, lors du chemin de croix mémorable du Colisée, le vendredi Saint 2005 : « Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient. Mais c’est nous-mêmes qui les salissons ! C’est nous-mêmes qui te trahissons chaque fois, après toutes nos belles paroles et nos beaux gestes. Prends pitié de ton Église ». Parce que l’Eglise est un Corps et que nous sommes les membres les uns des autres, l’Eglise se relèvera et sera purifiée, non pas d’abord par des réformes de structures, qui ne sont pas superflues pour autant, mais par le nouvel élan de sainteté qui traversera l’ensemble du Peuple de Dieu. Une victime que j’accompagne a été inspirée d’adresser aux prêtres ces paroles qu’elle ose mettre sur les lèvres de la Vierge Marie : « Je veux que vos larmes se mêlent aux miennes. Je désirerais, mes chers fils, que vous ressentiez la douleur qui a été la mienne au pied de la croix. C’est dans ce baptême de sang et de larmes que je vous relèverai, que je vous accompagnerai pour reconstruire une Eglise purifiée, lavée de ses innombrables fautes. Ce temps est nécessaire et dur. Mais il est aussi un temps de grâce. Ayez confiance, je suis à vos côtés, je vous aiderai à vous relever ». Que ce temps de l’Avent soit pour nous tous un temps de conversion et nous donne d’entrer dans l’Espérance !