Retour sur la clôture de l'année jubilaire des 150 ans de l'église Saint-Martin

Retour sur la clôture de l'année jubilaire des 150 ans de l'église Saint-Martin

Retour sur la messe de clôture de l'année jubilaire du 150ème anniversaire de la construction et de la consécration de l'église Saint-Martin de Pau

C'est dimanche 14 novembre, soit quelques jours après la fête de saint Martin (le 11 novembre) et le jour même de la "Journée mondiale des pauvres" instituée par le Pape François, que cette messe, présidée par Mgr Marc Aillet, a été célébrée.

 

Le mot d'accueil de M. l'Abbé Jean-Jacques Dufau, curé de la paroisse du Christ-Sauveur:

Chers Messeigneurs, chers amis prêtres, chers paroissiens,

Au nom des prêtres de la paroisse du Christ-Sauveur et de son Conseil pastoral, je suis très heureux de vous accueillir pour la clôture de l’année jubilaire du 150ème anniversaire de la construction et de la consécration de l’église Saint-Martin de Tours, église officielle de notre ville. Grâce aux reliques prêtées par Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours, Saint Martin est avec nous. Depuis le ciel de Dieu, durant cette année jubilaire, il nous a fait découvrir de nouveaux visages et chemins d’Evangile grâce aux conférences, témoignages, pèlerinage, heures de prières par les personnes angoissées et attristées par la pandémie et bien sûr les trois magnifiques concerts de clôture avec le « Te Deum » composé par Eric Saint Marc, organiste de St Martin, de St Jacques et de St Joseph et qui accompagne ce matin nos chorales et notre assemblée.

Avec nos actes de charité dominicaux en faveur du Secours Catholique et de l’aumônerie des prions, nous avons un peu partagé notre manteau.  Nous clôturons cette année jubilaire, en ce dimanche de « Journée Mondiale des Pauvres » souhaitée par le Pape François.  À la porte d’Amiens, Martin partage son manteau d’un coup d’épée et en revêt un pauvre presque nu. La nuit suivante, il voit en songe le Christ vêtu de ce manteau. Le Christ est le pauvre. Le pauvre est le Christ. Pas étonnant alors que cet homme dont plus d’un millénaire et demi nous séparent nous rappelle cette question posée au Christ : « Qui est mon prochain ? »

Cette semaine et aujourd’hui à Lourdes, l’Eglise écoute la clameur des pauvres, s’engage avec les pauvres, rencontre les victimes des abus sexuels et décide de se faire pauvre.

Evêques, prêtres, diacres séminaristes que nous accueillons durant ce week-end, paroissiens et amis entrons dans cette eucharistie, suivons ensemble le chemin du Seigneur, lui qui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu » (Ph 2, 6). Jésus, le Fils se fait pauvre et grâce à lui et avec lui nous découvrons le Visage plein de Miséricorde de Dieu notre Père.

 

Homélie de Monseigneur Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron:

Merci, Monsieur le Curé, cher Jean-Jacques, pour votre accueil. Quelle joie de présider aujourd’hui la messe de clôture de l’année jubilaire des 150 ans de la consécration de l’Eglise saint Martin de Pau. Année, sub signo Martini – sous le signe du bienheureux évêque Martin, qui fut riche en événements et en émotions, malgré les confinements successifs qui ont pu empêcher quelques rassemblements, et qui a suscité de belles initiatives, en particulier en direction des plus pauvres, tant saint Martin est par excellence l’apôtre de la charité. Je suis heureux de saluer fraternellement Mgr Pierre Molères, mon prédécesseur, ainsi que les prêtres qui sont liés à cette église saint Martin, par leur ministère passé ou actuel.

Il est providentiel que cette messe de clôture ait lieu, à quelques jours de la fête de saint Martin, le 11 novembre, en cette « journée mondiale des pauvres » instituée par le Pape François. Dans le message qu’il a adressé pour cette journée, il rappelle que Jésus est « le pauvre parmi les pauvres », lui qui s’est totalement identifié à eux : aussi sommes-nous évangélisés par les pauvres. C’est pourquoi le Saint-Père nous invite à donner aux pauvres une place centrale dans l’Eglise, tant ils sont les premiers bénéficiaires de l’Evangélisation, comme Jésus l’affirme en reprenant l’oracle messianique du prophète Isaïe que nous avons entendu dans la première lecture (cf. Is 61, 1s) : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré par l’onction et il m’a envoyé annoncer l’Evangile aux pauvres ».

Vous savez que la dernière Assemblée plénière des évêques de France, qui s’est tenue à Lourdes du 2 au 8 novembre, a été l’occasion de mettre doublement les plus pauvres au cœur de nos travaux et de nos préoccupations pastorales. Nous avons d’abord reçu pendant un jour et demi des personnes en situation de précarité, accompagnées par des associations caritatives, à l’occasion de notre dernière séquence de travail sur l’écologie intégrale : « Clameur de la terre, clameur des pauvres ». Nous les avons écoutés et avons partagé avec eux des temps de réflexion, de prière et d’authentique fraternité. Puis nous avons reçu des victimes d’abus sexuel dans l’Eglise, qui ont été au cœur de nos travaux et qui sont sans doute les plus pauvres parmi les pauvres, précisément par ce qu’elles ont été brisées dans leur corps et dans leur âme, dépouillées de leur dignité au sein de l’Eglise et par des hommes et des femmes d’Eglise, prêtres, religieux ou religieuses, laïcs. Dans ce sens, cette assemblée plénière n’a pas été la conclusion d’un processus, mais bien le commencement d’un chemin à parcourir avec toute l’Eglise, qui est non pas d’abord une Institution, mais un Corps dont nous sommes les membres les uns des autres, le Corps du Christ qui s’est identifié aux membres les plus blessés et les plus souffrants.

L’exemple du Bienheureux évêque saint Martin que nous célébrons aujourd’hui éclaire bien le chemin que nous avons à parcourir, à travers sa charité, et je dirais sa triple charité.

La première charité de saint Martin est celle de celui qui n’est encore que catéchumène. Martin, né en Pannonie, l’actuelle Hongrie, d’un père païen, centurion romain, qui voua sans doute son fils à Mars, le Dieu de la guerre, d’où le nom de Martin. Celui-ci se rapprocha d’une communauté chrétienne qui se rassemblait encore clandestinement et dont il était émerveillé par la joie qui les animait lorsqu’ils louaient le Seigneur et par la charité fraternelle qui régnait entre eux. C’est là le signe par excellence que Jésus attendait de ses disciples quand il leur disait, au soir de la dernière Cène : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres, que tous vous reconnaitront pour mes disciples » (Jn 13, 35). « Voyez comme ils s’aiment », disaient les romains des premiers chrétiens de Rome. Inquiet de voir son petit Martin se rapprocher des chrétiens pour demander le baptême, son père le fit enrôler dans la Légion romaine et consentit au sacrifice de le voir s’éloigner du foyer familial. Et nous le retrouvons à Amiens, au nord de la Gaule, freiné dans son désir du baptême mais vivant déjà au diapason de l’Evangile sans le connaître. Comme les élus de la Parabole du Jugement dernier que nous venons d’entendre (cf. Mt 25), il acquiesce aux inspirations secrètes de la grâce dont il ne connaît pas l’auteur et, devenant la risée de ses camarades légionnaires dont les mœurs n’étaient pas des plus tendres, à la vue de ce mendiant nu, grelottant de froid en cet hiver où il gèle à pierre fendre, il partage son manteau de légionnaire pour l’en revêtir. On sait que la moitié de la chlamyde du légionnaire appartenait à la Légion, pour qu’il ne se l’approprie pas, et la moitié était sa propriété, pour qu’il en prenne soin : c’est ainsi que Martin donna au pauvre tout ce qui lui appartenait. Il n’attendra pas, quant à lui, le jugement dernier pour découvrir, émerveillé, celui qui s’était fait le mendiant discret de son amour à travers le pauvre d’Amiens, puisque la nuit suivante, Jésus lui apparut en songe, revêtu de son manteau, et prenant à témoin la cour céleste, il déclara : « Voyez : Martin, encore catéchumène, m’a revêtu de son manteau ». Ce sera la grande surprise, au jugement dernier, de tous ceux qui, sans faute de leur part, n’auront pas connu Jésus, mais auront acquiescé aux injonctions secrètes de la grâce, à preuve les œuvres de miséricorde qu’ils auront accomplies : « Car j’avais faim et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais nu et vous m’avez vêtu… Quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim, soif, être nu, et te sommes-nous venus en aide ? Chaque fois que vous l’avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». Après cette première rencontre avec Jésus, Martin n’aura de cesse d’être baptisé, de demander son congé de l’armée, non pour créer une ONG caritative, mais pour rejoindre Hilaire, le grand évêque de Poitiers, l’un des rares en Gaule à résister à l’arianisme, ce qui lui vaudra de souffrir un temps d’exil, et se mettre à son école, pour approfondir sa relation avec le Christ. Il se retirera dans l’ermitage de Ligugé, au sud de Poitiers, où il se consacrera à la contemplation, la prière et la pénitence. Les pauvres et les malades ne le laisseront pas en repos et viendront à lui de toutes parts, le pressant de déployer en leur faveur ses charismes de thaumaturge.

La deuxième charité de saint Martin, c’est sa charité eucharistique et sacerdotale. Par un subterfuge et sous prétexte de l’emmener auprès d’un malade, il se retrouvera à son insu au cœur de la cathédrale saint Gatien de Tours, au milieu d’une foule d’évêques, de clercs et de fidèles qui l’acclameront comme leur évêque, la fameuse vox populi ! Un jour, alors que, dans la sacristie de la cathédrale, il se préparait à célébrer les saints mystères, plongé dans la méditation, un pauvre fit irruption dans la pièce, nu et grelottant de froid. Il fit signe à l’archidiacre de vêtir le pauvre. Quelque temps plus tard, le mendiant revint, attendant toujours quelque secours ; Martin se dépouilla de la belle tunique qu’il portait sous sa chasuble et l’en revêtit. L’archidiacre revint bougonnant, pressant Martin de se rendre à l’autel pour y célébrer la Messe, mais celui-ci lui rétorqua : « Pas avant que tu n’aies vêtu le pauvre ». L’archidiacre courut à l’échoppe la plus proche, y acheta un vêtement grossier en toile de jute, et le jeta aux pieds de Martin en disant : « Voilà le vêtement, mais le pauvre n’est plus là ! ». Martin lui dit : « Attends-moi un peu », et il se vêtit de ce vêtement grossier, sous sa chasuble. Au moment de la consécration eucharistique, au dire des servants, dont le témoignage fut recueilli par Sulpice-Sévère, son biographe et contemporain, un globe de feu, symbolisant la charité brûlante de Martin, apparut au-dessus de sa tête. Cette scène a été immortalisée par le peintre français Lesueur dans un tableau conservé au Musée du Louvre. Cette fois-ci, la charité envers les pauvres découle de la contemplation du Christ. Comme l’écrit le Pape François, dans son exhortation apostolique Gaudete et exsultate, sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, en citant saint Jean Paul II dans sa lettre apostolique Au début du nouveau millénaire : « Si nous sommes vraiment repartis de la contemplation du Christ, nous devons savoir le découvrir surtout dans le visage de ceux auxquels il a voulu s’identifier ». C’était l’insistance de sainte Mère Teresa, imposant à ses Missionnaires de la charité une heure d’adoration eucharistique, le matin avant d’« aller aux pauvres », comme disait saint Vincent de Paul, en leur disant : « Si vous voulez reconnaître et servir le Christ sous les apparences du pauvre, il vous faut d’abord le reconnaître et l’adorer sous les apparences du pain consacré ». Dis-moi comment tu reconnais le Christ dans les pauvres et je te dirai comment tu le reconnais dans le pain consacré à la messe et dans l’adoration, et comment tu communies de manière fructueuse à son corps et à son sang.

La troisième charité de saint Martin, enfin, c’est sa charité pastorale, celle qui est au service de l’unité. Devenu évêque, il se retirera à Marmoutier, dans une anse de la Loire, où il vivra avec ses disciples dans la prière, la charité fraternelle, les préparant à l’apostolat. Était-ce un monastère, tant on dit que Martin fut l’initiateur du monachisme en Gaule, ou bien plutôt ce qu’on appellerait aujourd’hui une école d’évangélisation ou de formation de disciples-missionnaires ? Toujours est-il qu’il envoya ces moines-missionnaires, deux par deux, fonder les paroisses rurales. On sait que saint Martin participa activement à l’évangélisation des campagnes gauloises, lui que l’on appelle l’Apôtre des Gaules, qu’il arpenta de long en large, comme en témoigne la floraison de paroisses et de communes qui portent le nom de Saint-Martin. Un jour, alors que ses forces physiques venaient à décliner, il apprit que ses frères, qu’il avait envoyés fonder la paroisse de Candes, au confluent de la Vienne et de la Loire, étaient divisés. Malgré son âge et sa grande fatigue, il reprit son bâton de pèlerin et se rendit à Candes pour y remettre la paix et la réconciliation. Epuisé, il ne put toutefois repartir pour Marmoutier et se couchant, au grand dam de ses disciples tout attristés, il prononça ces paroles de saint Paul : « Si je suis encore utile à mes frères, je ne refuse pas le travail, mais que ta Volonté soit faite ». C’est ainsi qu’il s’endormit dans la mort le 8 novembre 396. On remonta son corps par bateau sur la Loire jusqu’à sa ville de Tours, où il fut inhumé triomphalement le 11 novembre. Saint Martin nous enseigne combien l’unité du clergé est la condition sine qua non de la communion au sein de nos communautés paroissiales et du diocèse. Il nous invite à combattre le carriérisme, la jalousie, l’esprit de concurrence et de compétition qui nuisent gravement à la communion. En ce sens, la démarche synodale que nous avons inaugurée hier à l’Ensemble scolaire de l’Immaculée Conception, avec 200 fidèles, prêtres, diacres, consacrés et laïcs, dans un esprit de prière, de réflexion, de partage fraternel, nous aidera à dépasser l’esprit de clocher et le particularisme pour faire grandir une Eglise synodale, c’est-à-dire, la participation de tous à la construction de la Communion en vue du renouvellement de notre Mission d’annoncer à tous, de manière crédible, l’Evangile du Salut. Dans l’action de grâce pour cette riche année jubilaire, confions ce grand défi à la puissante intercession de saint Martin. Amen.

 

Légendes des photos: les reliques de Saint-Martin (1); Mot d'accueil de M l'Abbé Dufau (2) et message de bénédiction reçu du Pape François (3); Concélébration (4 et 5); Procession des reliques (6).