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Bonne fête de l'Épiphanie !

Bonne fête de l'Épiphanie !

Quel est le sens de la fête de l'Epiphanie que l'Eglise célèbre le 6 janvier ?

La fête de l’Epiphanie en Orient – tout comme celle de Noël en Occident – veut faire pièces aux fêtes païennes du solstice d’hiver, célébrées à Rome le 25 décembre et en Egypte le 6 janvier. En effet, le 6 janvier était consacré, en Egypte et en Arabie à rendre un hommage au soleil victorieux, à un moment de l’année où les jours rallongent. Il était accompagné d’évocations mythologiques provenant du fond des âges.

L’Eglise a christianisé bien des fêtes païennes. Ainsi de l’Epiphanie. Cette fête a connu à partir du IVe siècle une évolution complexe. Certaines Eglises y célébrait la naissance du Christ, l’adoration des bergers et des mages. D’autres rajoutaient le baptême du Seigneur. D’autres encore, les noces de Cana. On en a traces, à l’office, dans les antiennes du Cantique de Zacharie et du Cantique de Marie. Celle-ci proclame : Nous célébrons trois mystères en ce jour. Aujourd’hui l’étoile a conduit les mages vers la crèche ; aujourd’hui, l’eau fut changée en vin aux noces de Cana ; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain pour nous sauver. Celle-là évoque, en faisant une relecture de ces trois évènements, les noces du Christ avec l’Eglise, accomplie par l’Incarnation du Verbe : Aujourd’hui, l’Eglise est unie à son époux : le Christ au Jourdain, la purifie de ses fautes, les mages apportent leurs présents aux noces royales, l’eau est changée en vin pour la joie des convives. Ceux qui célèbrent les vêpres en langue latine ou basque retrouvent ces trois épisodes de la vie du Christ dans les hymnes Hostis Herodes ou Crudelis Herodes et dans Herodes beltza pour la liturgie en Euskara. La succession des fêtes le montre aussi – le 6 janvier, l’adoration des mages, le 13, jour octave, on lit l’évangile du Baptême du Seigneur et le IIe Dimanche après l’Epiphanie celui des noces de Cana dans la forme extraordinaire du rite romain, tandis que dans la forme ordinaire le 6 janvier ou le IIe  Dimanche après Noël selon les régions, on célèbre la venue des mages, le Dimanche suivant le baptême du Seigneur et le deuxième Dimanche du Temps ordinaire de l’année C, on lit le récit des noces de Cana.

Mais il faut reconnaître que, lorsque dans la seconde moitié du IVe siècle, Rome commença à fêter le 6 janvier, elle y transféra le souvenir de l’adoration des mages qui devint le thème central de son Epiphanie. Les textes de la semaine qui suit l’épiphanie s’en font encore l’écho.

La liturgie y voit la révélation du Fils unique aux nations païennes, grâce à l’étoile qui les guidait. Ce qui est symbolisé, dans nos crèches, par ces trois mages auxquels la tradition a donné les noms de Melchior, Gaspard et Balthasar qui sont respectivement blanc, jaune et noir et représentent les diverses races de la terre. On priera d’ailleurs lors de la semaine de l’Epiphanie, dans une visée missionnaire, pour que le Christ, proclamé aux nations, ouvre le cœur des hommes à la puissance de l’Esprit, pour que le Soleil qui brille pour toutes les nations accorde aux peuples de vivre en paix, pour que les nations et leurs chefs reconnaissent sa puissance, pour qu’il éclaire ceux qui gisent dans l’ombre de la mort. Nous souhaitons que ceux qui ne connaissent Dieu qu’à la seule lumière de la raison s’ouvrent à la lumière de l’Evangile, que ceux qui travaillent à libérer les hommes de leurs chaînes reconnaissent dans le Christ, chemin, vérité et vie, la source de leur liberté, pour les croyants de toutes religions, afin qu’ils parviennent à la lumière incomparable du Christ.

La fête de l’Epiphanie évoque l’aventure des mages. Ils n’ont eu pour cheminer que la lumière de l’étoile. Certes, elle leur a fait comprendre que le Messie attendu par les Juifs était né. Mais, la lumière de l’étoile, ce n’est ni la nuit totalement obscure, ni le soleil à son zénith. C’est une lumière suffisante pour marcher, selon les indications de la Parole de Dieu données par les scribes à ces étrangers, vers la maison où ils trouveront l’Enfant Jésus avec Marie sa Mère. La foi est rencontre et connaissance aimante du Christ déjà ici-bas. Et pleinement dans l’au-delà où nous nous réjouirons de sa présence dans la joie parfaite.

Les mages ont offert de l’or, de l’encens et de la myrrhe au Christ. Certes, l’Eglise a vu dans l’offrande de l’or un hommage au Grand Roi prophétisé par Malachie (1, 14), dans celle de l’encens l’adoration du vrai Dieu, dans la myrrhe l’annonce non seulement de la mort de Jésus mais aussi, du fait que son corps n’en sera pas oint, celle de sa résurrection. Mais la prière sur les offrandes note que l’Eglise n’offre plus ces présents. Une hymne dit au Seigneur, avec justesse : Que feras-tu de cet argent, de ces bijoux, de cet encens, nous les avons pris en pensant à nos manières. Regarde donc autour de toi dans les richesses qui sont là, les nations qui ne savent pas que tu les aimes. Et le désir du Christ, c’est que la puissance de son Evangile atteigne toutes les réalités humaines pour qu’elles lui soient offertes. Comme le dit de belle manière le jésuite Teilhard de Chardin. Il invite ainsi l’Eglise : Regarde la foule immense de ceux qui construisent et de ceux qui cherchent. Dans les laboratoires, dans les studios, dans les déserts, dans les usines, dans l’énorme creuset social, les vois-tu, tous ces hommes qui peinent ? Eh bien ! Tout ce qui fermente par eux, d’art, de science, de pensée, tout cela c’est pour toi. – Allons, ouvre tes bras, ton cœur, et accueille, comme ton Seigneur Jésus, le flot, l’inondation de la sève humaine. Reçois-la, cette sève car, sans son baptême, tu t’étioleras sans désir, comme une fleur sans eau ; et sauve-la, puisque, sans ton soleil, elle se dispersera follement en tiges stériles.

Abbé Philippe Beitia (source: revue diocésaine "Notre Eglise")

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