L'Église n'a pas besoin de réformateurs mais de saints

L'Église n'a pas besoin de réformateurs mais de saints

Éditorial de Mgr Marc Aillet tiré de la revue diocésaine "Notre Église" n° 133 de février 2022

La période que nous traversons est encore bien troublée par les restrictions sanitaires dues à la circulation du virus, dont le variant omicron semble, grâce à Dieu, moins pathogène. Il reste que cette situation a induit bien des peurs, des tensions et des divisions jusque dans nos familles et nos communautés, sans compter les malades et les décès… mais aussi les effets collatéraux en termes de précarité économique, de crise sociale, de fragilisation morale et psychologique, en particulier chez les jeunes. On enregistre même une augmentation du nombre de suicides chez les enfants et les jeunes… Espérons que les mois qui viennent nous apportent une vraie sortie de crise.

Lors de la traditionnelle journée des voeux au clergé, je suis revenu avec les prêtres sur la publication du rapport de la CIASE qui a causé un véritable tsunami dans l’Église. Le point fort de ce rapport demeure la place centrale donnée aux victimes, dont on a pris conscience progressivement depuis les années 1990 du grave préjudice qu’elles avaient subi, et qui avaient, sans doute à juste titre, le sentiment de ne pas être assez entendues et reconnues. Les évêques en ont pris acte en votant de fortes résolutions. Parmi celles-ci, la décision a été prise de créer une Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation (INIRR) chargée d’arbitrer et d’attribuer une sorte d’indemnisation aux victimes qui le demanderaient. C’est le fonds SELAM, créé par la Conférence des Évêques de France, qui permettra à cette Instance de remplir sa mission. Je rappelle que ce fonds peut être abondé par les dons volontaires des évêques, des prêtres et des fidèles qui souhaiteront s’associer à cette démarche de solidarité avec les victimes, mais aussi par les diocèses, à condition bien sûr de ne pas toucher aux dons courants des fidèles qui sont exclusivement affectés aux besoins de la mission : par exemple, le Denier de l’Église ne peut être employé que pour le traitement des prêtres et la rémunération des salariés de l’Association diocésaine.

Par ailleurs, conformément aux résolutions de la Conférence des évêques de France, j’ai nommé une Déléguée épiscopale à la protection des mineurs, en la personne de madame Annie Mazetier, déjà membre de la cellule d’écoute des victimes, mise en place en 2016. Sa mission aura trois axes : l’accompagnement des victimes et la coordination de la cellule d’écoute ; la prévention par la sensibilisation et la formation ; l’accompagnement des auteurs de ces abus. Elle travaillera en réseau avec d’autres délégués épiscopaux et suscitera des partenariats au sein du diocèse. En outre, j’ai signé un protocole de signalement avec le Procureur de la République de Bayonne, dans l’attente d’en signer un avec le Procureur de Pau.

Il reste que, en surfant sur certaines recommandations de la CIASE et en surinterprétant la dimension systémique des abus dans l’Église, certains lobbies en profitent pour remettre en cause la constitution hiérarchique de l’Église, voulue par le Seigneur, et l’identité même du prêtre, configuré au Christ Tête et Pasteur de l’Église. C’est la raison pour laquelle je veux redire aux prêtres, qui sont dans leur immense majorité de bons et fidèles serviteurs, ma confiance. En ces temps difficiles, où il leur faut parfois porter le poids de la honte devant le monde et où ils pourraient être entamés dans leur confiance en eux-mêmes et en l’Institution, je sais que les fidèles leur ont donné bien des témoignages d’amitié et d’encouragement. Comme le partageait un séminariste, qui avait été ébranlé par la révélation de l’ampleur de ces abus : « Ce qui me conforte, c’est que l’Église est sainte ». Oui, ne nous trompons pas de cible. Comme Jésus le confiait à sainte Catherine de Sienne : « Ce sont les ministres de mon Église qui seront réformés, et non pas mon Église, car la pureté de mon épouse ne peut être diminuée et détruite par les fautes de ses serviteurs ». Il nous faut donc porter un regard de foi sur l’Église, et non la réduire à une réalité sociopolitique. Il nous faut encore nous encourager mutuellement, prêtres et laïcs, dans l’échange fraternel des dons et l’écoute réciproque, à la recherche de la sainteté, car comme l’écrivait Bernanos : « L’Église n’a pas besoin de réformateurs mais de saints » ! Qu’en demandant le secours de l’Esprit Saint, notre démarche synodale nous y aide vraiment.