C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière

C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière

Monseigneur Marc Aillet - Éditorial de la revue diocésaine "Notre Église" d'avril 2022

À l’heure où j’écris ces lignes, nous traversons une période de grande incertitude : la campagne électorale, éclipsée longtemps par les restrictions sanitaires, est écrasée par la guerre Russo-Ukrainienne qui a éclaté il y a quelques semaines, avec son lot de tragédies. Les inquiétudes générées par de tels événements planétaires s’ajoutent aux signaux alarmants que l’on enregistre sur l’état socio-économique et psychologique de nos concitoyens après deux ans de gestion de la « crise sanitaire », où les rouages de la démocratie ont été abimés, la mauvaise santé des Français et la dégradation de notre système hospitalier exposées au grand jour, les libertés publiques endommagées, la dignité de la vie humaine encore plus menacée, la culture « woke », la « cancel culture » et le brouillage des repères d’humanité diffusés de manière accélérée…

Nous sommes plongés dans l’obscurité et l’on sent partout de la colère et du découragement. Mais c’est précisément « la nuit, qu’il est beau de croire à la lumière ». C’est l’espérance de Pâques : plongé, le vendredi saint, dans la nuit atroce de la souffrance, lui arrachant le cri de « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 21) en même temps que l’expression de son abandon confiant entre les mains de son Père, « Père, en tes mains, je remets mon esprit » (Ps 30), Jésus, le troisième jour, a surgi du tombeau, vivant, ressuscité, vainqueur du péché et de la mort !

C’est au cœur de notre histoire, blessée, défigurée par la souffrance et le péché, que Dieu a caché le trésor de sa lumière et de son amour. Lorsque la Vierge Immaculée apparaissait à Bernadette dans une grotte sale et obscure, une « tutte aux cochons », et qu’elle lui demandait d’aller boire à la source et de s’y laver, c’est sous la boue mêlée d’excréments d’animaux que Bernadette vit jaillir une source d’eau claire et immaculée qui coule encore à Massabielle ! Plutôt que de murmurer contre notre histoire, présentons-la avec confiance au Seigneur et, sûrs de sa Miséricorde, confessons-lui humblement nos péchés. Dieu qui sait tout, qui peut tout et qui nous aime fera jaillir à nouveau sa lumière et manifestera sa puissance d’amour dans notre vie et dans notre histoire.

C’est le sens profond de cette « consécration de l’humanité et spécialement de la Russie et de l’Ukraine au cœur immaculé de Marie » que le Pape a voulu faire solennellement, avec les évêques du monde entier, le 25 mars dernier, en la solennité de l’Annonciation du Seigneur. C’est un geste significatif qui nous renvoie à la demande insistante de Notre-Dame à Fatima et qui constitue ce que l’on appelle « le deuxième secret ». Alors que la Première Guerre mondiale mettait l’Europe à feu et à sang et que se préparait la Révolution bolchevique en Russie, la Vierge Marie annonçait une guerre « pire encore ». Pour éviter cette guerre annoncée, Marie demandait la « consécration de la Russie à son cœur immaculé et la communion réparatrice des premiers samedis du mois ». Néanmoins, la Vierge achevait cette deuxième partie du message par une note d’espérance : la Russie finira par être consacrée, elle se convertira, et l’humanité bénéficiera d’une période de paix. Tant le vénérable Pie XII que saint Paul VI et saint Jean Paul II ont déjà accompli cet acte de consécration. Pourtant, il semble que ce soit la première fois, à l’initiative du Pape François, que la Russie soit explicitement mentionnée et que tous les évêques du monde entier, comme le demandait la Vierge Marie, soient associés à cette démarche. Un tel acte de consécration au Cœur Immaculé de Marie, c’est-à-dire à Jésus par Marie, selon les intuitions de l’Ecole française de spiritualité, est lié à une démarche de réparation. Il est significatif en ce sens que le Pape François ait intégré cet acte solennel dans une liturgie pénitentielle.

Il dépend de nous, à travers le jeûne et la prière, dans un esprit de réparation, d’obtenir du Seigneur, par Marie, que l’humanité soit libérée des assauts du Prince de ce Monde et en particulier du fléau d’une guerre mondiale qui la menace gravement aujourd’hui.