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La radicalité de la foi

La radicalité de la foi

Éditorial de Monseigneur Marc Aillet, revue diocésaine "Notre Eglise" n° 137 de juin 2022

Le mois de juin, c’est le temps des ordinations sacerdotales, et nous rendons grâce pour les quatre nouveaux prêtres que le Seigneur donnera à notre diocèse, par le don de l’Esprit Saint et l’imposition de mes mains, le 25 juin prochain. Merci, Seigneur, pour ces jeunes qui ont choisi de servir l’Eglise dans un diocèse dont ils ne sont pas originaires mais qui, avec un esprit missionnaire, « ont fait don de leur vie pour le Nom de Notre Seigneur Jésus-Christ » (Ac 15, 26), en notre faveur.

Il reste que les vocations, disait un de mes prédécesseurs, « c’est le bouillonnement de la foi » ! Le défi de nouvelles vocations sacerdotales est toujours d’actualité dans notre diocèse de vieille chrétienté, où les communautés locales peinent à les engendrer. Serait-ce que la foi se soit quelque peu éteinte ? Pardonnez-moi cette question, mais nous ne pouvons pas l’éluder. Ce n’est certes pas le manque de générosité des prêtres diocésains qui ont labouré le champ de la mission, depuis des décennies, qui est à remettre en cause. Lors de leur caravane des vocations à Cambo, dernièrement, les séminariste et propédeutes ont été très touchés par le témoignage de quelques prêtres ainés de la Maison Arditeya : je pense à l’un d’entre eux, témoignant humblement et avec beaucoup de ferveur de sa redécouverte de l’adoration eucharistique, comme âme de sa vie sacerdotale.

En donnant une conférence à Pau sur l’histoire du Carmel dans notre diocèse, à l’occasion de la fête annuelle de sainte Mariam de Jésus crucifié, j’ai souligné l’importance de la vie contemplative dans l’Eglise : elle nous rappelle à tous la primauté de Dieu dans la vie chrétienne, quel que soit notre état de vie. Mgr D’Arbou l’avait bien compris qui fonda le Carmel d’Oloron en 1833, ainsi que Mgr Lacroix, à l’origine de la fondation du Carmel de Pau en 1852 et de celui de Bayonne en 1858, précisément pour soutenir par la prière les vocations sacerdotales du Séminaire de Bayonne. C’est aussi pour cette même raison que j’ai demandé la fondation d’un nouveau Carmel à Simacourbe, dans le Nord-Est du diocèse, érigé le 15 octobre 2009. On peut dire que la vie consacrée contemplative est l’expression la plus achevée de la foi comme abandon total de soi entre les mains du Seigneur. En cela, elle est la source vive de toute vocation au don de soi, et en particulier dans le Sacerdoce. La petite Thérèse affirmait, dans la plus pure tradition du Carmel réformé par Thérèse d’Avila : « Je suis entrée au Carmel pour prier pour les prêtres ».

Le renouveau de la vitalité de la foi de l’Eglise passera donc par les communautés de vie consacrée contemplative ; mais aussi par les communautés de fidèles qui vivront la « radicalité » de la foi dans le monde. Je sais bien que le mot peut faire peur dans une société où l’on enregistre une « radicalisation » de certains milieux musulmans : il s’agit là toutefois d’une attitude psychologique, d’ordre politique, qui confine au fanatisme et qui est en effet dangereuse. Mais parce que le mot « radical » vient de « radix » en latin qui veut dire « racine », alors la « radicalité » dont il s’agit ici signifie que la foi doit s’enraciner profondément dans le Christ, présent dans sa Parole et ses Sacrements, source d’une vie chrétienne exigeante, marquée au coin de l’intériorité : « Ce serait un contresens que de se contenter d'une vie médiocre, vécue sous le signe d'une éthique minimaliste et d'une religiosité superficielle », écrivait Saint Jean Paul II dans sa lettre apostolique Au début du Nouveau Millénaire (n. 31).

Dans ce qu’on a appelé la prophétie de Joseph Ratzinger, s’exprimant, en 1969, sur sa vision de l’avenir de l’Eglise, celui-ci confiait : « Je pense, non, je suis sûr, que le futur de lÉglise viendra de personnes profondément ancrées dans la foi, qui en vivent pleinement et purement. Il ne viendra pas de ceux qui s’accommodent sans réfléchir du temps qui passe, ou de ceux qui ne font que critiquer en partant du principe qu’eux-mêmes sont des jalons infaillibles. Il ne viendra pas non plus de ceux qui empruntent la voie de la facilité, qui cherchent à échapper à la passion de la foi, considérant comme faux ou obsolète, tyrannique ou légaliste, tout ce qui est un peu exigeant, qui blesse, ou qui demande des sacrifices […] Le futur de l’Église, encore une fois, sera comme toujours remodelé par des saints, c’est-à-dire par des hommes dont les esprits cherchent à aller au-delà des simples slogans à la mode. […] De la crise actuelle émergera l’Église de demain – une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. Elle ne sera plus à même de remplir tous les édifices construits pendant sa période prospère. […] Les hommes évoluant dans un monde complètement planifié vont se retrouver extrêmement seuls. S’ils perdent totalement de vue Dieu, ils vont réellement ressentir l’horreur de leur pauvreté. Alors, ils verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destiné, une réponse qu’ils avaient toujours secrètement cherchée ». La mission que le Seigneur nous a confiée ne consiste pas à remplir nos églises, mais à permettre à tout homme de faire une vraie rencontre avec le Christ « qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive » (Benoit XVI).

Il faudra donc promouvoir la vie consacrée contemplative et favoriser l’éclosion de réalités ecclésiales qui chercheront à vivre cette radicalité de la foi dans le monde. Il faudra s’engager par ailleurs dans une « transformation pastorale » de nos communautés paroissiales qui permettra au Peuple de Dieu tout entier, selon des processus de croissance exigeant patience et bienveillance, de parvenir à la vie adulte dans la foi.

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