L'Eglise n'a pas à se mêler de l'organisation de la société

Cette semaine, l'évêque de Gap et d'Embrun revient sur la place de l'Église dans la société, à l'heure où de nombreux citoyens ne se sentent plus impliqués.

 

DiFalco

Source: Le Point

 

Bonjour,

J’ai pu lire ou entendre ici ou là : « Il est bon de rappeler que l’Église […] n’a pas à se mêler de l’organisation de la société ». Je répète et je souligne : « Il est bon de rappeler que l’Église […] n’a pas à se mêler de l’organisation de la société ».

J’espère, avec cette déclaration, avoir reconquis les cœurs de ceux qui suite à ma dernière chronique me traitent « d’idiot utile de l’islam » ou « d’agent payé par l’islam », de ceux qui en ont marre de voir, selon leurs dires, dans certaines villes le drapeau français remplacé par celui de la Manif pour tous, de ceux qui n’en peuvent plus d’entendre des propos moyenâgeux sur la vie, la mort, le sexe, le genre, la contraception, l’éducation, l’enfant, l’embryon, le nouveau-né, que sais-je encore.

Non, l’Église n’a pas à se mêler de l’organisation de la société. Mais de qui donc palez-vous lorsque vous dites : l’Église ? Car qu’est ce que l’Église ? Qui est l’Église ? Montrez la moi qu’on puisse enfin lui dire qu’elle n’a pas à se mêler de l’organisation de la société. Donnez-moi un numéro de téléphone, une adresse, un mail. Comment la prévenir, l’avertir pour lui dire les yeux dans les yeux de se taire.

À défaut d’annuaire, je prends le dictionnaire et je pense tenir une piste. Église, du latin ecclesia, mot emprunté au grec qui signifie « assemblée de citoyens ». Alors si on s’arrêtait à cette définition mon affirmation du début prendrait la tournure suivante : « L’assemblée de citoyens n’a pas à se mêler de l’organisation de la société ». Vous conviendrez que cela devient assez contradictoire avec la démocratie de la République française.

Alors allons plus loin dans la définition et nous lisons qu’Église signifie également : « Assemblée de tous ceux qui ont la foi en Jésus-Christ ». Cette assemblée regrouperait donc les prêtres, les religieux, les religieuses, mais aussi les pères et mères de famille, les enfants, les hommes et les femmes qui ont la foi en Jésus-Christ. (Regardez derrière moi sur les écrans, ils sont là!) Précisons que ces derniers sont aussi des citoyens. Selon une logique tout à fait basique, la phrase initiale prend désormais la tournure suivante : « Les citoyens français qui ont la foi en Jésus-Christ n’ont pas à se mêler de l’organisation de la société ».

Cette affirmation est difficilement acceptable. Pourtant, ce sont des propos d’une militante  rapportés dans un article du Monde. On peut donc se demander si cette personne a des tendances anti-démocratiques… L’organisation de la société passe aussi par le vote. Les citoyens français qui ont la foi en Jésus-Christ ne devraient-ils pas, selon elle, pouvoir participer aux élections ?

Alors dites-moi en quoi vous croyez et je vous dirai si vous avez le droit d’exprimer votre avis.

À bientôt.

 

Mgr Jean-Michel di Falco Léandri
Évêque de Gap et d’Embrun

 

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