Enseignement catholique : une rentrée sous un nouveau statut

Enseignement catholique : une rentrée sous un nouveau statut

Publié le 1er juin 2013 et promulgué dans notre diocèse le 29 janvier 2014 par Mgr Marc Aillet, le Statut de l’Enseignement catholique en France s’applique dès cette année à tous les établissements catholiques  d’enseignement de tutelle diocésaine ou congréganiste du Béarn et du Pays basque. Retour sur les fondements de ce statut et sur le projet qui en découle, avec M. Jean-Marc Aphaule, directeur diocésain de  l’Enseignement catholique.

Les précédents statuts datant de 1992, pourquoi en adopter de nouveaux ?

J.-M. Aphaule : Effectivement en 1992, les évêques de France avaient donné un statut à l’Enseignement catholique, sous la forme d’un texte normatif, peu contraignant. Ce statut expliquait ce qu’est l’Enseignement catholique, comment il ­ fonctionne, et comment les instances s’organisent entre elles. Mais en 22 ans, le pays a changé. La société, les familles, les jeunes ne sont plus les mêmes. Le rapport à l’Église aussi a totalement changé. Est donc venue la nécessité de faire évoluer ce statut. Après un travail de réflexion d’environ 6 ans, les évêques ont réécrit le statut en tenant compte des évolutions de l’Enseignement catholique et de la société.

Quels sont les changements par rapport au précédent statut ?

En fait l’Enseignement catholique n’a pas fondamentalement changé. C’est le regard qu’il porte sur lui-même et la façon dont il se définit qui ont changé. Le statut de l’Enseignement catholique rappelle que ce qui fonde les établissements, c’est la mission de l’Église. L’association à l’État par contrat est un moyen de l’exercice de la mission de l’Enseignement catholique dans la société. Alors qu’il y a 22 ans le Statut entrait par la porte de l’établissement, aujourd’hui il entre par la porte de la mission. Dans un monde où l’imprégnation chrétienne est moins évidente, il a paru opportun ­ d’insister sur cette entrée-là. Le second changement est peut-être d’insister sur le caractère ouvert à tous des établissements, sans distinction économique ou de religion. Depuis toujours, la fondation d’une école de l’Enseignement catholique, c’est la prise de conscience d’un scandale : que les plus pauvres ne bénéficient pas d’une éducation. Certes, l’enseignement public aussi la cette mission. L’Enseignement catholique y participe, mais avec son projet éducatif propre. Enfin, la nouveauté est que ce statut positionne les évêques en tant que premiers responsables de l’Enseignement catholique. Ainsi le CODIEC1, qui détermine la politique de l’Enseignement catholique du diocèse, est présidé par l’Evêque. Mgr Aillet préside aussi le CAEC2 (où il représente les évêques de la Province Aquitaine), instance équivalente au CODIEC au niveau de l’Académie de Bordeaux. Cela signifie que les évêques sont plus présents aux grandes décisions et orientations.

Qu’est-ce qui caractérise l’Enseignement catholique ?

Si les programmes sont définis par l’État (c’est la loi Debré de 1959 qui reconnaît le caractère propre des établissements catholiques), tout le reste, qui concerne l’éducatif, relève de la mission de l’établissement. L’Évangile est au cœur des établissements : pas seulement à travers la catéchèse, mais aussi à travers le projet éducatif, la façon dont on parle de l’élève, l’accompagnement et l’orientation des jeunes, l’évaluation, la politique ­ économique, l­’accueil de toutes les fragilités et la manière dont on vit au sein de nos communautés éducatives, qui rend crédible la Parole de Jésus-Christ que l’on annonce. C’est cela le projet de l’Enseignement catholique. Le Statut nous invite à vivre ce projet, qui met la personne au centre. Le Statut indique une direction, le Projet Éducatif et Pastoral donne du sens. Je pense par exemple aux 200 jeunes lycéens qui vont à Lourdes fin septembre auprès des malades, pour le pèlerinage diocésain avec l’hospitalité basco-béarnaise. Pourquoi propose-t-on cela ? Parce que cela a du sens. Parce qu’au cœur de ce projet, il y a l’Évangile.


Comment s’articulent l’éducation donnée par les parents et celle donnée par l’école ? Qui s’occupe de quoi ?

On ne peut pas découper l’éducation d’un jeune en tranches ! « Pour éduquer un enfant, il faut un village » dit-on en Afrique. On parle de l’éducation de toute la personne, dans toutes ses dimensions. Aujourd’hui, les espaces de vie d’un enfant sont la maison, l’école, les associations sportives ou culturelles, les copains, les réseaux sociaux, les lieux de « sorties ». Avec l’âge, l’importance des sphères varie. L’école catholique est le lieu où l’on prend conscience de tout cela. Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants et nous sommes partenaires des parents. C’est pour cela qu’ont été créées les APEL – Associations de parents d’élèves – qui sont membres de nos communautés éducatives et participent à la vie de nos établissements. L’Enseignement catholique évolue, vit, agit, entre deux tensions : soit on lui confie l’enfant en lui disant « débrouillez-vous », soit on délimite les frontières exactes de ce que l’on veut permettre à l’école de faire ; ce sont là deux fausses pistes. Le juste milieu est à trouver dans la confiance réciproque et le dialogue : parents/enfant, parents/équipes éducatives, enfants et jeunes/équipe éducative. Ainsi l’Enseignement catholique peut remplir sa mission : enseigner et éduquer, faire grandir et progresser nos jeunes, faire prendre conscience aux enfants que l’altérité humanise et élève (même si sa rencontre est toujours un risque à prendre) ; interroger la différence pour s’enrichir, dans un projet chrétien.

Vous parlez du projet de l’Enseignement catholique. Comment va-t-il être mis en oeuvre dans notre diocèse ?

Dès le mois de septembre, nous nous lançons dans une démarche de dialogue et d’écriture du projet diocésain de l’Enseignement catholique. Nous allons d’abord établir un constat : qu’est-ce que l’Enseignement catholique ? Quels sont les grands défis ? Chaque partenaire va être amené à réfléchir à ces questions, et de là naîtra l’écriture du projet.


Quel est le rôle du directeur diocésain ?

En toute cohérence avec la responsabilité première de l’évêque (reconnue par le Statut), le directeur diocésain est délégué épiscopal à l’Enseignement catholique. Le lien est très étroit entre l’Évêque et lui. Cette présence est importante car elle met les évêques au contact de la diversité de l’Enseignement catholique : animateurs de la pastorale, enseignants, parents, enfants et jeunes, associations, etc. L’Enseignement catholique a longtemps souffert d’être considéré comme un monde à part par rapport à la société et à l’Église. Aujourd’hui il y a davantage de cohésion, de cohérence, de compréhension. Il y a d’ailleurs un prêtre
en mission dans chaque établissement. Le rôle du directeur diocésain est de veiller à ce que les établissements mettent en œuvre la mission éducative de l’Église.

Concrètement, il pilote, anime et veille à la cohésion de l’Enseignement catholique du diocèse. Il est autorité de tutelle et nomme les chefs d’établissement auxquels l’évêque donne mission, illustration de sa collaboration avec l’évêque. Il organise avec ses collaborateurs des journées pédagogiques, des rencontres de chefs d’établissement. Il veille à la mise en œuvre d’orientations et de propositions pastorales. Il est l’interlocuteur des pouvoirs publics. Il veille à la préparation des rentrées et cartes scolaires, au mouvement des maîtres, à l’affectation des enseignants suppléants et stagiaires... Cette liste est non exhaustive.
Pour l’accomplissement de sa mission, le directeur diocésain organise et dirige les services de la Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique [Pastoral, Pédagogie, Psychologie, ASH (scolarisation des enfants porteurs de handicap), Secrétariats 1er et 2nd degrés, Affaires scolaires]. J’ajoute que pour notre diocèse je me félicite de la collaboration étroite et de grande confiance avec l’UDOGEC (Union des associations de gestion) et les APEL (parents d’élèves) Béarn et Pays Basque.

Comment s’articulent les différentes instances de l’Enseignement catholique ?

C’est le Statut qui définit ces articulations. Le CODIEC1 est l’instance représentative essentielle de l’Enseignement catholique, l’évêque en préside l’assemblée et le directeur diocésain la commission exécutive. On y élabore le projet diocésain, les cartes scolaires, etc. L’Enseignement catholique utilise comme mode de fonctionnement la collégialité et le principe de subsidiarité. Si le CAEC2 et le CODIEC1 ne sont pas d’accord, le Statut aide à régler les différends. De plus, chaque directeur diocésain exerce une responsabilité régionale, et est impliqué aussi au niveau national. C’est ce qui permet à l’Enseignement catholique de fonctionner, comme par exemple lorsque l’on veut créer un lycée à tel endroit ou développer l’apprentissage, cela engage tout l’Enseignement catholique de la région.

Comment se porte l’Enseignement catholique dans notre diocèse ?

Je voudrais insister sur le fait qu’il y a une multitude de personnes engagées. Sur 140 établissements, on compte environ 1 500 personnes pour les enseignants et le personnel. À ce chiffre on peut ajouter environ 1 400 personnes : parents, membres d’organismes de gestion, bénévoles, « anciens », etc. qui viennent juste pour servir la mission d’éducation auprès des jeunes. Il y a au sein de notre Enseignement catholique de magnifiques engagements et de belles fidélités. Ainsi l’Enseignement catholique n’est pas seulement une institution, mais plutôt des personnes au service de projets, au service d’une mission. C’est cela que rappelle notre statut. Certes, il y a des défis à relever, et nous ne vivons pas dans un océan de facilité ; les difficultés ne nous manquent pas. Le nombre de nos élèves n’est pas «garanti» d’une année sur l’autre. Mais il y a tant de « germes » d’espérance chez nos jeunes (27 000 élèves et étudiants de la maternelle au BTS) et dans ce monde si complexe que Dieu aime ! Vous savez, j’ai le bonheur d’être diacre et à ce titre je prononce une parole simple et forte lors des célébrations liturgiques : « Allez dans la paix du Christ ! ». Cela signifie « Allons-y, n’ayons pas peur du monde dans lequel nous vivons, car le Seigneur nous y attend et l’Évangile nous rend libres ! ».


Comment avez-vous appréhendé le passage à la semaine de 4 jours et demi proposé par l’État ?

Nos établissements sont libres d’appliquer ce nouveau rythme ou non. Nous n’avons pas donné de directives d’organisation mais rappelé deux choses :

 L’enjeu n’est pas l’organisation mais le sens et le projet.
 Il est important que chaque école, en fonction de sa situation, regarde, écoute et participe à la réflexion dans sa commune.

Dans notre diocèse, nous avons tous les cas de figure. L’important est de réfléchir au rythme de l’enfant. Or je n’ai pas l’impression que dans cette réforme on en ait vraiment parlé ! C’est en tout cas l’occasion de mener une véritable réflexion, y compris sur la catéchèse. Peut-être même sur le rythme de la catéchèse...


1. CODIEC : Comité Diocésain de l’Enseignement Catholique.
2. CAEC : Comité Académique de l’Enseignement Catholique.