Nous sommes tous nés en Irak

Editorial de Mgr Marc Aillet - Notre Église n°54 - Décembre 2014. L'Église est universelle. L'Eglise particulière n'est rien d'autre que la présence, certes dans un lieu donné - pour nous à Bayonne, Lescar et Oloron -, de l'unique Église du Christ.

 

Cette Église, comme société constituée et organisée en ce monde, "c'est dans l'Église catholique qu'elle subsiste, gouvernée par le Successeur de Pierre et les évêques qui sont en communion avec lui", comme le précisait la constitution Lumen gentium dont nous avons célébré le 50e anniversaire le 21 novembre dernier. Autrement dit, l'Église est supra-nationale et ne saurait se réduire à aucun particularisme culturel.
La catholicité de l'Église nécessite donc que nous ouvrions tout grand notre cœur à tous ceux qui, ici ou là, professent la foi catholique, et que nous ayons conscience d'appartenir à un seul Peuple, le Corps du Christ. Nous avons tellement vite fait de "voir midi à notre porte", de nous recroqueviller sur nos états d'âme et nos revendications d'enfants gâtés.

C'est dans ce sens que, sensibilisé au sort tragique des chrétiens d'Irak par les 46 familles chaldéennes de Pau, j'ai entrepris de me rendre fin octobre à Erbil, dans le Nord de l'Irak, pour rendre visite aux familles déplacées l'été dernier de Mossoul et Qaraqosh et actuellement réfugiées dans des conditions extrêmement difficiles dans le quartier chrétien d'Ainkawa. J'ai pu visiter trois centres de réfugiés chrétiens chaldéens ou syriaques catholiques, mais aussi un camp de réfugiés sunnites et des familles yézidis qui sont dans une précarité encore plus saisissante.
Ces familles, sommées de se convertir ou bien de partir ou mourir, ont été jetées sur les routes, dépouillées de tout, et se sont entassées dans une promiscuité inouïe dans des camps, sous tentes ou dans des installations commerciales ou sportives : "J'ai tout perdu, mais pas la foi", me lance un chrétien, le visage éclairé par un large sourire, ajoutant: "Jésus est Sauveur"! J'ai touché le Christ souffrant dans ces hommes et femmes humiliés sur leur propre terre, berceau du christianisme et de l'humanité. Ils souffrent discrimination et persécution, mais leur foi est palpable : "Nous serons fidèles à ce pays, quoi qu'il arrive, car le Christ est notre Sauveur", me confie un des 28 séminaristes rencontrés au Séminaire patriarcal chaldéen d'Erbil ; et un autre : "Je ne crois pas que Dieu nous a créés en Irak par hasard, mais pour que nous donnions un bon témoignage, unique et irrépétible".
Nous ferons tout notre possible pour accueillir les familles qui obtiendront des visas et chercheront asile chez nous. Nous ferons tout pour les aider à demeurer unis autour de leur rite et de leur culture.
En attendant, nous intensifierons notre prière pour eux et nous répondrons généreusement aux sollicitations des organisations caritatives qui se dépensent pour parer au plus pressé et leur permettre d'affronter plus dignement l'hiver qui s'annonce, rigoureux en Irak.
Comme nous voudrions avoir une conscience plus forte que nous non plus, nous n'avons pas été créés dans le Pays basque ou au Béarn par hasard, mais pour donner un bon témoignage unique et irrépétible de notre foi !
Les jeunes de nos banlieues françaises ou de nos villages, qui se convertissent à l'Islam, en nombre croissant, et s'engagent auprès des djihadistes en Irak ou en Syrie (environ 2000), ne trouvent pas dans les valeurs laïques de notre République une réponse adéquate à leurs aspirations. Saurons-nous relever le défi missionnaire que le pape François nous rappelle avec insistance?