Premier pèlerinage à Lourdes pour 200 chrétiens d'Orient

Premier pèlerinage à Lourdes pour 200 chrétiens d'Orient

dimanche 3 mai 2015, des centaines de chrétiens d'Orient se sont rendus à Lourdes à l'occasion du tout premier pèlerinage de cette communauté persécutée. Reportage de Renée Mourgue pour la République des Pyrénées.

Dimanche 3 mai. Une nuée de journalistes de la presse écrite et de l'audiovisuel se presse aux abords du centre paroissial Saint-Pierre, à Lourdes. On y attend 200 chrétiens d'Orient, essentiellement des Irakiens, à l'occasion du tout premier pèlerinage, dans la cité mariale, d'une communauté au destin tragique.

Qu'elles soient coptes, chaldéennes, maronites, melkites ou encore syriaques, les familles en exil d'Aquitaine et Midi-Pyrénées trouvent ici la paix après avoir survécu à la barbarie islamiste.

Arrivée en France en 2008, via la Syrie, avec son époux et leur bébé de six mois, Nohren Chitou, 32 ans, séjourna d'abord à Marseille et Poitiers - où naquirent deux autres enfants - avant de gagner Lourdes en 2012. Son mari a trouvé un emploi d'agent de sécurité et Nohren, qui maîtrise aujourd'hui la langue française, s'active au sein de la paroisse où elle aide les nouveaux arrivants. "Depuis les attentats de Charlie-Hebdo, on vit différemment mais à Lourdes, on se sent protégés", confie la jeune mère très sollicitée par des compatriotes moins aguerris.

Un dispositif de sécurité

Placé sous la discrète surveillance de policiers et militaires armés, ce rassemblement a pour Nohren et les siens le goût du renouveau, voire d'une renaissance. Aussi légitime soit-elle, à cause des menaces proférées contre les symboles de la religion catholique, la peur ne gâchera pas la fête de ces croyants pacifistes et pudiques.

L'intolérance, Najem, 43 ans, décida d'y échapper en 2009. "Là-bas, je travaillais dans la restauration pour un groupe américain. Les islamistes m'ont menacé de me couper la tête si je continuais. J'ai préféré chercher à partir. L'Irak, c'est fini pour les chrétiens !", se désole-il, lui qui, après cinq ans à Pau où il apprit notre langue et travailla dans les espaces verts, rejoignit des proches à Lourdes. La sécurité des chrétiens d'Orient a nécessité un dispositif que chacun sait indispensable mais qui interroge. "On les a priés de n'arborer aucun signe distinctif pour mieux se fondre dans la foule. C'est dommage d'en arriver là", commente Marie-Jeanne Gautier. Animatrice de l'association "Entraide et chrétiens d'Orient de Lourdes", elle y enseigne le français et facilite l'intégration d'une douzaine de familles installées à Bagnères-de-Bigorre, autour d'Argelès-Gazost et surtout à Lourdes.

Trois processions

Brandissant l'icône de Notre-Dame du Perpétuel Secours, les pèlerins se sont rendus en cortège à l'église du Sacré-Coeur pour y assister à la messe célébrée par Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes.

L'après-midi, le prélat accompagnera leur procession vers la grotte de Massabielle. Un temps de prière, de réconfort, de spiritualité, de communion et d'émotion partagée qui franchira un nouveau cap à la rencontre du pèlerinage de l'Ordre de Malte.

Le dimanche pas comme les autres des chrétiens d'Orient connaîtra encore deux temps forts avec l'eucharistie (17h) et la procession aux flambeaux (21h).

"La foi plus forte"

En ce dimanche, Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes, aura consacré beaucoup de temps à la communauté d'Orient. "On voit des gens qui ont tout perdu : des membres de leur famille, des amis, leur maison. Ils n'ont pas voulu lâcher leur foi chrétienne bien enracinée en eux. La foi est plus forte que tout", observe-t-il. "Même si nous n'avons pas la même culture, les mêmes modes de vie, les mêmes codes, c'est elle qui nous unit. Nous avons quelque chose de fort en commun. Ça a du sens qu'on se retrouve. Il faut accueillir ceux qui frappent à la porte", proclame-t-il.