À la veille du vote solennel, mardi 24 février 2026, à l’Assemblée nationale, de la proposition de loi sur « l’aide à mourir » qui prévoit ni plus ni moins de légaliser le suicide assisté et l’euthanasie, j’attire, une fois encore, l’attention des fidèles sur l’extrême gravité d’une telle loi ainsi que sur les terribles conséquences qu’entraînerait son adoption.
Il ne saurait en effet y avoir de limite qui tienne si l’interdit de tuer, fondement sur lequel repose toute vie en société, et la protection des plus vulnérables, est aboli : cette transgression majeure ouvre inévitablement la porte à toutes les dérives possibles et imaginables.
N’est-ce pas ce qui s’est produit en Belgique, aux Pays-Bas ou au Canada, où l’euthanasie, qui devait être rigoureusement encadrée, est désormais largement accessible aux mineurs ou aux enfants, aux personnes handicapées, aux malades mentaux, comme à certaines personnes âgées ou simplement dépressives ?
De fait, il s’avère que la proposition de loi sur « l’aide à mourir » sur lequel l’Assemblée nationale est appelée à se prononcer, et que divers amendements ont considérablement aggravée, n’a rien d’un texte « équilibré » ou d’un texte de « compromis » : il s’agit au contraire du texte de loi le plus expéditif et le plus permissif qui soit.
Les amendements visant à s’assurer des capacités de discernement, de consentement ou de l’absence de pressions ont en effet tous été rejetés, les députés ayant notamment refusé d’exclure de « l’aide à mourir » les personnes en souffrance « seulement psychologique » ou les personnes sous tutelle.
Dans le même esprit, « l’aide à mourir » serait ouverte aux patients atteints d’une maladie grave et incurable au stade « avancé ou terminal », qui ne sont pas nécessairement en fin de vie (soit plusieurs centaines de milliers de personnes potentiellement éligibles : diabétiques, malades d’Alzheimer, etc.)…
Les amendements qui entendaient permettre aux hôpitaux et maisons de retraite de refuser de pratiquer l’euthanasie si cela contredit leurs valeurs éthiques ou religieuses ont été rejetés. A l’inverse, le fait d’empêcher ou de tenter de dissuader un proche de se suicider ou d’être euthanasié serait passible de deux ans d’emprisonnement et de 30.000€ d’amende (« délit d’entrave ») …
Tout cela fait dire à M. François Braun, ancien ministre de la Santé et médecin urgentiste, qu’il sera demain plus facile (et infiniment moins onéreux pour la collectivité) d’accéder à l’euthanasie qu’à une unité de soins palliatifs.
Cette situation est d’autant plus incompréhensible que la quasi-totalité des patients qui demandent à mourir, y renoncent dès lors qu’ils sont pris en charge dans une unité de soins et qu’on s’efforce de soulager leurs souffrances : c’est en tout cas ce qui ressort du témoignage de tous les professionnels de santé concernés.
Faut-il d’ailleurs rappeler que l’euthanasie ne saurait être assimilée à un soin, qu’elle est contraire au « serment d’Hippocrate », incompatible avec la vocation des personnels de santé qui consiste à soigner, accompagner et soulager leurs patients, mais certainement pas à leur administrer la mort ?
Mais si l’on en croit Dominique Reynié, président de la Fondapol (Fondation pour l’Innovation Politique) qui est à l’origine d’une enquête particulièrement rigoureuse et d’un sondage détaillé sur la fin de vie : « Les Français ne demandent pas la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté ; ils veulent que les pouvoirs publics assurent l’équipement de tout le pays en soins palliatifs auxquels aujourd’hui la moitié de la population n’a pas accès ».
Dans ces conditions, je ne peux qu’inviter les fidèles à prier et faire prier pour les députés et les parlementaires qui, demain et dans les semaines qui viennent, sont appelés à se prononcer sur ce texte de loi dont l’adoption marquerait un véritable basculement civilisationnel. Puisse le Seigneur éclairer les consciences de tous les acteurs de la vie politique de telle sorte qu’ils aient à cœur de « répondre concrètement aux situations de fragilité, en promouvant des politiques de solidarité authentique, plutôt que des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie » (Pape Léon XIV devant les représentants du corps diplomatique du Vatican le 9 janvier 2026).
+Marc Aillet
évêque de Bayonne, Lescar et Oloron
Fait à Bayonne, le 23 février 2026
