Avec Jésus Sauveur, une rédemption est possible

27, Nov 2022

La dernière assemblée plénière des évêques de France a été traversée par la crise des abus sexuels dans l’Eglise, cette fois par la mise en cause d’évêques, certes émérites aujourd’hui et coupables d’abus lorsqu’ils étaient prêtres. Nous avons dû porter ce poids, non sans honte et consternation. Et je comprends la déception, voire la colère qui s’empare de fidèles déçus et blessés dans leur confiance en l’Eglise et en sa hiérarchie.

Sans doute, notre pensée va d’abord aux victimes, dont il nous faut reconnaître la souffrance et accompagner le chemin de reconstruction. Ces nouvelles révélations nous stimulent à poursuivre le travail que nous avons engagé pour faire de l’Eglise une « maison sûre ». Au cours de la dernière assemblée, nous avons eu un point d’étape avec les pilotes laïcs des neuf groupes de travail que nous avions constitués après l’assemble plénière de novembre 2021, pour mettre en œuvre les résolutions que nous avions prises, suite au Rapport de la CIASE.

Dans le diocèse, nous ne sommes pas restés inactifs. En décembre 2021, j’ai nommé une déléguée épiscopale à la protection des mineurs et des personnes vulnérables. En mai-juin 2022, une conférence a été organisée pour sensibiliser à la juste posture éducative ; une campagne d’information « Enfant en danger, les bons réflexes », a été organisée par le biais de dépliants envoyés à toutes les paroisses ; et des affiches sur la « Cellule d’écoute des victimes » ont été adressées également à toutes les paroisses. Cette cellule, créée en 2016, a été renouvelée en septembre-octobre 2022. Et je viens de promulguer une « Charte de protection des mineurs et des personnes vulnérables », en ligne sur le site diocésain, qui nécessitera un engagement de tous ceux qui œuvrent auprès des enfants et des jeunes. Enfin, je viens de signer un protocole d’accord avec le diocèse de Paris pour la mutualisation de la formation en ligne « Protéger l’enfance », lancée le 5 octobre 2021 à Paris. D’autre part, nous avons déjà versé une première somme de 100 000 euros au fond SELAM qui permet à l’INIRR (Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation), d’aider les victimes qui le demanderont.

Outre cette aide psychologique et financière apportée aux victimes, le plus important reste de leur offrir un compagnonnage fraternel, par lequel elles seront reconnues comme membres à part entière de l’Eglise, leur donnant droit à tous les moyens humains et spirituels, nécessaires à leur guérison intérieure. Seule la grâce de Dieu peut en effet guérir de telles blessures. Nous ne pouvons pas non plus délaisser les coupables : les peines encourues doivent être médicinales et les aider à s’amender, à se resituer dans la perspective de leur destinée éternelle et face à un Dieu qui est juge et sauveur, lent à la colère et plein d’amour.

Les souillures imposées à l’Eglise par ses membres ne doivent pas nous décourager, et au contraire nous devons en prendre prétexte pour nous purifier et nous convertir toujours davantage à l’Evangile dont nous sommes appelés à être les témoins. Mais nous devons aussi renouveler notre confiance en Dieu et en l’Eglise. Certes il faut réparer le scandale qui affecte les plus petits et les plus faibles, tentés légitimement de quitter l’Eglise. Mais il faut aussi nous enraciner dans la foi, en fixant les yeux sur Jésus-Christ qui est à l’origine et au terme de notre foi (cf. He 12, 1). Il faut approfondir le Mystère de l’Eglise qui est sainte et sans péché, même si elle n’est pas sans pécheurs. Jésus est venu non pour les justes mais pour les pécheurs et nous n’avons pas à nous étonner que le Seigneur n’ait pas soumis l’efficacité des sacrements à la sainteté du ministre.

Le temps de l’Avent est un temps de pénitence bienvenu en ces temps troublés pour repartir du Christ, dont nous célébrerons le premier avènement à Noël : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple : aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 10-11). Oui, une Rédemption est possible : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée » (Jn 1, 5).

Éditorial de Mgr Marc Aillet paru dans la revue « Notre Église » de décembre 2022

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