Édito de Monseigneur Marc Aillet dans la revue de mai 2023

2, Mai 2023

C’est dans la communauté que le Ressuscité veut se manifester à nous

Une trentaine d’adultes ont été baptisés dans la nuit pascale dans notre diocèse. On enregistre une forte progression du nombre de baptêmes d’adultes en France : 5463 en 2023, contre 4300 en 2022 ! Sans doute cela ne compense pas la baisse vertigineuse de baptêmes de petits enfants, signe évident d’une déchristianisation de notre pays : on est passé de 400 000 en 2000 à 334 000 en 2008 et à moins de 200 000 aujourd’hui. Il reste que si les adultes sont plus nombreux à demander le baptême, c’est bien parce que le monde matérialiste ne satisfait pas la soif d’absolu et de transcendance qui grandit dans le cœur de nos contemporains. Nous rendons grâce pour la vitalité missionnaire que révèle la demande croissante de baptêmes d’adultes, même si cette demande est souvent inattendue et témoigne du mystère d’un Dieu vivant qui frappe à la porte de leur cœur. Ce qui nous invite à un examen de conscience : quelle est la radicalité de notre foi, pour que ceux qui nous voient vivre soient saisis par notre témoignage ? Quand 10% de français croient en la Résurrection, 57% de catholiques pratiquant tous les dimanches, seulement, adhèrent à ce mystère central de notre foi.

La communauté chrétienne, qui commence dans la famille, est la matrice de la foi, comme rencontre vivifiante avec le Christ ressuscité. C’est la leçon par excellence de la fête de Pâques. C’est quand les apôtres sont réunis au Cénacle que Jésus, alors que tout semble bouché, qu’il n’y a plus d’issue – « Les portes … étaient verrouillées » (Jn 20, 19) –, que le Seigneur ressuscité se manifeste à eux et leur donne sa paix : « La paix soit avec vous » (Ibid.). Et l’évangéliste d’insister sur le fait que Thomas n’était pas avec eux, quand il était apparu à ses disciples le soir du premier jour de la semaine, et lui ne voulait pas croire le témoignage de ses frères. Mais le huitième jour, « Thomas était avec eux » (Jn 20, 26), et c’est alors que Jésus ressuscité lui apparaitra à lui aussi, suscitant sa magnifique profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28). C’est dire l’importance de la communauté chrétienne, telle qu’elle est décrite dans les Actes des Apôtres (cf. Ac 2, 42-47) : assiduité à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières.

Quand Jésus apparaît aux saintes femmes, au matin de Pâques, il leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (Mt 28, 10). Pour la première fois, Jésus les appelle ses frères : ils sont appelés à entrer dans une communion fraternelle avec lui, c’est cela la grâce du baptême qui nous unit au Christ ! Pourquoi la Galilée ? C’est là que les disciples ont rencontré Jésus, qu’ils l’ont côtoyé ordinairement, qu’ils ont écouté sa Parole, qu’ils ont partagé son intimité. D’où la question : quelle est notre Galilée à nous ? C’est le lieu où nous avons rencontré Jésus, où nous avons approfondi notre relation avec lui, où il nous a appelé et envoyé en mission. Qu’est-ce sinon l’Eglise ? Mieux : la communauté chrétienne qui est pour nous l’Eglise au quotidien ! Le temps pascal nous invite à approfondir notre lien à l’Eglise, telle qu’elle est et non comme nous la rêvons : nous avons tant de préjugés, tant d’idées toutes faites pour la « réformer », tant de raisons de refuser ceux qui sont différents, de nous scandaliser du péché des uns, des manières de faire des autres… Les adultes qui demandent le baptême ne sont pas scandalisés par les péchés des hommes d’Eglise, ils découvrent vite que c’est dans l’Eglise que le Christ ressuscité se manifeste à eux. Encore faut-il que l’Eglise soit pour nous une vraie communauté, ce qui passe par des exigences de fréquentation fidèle.

Comme je vous y invitais au début de cette année pastorale : « Je souhaite que l’on prenne régulièrement le temps, dans nos communautés paroissiales, d’écouter ensemble la Parole de Dieu et d’approfondir la foi de l’Eglise, en particulier à l’aide du Catéchisme de l’Eglise Catholique » (Notre Eglise n° 140, p. 4). Se réunir, si possible chaque semaine, en petites fraternités, pour scruter la Parole et en partager l’écho dans nos vies, organiser des temps mensuels de catéchèse d’adultes : ce me semble une priorité pour revitaliser nos communautés.

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