Alors que le diocèse s’apprêtait à recevoir le Père Johnny Abu Khalil, curé de Haïfa, pour témoigner du quotidien des chrétiens de Terre Sainte, l’aggravation soudaine des tensions au Moyen-Orient a contraint à l’annulation de sa venue. Ce rendez-vous manqué souligne l’urgence d’une situation où la violence l’emporte, une fois de plus, sur le témoignage.
Plusieurs associations d’aide aux chrétiens dont l’Aide à l’Église en Détresse (AED) tirent la sonnette d’alarme : pour les chrétiens de Terre Sainte, l’escalade actuelle n’est pas seulement un conflit politique, c’est une menace directe contre leur présence millénaire sur la terre du Christ.
« La Terre Sainte ne doit pas devenir un musée de pierres mortes », nous a confié le Père au téléphone. « Si la spirale de violence ne s’arrête pas, nous risquons de voir disparaître les dernières « pierres vivantes » — ces communautés chrétiennes qui maintiennent la foi vivante depuis deux mille ans. »
Gaza : une survie au jour le jour
À Gaza, la situation humanitaire dépasse l’entendement. La minuscule communauté chrétienne, réfugiée pour l’essentiel dans la paroisse de la Sainte-Famille, vit dans un dénuement total. Chaque jour est une lutte pour obtenir de l’eau, de la nourriture et des médicaments. Toute nouvelle entrave à l’aide humanitaire condamne les familles qui dépendent entièrement de la charité de l’Église. Pour ces chrétiens, la guerre n’est plus une menace lointaine, c’est un quotidien de ruines et de deuils.
Cisjordanie : l’asphyxie économique et sociale
En Cisjordanie, le conflit prend une autre forme, tout aussi dévastatrice : celle de l’isolement. À Bethléem et dans les environs, de nombreuses familles chrétiennes vivaient traditionnellement du tourisme et des pèlerinages. Aujourd’hui, les rues sont désertes, les boutiques de souvenirs sont closes et les permis de travail ont été révoqués. Et cela durera sûrement encore de longs mois.
« Le désir de dignité et de liberté est immense », rappelle l’AED. « Mais sans perspective d’avenir et sans moyens de subsistance, l’émigration devient la seule issue pour les jeunes chrétiens. Chaque famille qui part est une lumière qui s’éteint dans le berceau du christianisme. »
Jérusalem : une présence sous pression
À Jérusalem, la ville sainte, les communautés font face à une pression croissante. Entre les restrictions de mouvement et la montée des actes d’hostilité, les chrétiens se sentent de plus en plus marginalisés sur leurs propres terres. La liberté de culte, bien que théoriquement garantie, est souvent entravée par le climat sécuritaire, rendant l’accès aux Lieux Saints difficile pour les fidèles locaux.
La liberté oui, la guerre non
Le message porté par les responsables de l’Église locale est clair : les chrétiens ne veulent pas être les victimes collatérales de stratégies géopolitiques qui les dépassent. Ils aspirent à être des ponts de réconciliation, mais cette mission est impossible sous les bombes ou derrière des murs infranchissables.
« Le prix d’une guerre totale serait l’effacement définitif de la diversité religieuse dans la région », souligne l’AED. Malgré l’insécurité, les paroisses, les écoles et les hôpitaux chrétiens continuent de servir tout le monde, sans distinction, incarnant un espoir fragile mais obstiné.
Un appel à la solidarité universelle
Depuis des décennies, l’AED soutient les projets en Terre Sainte, de l’aide d’urgence à Gaza au soutien des écoles en Cisjordanie.
« Nous appelons à la prière, mais aussi à une action concrète », conclut l’organisation. « Soutenir les chrétiens de Terre Sainte, c’est protéger l’histoire même de notre foi. »
En cette période d’incertitude majeure, le message demeure inchangé : pour que l’Église puisse poursuivre sa mission de paix au Moyen-Orient, il faut que cesse le fracas des armes. La liberté est un droit, la guerre une impasse.
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© photos AED
