Ensemble, relevons le défi des vocations
Mgr Marc Aillet, édito paru dans la revue « Notre Eglise » de février 2021
Dans mon premier éditorial du 5 janvier 2009, j’évoquais les épreuves que nous traversions et qui pouvaient bien nous conduire au découragement, en précisant : « Et je pense particulièrement au défi des vocations qu’il nous faudra relever ensemble ». Dans le Bulletin diocésain suivant, du 19 janvier, je comparais cette épreuve particulière à celle d’Abraham qui s’écriait devant Dieu : « Je m’en vais sans enfant… » (Gn 15, 2). Pour autant, Dieu écouta sa prière, même s’il l’invita à la patience et à ne pas substituer au plan de Dieu ses projets trop humains. Aussi, devant la pénurie des vocations, j’annonçais la mise en place d’une chapelle d’adoration perpétuelle à Bayonne et à Pau pour demander des vocations au Seigneur. Et dans le Bulletin du 2 mars 2009, j’écrivais un article en forme d’interview, où je pariais sur « l’ouverture très prochaine d’une Propédeutique », en affirmant que « la relève sacerdotale sera l’une des premières préoccupations de mon ministère épiscopal ». En examinant la pyramide des âges du Clergé diocésain, encore nombreux à l’époque et dont la force tenait à son caractère quasi exclusivement bascobéarnais, je me risquais à prédire : « Dans dix ans, il y aura à peine 70 prêtres de moins de 75 ans » ! C’est ainsi que nous avons ouvert une année de Propédeutique, en septembre 2009, et le Séminaire des Saints Cœurs de Jésus et de Marie, l’année suivante, d’abord au presbytère de Saint-Amand de Bayonne, puis au Couvent des Capucins, restauré et agrandi avec l’aménagement de l’ancienne école d’arts plastiques attenante. Durant ces dix dernières années, le Séminaire a abrité jusqu’à 25 séminaristes ! L’ordination, depuis juin 2009, d’une vingtaine de nouveaux prêtres, dont une large part a reçu tout ou partie de sa formation au Séminaire diocésain, et le renfort précieux apporté par des communautés sacerdotales ou des prêtres venus d’ailleurs, ont fait mentir mes prévisions, et nous pouvons compter aujourd’hui plus de 100 prêtres de moins de 75 ans, en activité dans le diocèse ! De cela, nous pouvons rendre grâce à Dieu.
Douze années plus tard, je dois reconnaître que la pénurie des vocations nous rattrape, et si nous comptons encore 21 séminaristes, c’est grâce à l’apport du Séminaire diocésain missionnaire Redemptoris Mater que j’ai ouvert en septembre 2015. Si au début de l’aventure, un certain nombre de séminaristes avait des racines familiales ici ou au moins un lien avec le diocèse de Bayonne, le problème du recrutement dans nos familles et communautés paroissiales locales reste entier. Aussi, avec un prêtre diocésain aujourd’hui retiré, qui avait lancé cette question un peu dérangeante en plein Conseil presbytéral, nous pouvons nous interroger : « Pourquoi n’enfantons-nous plus de vocations » ? Pour blessante qu’elle puisse paraître, nous ne saurions éluder cette question. Chaque prêtre, mais aussi chaque communauté, cherchera honnêtement à y répondre. Car il s’agit bien d’un engendrement. Pour se continuer, un organisme vivant, comme l’est l’Église, doit donner la vie et en particulier engendrer des vocations au don total de sa vie dans le Sacerdoce et la vie consacrée. Sans le prêtre et le ministère apostolique, en effet, l’Église ne saurait enfanter les âmes à la vie de Dieu, afin que le Christ soit formé en elles (cf. Ga 4, 19).
Parmi les causes de la pénurie des vocations, il faut sans doute compter avec le poids de la sécularisation d’une société où l’on vit comme si Dieu n’existait pas et dont la culture individualiste, fondée dans la revendication d’une liberté individuelle absolue, et la prégnance des « écrans » sur une jeunesse ainsi facilement déconnectée de la vraie vie et encline à l’isolement, contribuent à rendre la présence de Dieu et ses appels étrangers à la vie des jeunes. En outre, on ne saurait sous-estimer la diminution des familles chrétiennes, où la foi se transmet depuis le plus jeune âge, non seulement comme un ensemble de rites et de règles morales, mais comme une source de vie qui donne du sens et de la saveur à l’existence. On ne peut pas non plus minimiser l’impact des scandales et des « abus de pouvoir » perpétrés par des prêtres et dont la médiatisation a pu renvoyer une image réductrice de l’Église et du Sacerdoce, en total décalage avec la gratuité d’une vie toute donnée que l’on est en droit d’attendre des clercs. D’autre part, des laïcs généreusement engagés au service des communautés chrétiennes, parfois tentés eux aussi par le « pouvoir », ont pu habituer les fidèles à se passer du prêtre, voire décourager des vocations. Comme évêque ou comme prêtre, je dois aussi me poser la question: mon témoignage de vie et ma manière d’habiter mon Sacerdoce, en communion avec l’évêque et le presbyterium, sont-ils assez convaincants et appelants pour qu’un jeune ait lui-même le désir de se poser la question d’un appel spécifique à donner toute sa vie au Seigneur, pour le service de notre Église diocésaine, et d’y répondre ?
C’est le défi que je vous invite à nouveau à relever ensemble. La Propédeutique et le Séminaire ont besoin d’un nouveau souffle qui viendra d’abord d’un renforcement de la prière pour les vocations sacerdotales dans les familles et les communautés. Et si nous devons prier, parce que tout dépend de Dieu, nous devons aussi agir, comme si tout dépendait de nous ! J’ai demandé au Service diocésain de la Pastorale des jeunes et des vocations et aux Pères du Séminaire de nous proposer des initiatives concrètes à mettre en œuvre tout au long de cette année. Nous confierons particulièrement cette grande cause diocésaine à saint Joseph, en cette année qui lui est consacrée. Il est le Patron de l’Église universelle et il est aussi le patron des vocations, lui l’homme par excellence du discernement, dont les attitudes principales sont la prière, l’écoute de la Parole, la décision et la fermeté dans le choix arrêté.
+Marc Aillet